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    Nouvelle Calédonie
  • Propos recueillis par Baptiste Gouret | Crée le 31.08.2026 à 05h00 | Mis à jour le 31.08.2026 à 05h00
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    Xavier Martin est le directeur général de la Cafat depuis 2017. Photo Baptiste Gouret
    Il devrait manquer, en 2027, près de 40 milliards de francs pour financer les comptes sociaux, dévoile Xavier Martin, directeur général de la Cafat, dans un entretien accordé aux Nouvelles calédoniennes. Si le soutien de l’État sera de nouveau indispensable, les projets de réforme, priorité du gouvernement Tukumuli, ne pourront pas se contenter de baisser les dépenses de santé, mais devront également résoudre ce déséquilibre structurel à travers une hausse des cotisations ou de la fiscalité, estime-t-il. Entretien.

    On évoque régulièrement des comptes sociaux en péril et la possibilité d’une rupture de trésorerie. À combien s’élèvent aujourd’hui les besoins de financement des différentes branches de la Cafat ?

    En tout, l’ensemble des régimes de la Cafat [voir le détail plus bas NDRL] représente 142 milliards de francs de prestations versées sur une année pleine. Pour l’année 2026, il a manqué, tous régimes confondus, 30,8 milliards de francs pour que la Cafat puisse faire face à ses engagements. Concrètement, ça signifie que les cotisations sociales sont insuffisantes à hauteur de 30,8 milliards de francs. Dans le détail, c’est 20,65 milliards pour le Ruamm, 8,86 milliards pour les retraites et 1,3 milliard pour le chômage, qui doivent être financés par des subventions exceptionnelles.

    Ce qui veut dire que les 13 milliards de francs du prêt garanti par l’État, qui doivent être consacrés aux comptes sociaux et dont le versement a été annoncé le 19 août par le président du gouvernement, ne suffiront pas pour finir l’année 2026 ?

    Additionné à ce qui nous a déjà été versé au 31 juillet [11 milliards de francs NDRL], il manquera encore, lorsque nous aurons perçu ces fameux 13 milliards, environ 6,5 milliards de francs pour financer l’ensemble des régimes d’ici la fin de l’année. C’est justement une des demandes qui sera formulée par la délégation transpartisane en déplacement à Paris.

    Quid de 2027 ?

    Il peut se passer encore beaucoup de choses d’ici là, des réformes peuvent être adoptées, une reprise d’activité peut intervenir, mais en se basant sur des hypothèses constantes, le besoin de financement des régimes, c’est-à-dire ce qu’on estime qu’il manquera une fois l’ensemble des recettes perçues, devrait s’élever à 39,1 milliards de francs en 2027.

    Chaque année, le Ruamm accumule 4 milliards de francs de dette auprès des hôpitaux.

    Ça correspond à une hausse de presque 9 milliards de francs par rapport à 2026. À quoi peut-on l’attribuer ?

    Concernant la retraite, on prend chaque année environ 1 000 nouveaux bénéficiaires nets, en déduisant les décès. D’autre part, en début d’année 2026, il nous restait un peu de réserves accumulées grâce à la dernière réforme de 2009, qu’on a aujourd’hui entièrement consommées.

    Pour ce qui est des dépenses de santé, il y a une évolution naturelle qu’il est très difficile de maîtriser. La population est vieillissante, l’état de santé général se dégrade, le coût des évacuations sanitaires augmente… Et puis, chaque année, on invente des nouveaux traitements, notamment en oncologie, qui sont systématiquement plus onéreux.

    Au-delà de ça, plusieurs éléments expliquent que nos besoins de trésorerie n’ont cessé d’augmenter ces dernières années : l’impact du Covid, de la crise du nickel, l’inflation liée à la situation internationale et bien sûr les évènements du 13-Mai. À chaque crise, on creuse un peu plus les insuffisances de trésorerie. Depuis 2020 et la Covid, ce sont exclusivement les apports de l’État qui nous permettent de passer le cap. Auparavant, la Nouvelle-Calédonie était capable d’utiliser sa trésorerie pour soutenir les régimes, ce qu’elle n’est plus en capacité de faire depuis six ans.

