- AFP | Crée le 16.06.2026 à 10h31 | Mis à jour le 16.06.2026 à 10h32ImprimerLes dépouilles de six Amérindiens, qui se trouvent toujours dans les collections publiques, Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré et Miacapo, vont pouvoir retrouver leur terre natale et y être inhumés. Photo Outremers360Le Parlement a entériné lundi 15 la restitution à la Guyane des restes de six Amérindiens Kali’nas et Arawaks conservés au Muséum d’histoire naturelle, plus de 130 ans après leur mort dans les conditions indignes des "zoos humains", où ils furent exhibés, ouvrant la voie à une loi-cadre élargie à tous les Outre-mer. Une adoption saluée par le député Emmanuel Tjibaou.
"C’est un jour historique, nos ancêtres vont enfin pouvoir rentrer chez eux", s’est exclamée Corinne Toka-Devilliers, fondatrice de l’association guyanaise Moliko Alet + Po et descendante de Moliko (une femme exhibée à Paris dans le cadre des "zoos humains"), émue aux larmes après le vote.
L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité, lundi 15 juin, une proposition de loi transpartisane, déjà adoptée au Sénat et soutenue par le gouvernement, qui veut "réparer une injustice vieille de plus d’un siècle", en permettant leur inhumation sur leur terre natale, explique son rapporteur, le député de Guyane Jean-Victor Castor.
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Il s’agit de l’une "des pages les plus sombres de l’histoire coloniale française", a-t-il rappelé, s’exprimant sous le regard d’une délégation guyanaise présente dans les tribunes.
"Des êtres humains réduits à des numéros d’inventaire"
En 1892, 33 Amérindiens des peuples Kali’nas et Arawaks furent emmenés par paquebot vers l’Hexagone, sous de fausses promesses par l’explorateur français, François Laveau. Ils furent exhibés vivants dans des "zoos humains" au Jardin d’Acclimatation à Paris. Huit d’entre eux ne survécurent pas à l’hiver en raison de leurs conditions d’hébergement ignobles.
Pire, cinq ans plus tard, les dépouilles de six d’entre eux furent exhumées à des fins anthropologiques : quatre hommes d’une vingtaine d’années, une femme enceinte et un adolescent.
Au pupitre, plusieurs députés ont tenu à rappeler leurs noms : Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré et Miacapo. Depuis lors, leurs restes n’ont jamais quitté les collections publiques.
"Des êtres humains réduits à des numéros d’inventaire, des objets de collection", toujours présents dans les "tiroirs du musée à des milliers de kilomètres de leur terre natale", a fustigé Frantz Gumbs (MoDem), une histoire qui continue de "peser sur les épaules" de leurs descendants.
Corinne Toka-Devilliers mène, depuis cinq ans, le combat pour leur rapatriement, souhaitant leur offrir des funérailles et une sépulture sur leurs terres. Peu après son entrée en fonction, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, s’était engagée en avril à soutenir cette demande, en poussant cette proposition de loi spécifique. Jusqu’à présent, un tel rapatriement était impossible en raison du principe d’inaliénabilité des collections publiques.
Emmanuel Tjibaou a réagi, indiquant soutenir cette proposition de loi, le retour d’ancêtres sur leur terre d’origine, "un combat qui résonne aussi pour nous, peuples autochtones des Outre-mer et du Pacifique". Le député calédonien rappelle le retour du crâne du grand chef Ataï (inhumé sur le site de Fonwhary en 2021, puis volé en 2024 à la suite de la profanation du mausolée), après 136 ans d’attente. "Mais d’autres attendent encore. Le chef Poindi-Patchili de Wagap est mort à Djibouti en 1888, exilé par la colonisation. Son corps n’est jamais revenu. Sans oublier le chef Kandjo et bien d’autres."
"23 000 restes humains"
Plusieurs lois votées ont récemment instauré des dérogations à ce principe, mais elles ne concernent paradoxalement que les demandes d’États étrangers, sans couvrir les restes humains originaires du territoire national.
La loi adoptée lundi ne concerne que les dépouilles de ces six Amérindiens. Jean-Victor Castor espère toutefois qu’elle ouvrira "la voie" à toutes les autres demandes de restitutions provenant des territoires ultramarins. Il rappelle que plus "de 23 000 restes humains" sont conservés rien qu’au Musée de l’Homme et appelle à mobiliser les moyens pour les identifier.
"Pourquoi acceptons-nous encore que d’autres ancêtres guyanais, caribéens, réunionnais, néo-calédoniens, polynésiens demeurent dans le même état d’abandon au nom de la science ? Traiter différemment nos ancêtres, hiérarchiser leurs dépouilles, c’est hiérarchiser leurs descendants", s’est indigné le député Renaissance Christophe Marion, défenseur d’une loi-cadre pour faciliter ces restitutions à plus grande échelle.
Au banc, du gouvernement, la ministre a assuré vouloir "donner suite" à cette initiative, sans davantage de précisions.
Lors des débats, les députés sont longuement revenus sur ces "zoos humains", organisés en France entre 1877 et 1931. Ces "expositions", qui ont fait près de 30 000 victimes, avaient pour but de promouvoir une prétendue hiérarchie des races.
Plusieurs élus de gauche ont estimé que cet héritage colonial continue de produire des effets aujourd’hui, rappelant notamment les attaques racistes qui ont visé plusieurs maires noirs lors des municipales.
Les débats ont enfin été l’occasion pour les députés de Guyane de rappeler les promesses non tenues de l’État envers les peuples autochtones. En 2017, après trois semaines de mobilisation populaire, l’État s’était engagé à attribuer 400 000 hectares à ces peuples. Huit ans plus tard, "aucune restitution n’a été réalisée à ce jour", a souligné Jean-Victor Castor. "Cette réalité nous rappelle que la reconnaissance des peuples autochtones ne peut se limiter au discours. Elle doit aussi se traduire par des actes."
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