    Cette situation financière a des conséquences également sur les hôpitaux, que le Ruamm ne parvient pas à rembourser en totalité. À combien s’élève sa dette envers les établissements hospitaliers ?

    Chaque année, le Ruamm accumule 4 milliards de francs de dette nouvelle auprès des hôpitaux, car il n’est pas en capacité de payer ce qu’il leur doit. La difficulté, c’est que les hôpitaux ne paient pas, eux non plus, ce qu’ils doivent auprès des différents régimes.

    Il y a un effet de vases communicants qui fait que le Ruamm accumule des dettes envers les hôpitaux pendant que les hôpitaux en accumulent auprès, notamment, du régime des retraites. Il y a donc un vrai sujet sur la stabilisation et la solvabilité des régimes.

    On a le sentiment que les comptes sociaux, en particulier le Ruamm, ont été construits sur un déséquilibre structurel. Est-ce le cas ? Comment expliquer ces déficits permanents ?

    Le Ruamm est déficitaire parce que, systématiquement, on a augmenté les dépenses plus rapidement que les recettes. On a ouvert le Médipôle, on a ouvert un centre de radiothérapie, on a ouvert une clinique, on a ouvert un centre de soins de suite et de réadaptation… On a une offre de soins de qualité, mais dont le coût augmente. Et si en face, le produit ne suit pas cette tendance, ce qui est le cas depuis au moins 2020 – et même avant ce n’était pas dans des proportions suffisantes – alors on a un problème de déséquilibre entre l’évolution des recettes et des charges. C’est mathématique.

    On ne pourra pas aller chercher 20 milliards de francs d’économies dans les dépenses de santé.

    Chaque jour, nous payons globalement 200 à 250 millions de francs de prestation. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus assumer ces dépenses sans l’aide de l’État. Or, sauf à ce qu’on change leur mode de financement, ces régimes ne devraient pas avoir recours à des subventions exceptionnelles.

    Dans sa déclaration de politique générale, Milakulo Tukumuli a affirmé que "sans réforme, 40 000 Calédoniens pourraient se retrouver sans retraite dans quelques mois". Vous confirmez ?

    Sans réforme et sans l’aide de l’État. Il nous faudra les deux, parce que sans le soutien de l’État, ça ferait longtemps qu’on aurait arrêté de payer les pensions de retraite. Maintenant, on imagine mal que l’État décide de ne plus nous venir en aide, mais c’est clair qu’il le fera plus difficilement si la Nouvelle-Calédonie ne s’engage pas dans une politique de réformes ambitieuse.

    Justement, dans la même déclaration, le président du gouvernement a donné six mois aux élus pour mener à bien les différents projets de réformes, notamment du Ruamm et des retraites. Qu’en attendez-vous ?

    C’est plutôt aux partenaires sociaux qu’il faut poser la question, ce sont eux qui vont devoir négocier avec les responsables politiques pour déterminer le contenu des réformes. Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que plusieurs textes sont sur le bureau du Congrès : il y en a un sur les économies dans les dépenses de santé, un autre sur la prolongation de l’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi, financé par l’État, mais également plusieurs textes concernant les retraites et le Ruamm.

    La réforme du Ruamm en 2023 avait été suspendue après une mobilisation des partenaires sociaux et de nombreux patentés, opposés au taux unique à 13,5 % contenu dans le projet de loi. Est-il envisageable, selon vous, de parvenir à rééquilibrer les comptes sociaux sans une augmentation des cotisations ?

    Je ne vois pas comment. Que ce soit sur les cotisations ou la fiscalité, dans tous les cas, il faudra une augmentation des produits. On pourra faire le boulot qu’on veut, on ne pourra pas aller chercher 20 milliards de francs d’économies dans les dépenses de santé. Après, ça peut être en partie compensé par une reprise de l’activité économique, par le soutien de l’État en attendant un redressement de la situation, etc. Mais à moins de réduire la qualité et l’offre de soins, il faudra aller chercher des recettes supplémentaires.

    Pour autant, est-ce qu’un travail a déjà été mené sur des économies dans les dépenses de santé ?

    Oui, il y a un projet de réforme sur le bureau du Congrès. Ça dépend de nombreux paramètres, mais les économies sont estimées à environ deux milliards de francs dès la première année.

    Plus de 11 000 emplois ont été détruits à la suite des émeutes. Deux ans et demi après, le "léger frémissement" de l’économie calédonienne évoqué par certains responsables politiques se constate-t-il dans les comptes sociaux ?

    Nous avons une vision assez précise, puisqu’on connaît pour chaque mois le ratio entre les déclarations d’embauche et les déclarations de rupture de contrat de travail. En 2023, on a pu constater un nombre de créations d’emploi rarement observé historiquement. Ensuite, les premières difficultés, liées à la crise du nickel, sont arrivées.

    En ne redressant pas la situation, en ne menant pas les réformes, on entretient les conséquences du 13-Mai.

    En mai 2024, c’est la chute absolue. Tout s’effondre, jusqu’à atteindre le point le plus bas début 2025. Depuis, ça stagne. On peut voir ce léger frémissement sur les deux derniers mois, mais c’est infime et nous n’avons pas encore suffisamment de recul sur la situation. Pour nos projections 2027, on est partis sur une situation identique à cette année.

    Vous n’envisagez donc pas de reprise économique dans l’immédiat ?

    On préfère tabler sur un scénario pessimiste. Sauf nouvelle catastrophe, on a atteint le point le plus bas en 2025, mais force est de constater que ça ne redémarre pas. Selon moi, il faut de la confiance. On parle beaucoup de l’avenir institutionnel, mais je pense que pour ceux qui souhaiteraient venir s’installer en Nouvelle-Calédonie, l’absence de pérennité du système de protection sociale est très anxiogène.

    En ne redressant pas la situation, en ne menant pas les réformes, on entretient les conséquences du 13-Mai. Le gouvernement vient d’être nommé, on connaît ses priorités. De notre côté, on va tout faire pour alimenter les réflexions des élus et des partenaires sociaux. Ils nous soumettront des idées qu’on devra tester pour voir leur impact sur l’équilibre des régimes.

    Concernant les retraites, quelles sont les pistes actuellement à l’étude ?

    Trois projets ont été travaillés : un par la commission paritaire retraite de la Cafat, qui réunit les partenaires sociaux, un autre par le gouvernement, et enfin un dernier par l’ancien intergroupe Calédonie ensemble-Éveil océanien. Je pense que la réforme sera un mélange des différentes propositions.

    Je ne sais pas concrètement ce qui sera présenté, mais il existe une position commune : l’élargissement de l’assiette de cotisations au régime de retraite, actuellement plafonnée à 548 000 francs. Aujourd’hui, il n’y a pas de cotisations sur la fraction de salaire qui dépasse ce montant. L’idée serait donc de créer une deuxième tranche, ce qui aurait pour effet d’augmenter également les droits de ceux qui cotisent à cette hauteur, mais dans des proportions qu’on ne connaît pas encore.

    La question de la baisse des coûts de fonctionnement et de la rationalisation des institutions est régulièrement évoquée dans le débat public. Comment la Cafat y participe ?

    Ce sont des actions qu’on mène depuis 2016. La Cafat a réduit de 25 % ses effectifs, en passant de 612 salariés en 2019 à 537 en 2025, justement pour faire face, aider et soutenir. On a signé, fin 2024, un accord pour geler tous les avantages conventionnels des salariés jusqu’à la fin de l’année 2026.

    Après, il ne faut pas oublier qu’on instruit 1,5 million de feuilles de soins chaque année. Pour ça, il nous faut des ressources. Au pic du chômage, lors du deuxième semestre 2024, nous avons traité jusqu’à 32 000 dossiers, contre environ 2 500 auparavant. Il a fallu le faire avec des effectifs en baisse, autant dire que j’ai pu compter sur un personnel motivé, responsable et solidaire.

    En parlant du chômage, combien de personnes en bénéficient actuellement ?

    Pour le chômage de droit commun, nous étions à 2 300 bénéficiaires en juin 2026. Début 2025, ce chiffre atteignait 5 327 chômeurs. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une bonne nouvelle, car il n’y a pas eu 3 000 créations d’emplois entre-temps. Ce sont donc des personnes qui sont arrivées en fin de droits et qui sont aujourd’hui sans ressource.

    Quant à l’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi, qui doit être prolongée jusqu’à la fin de l’année, on était à 1 300 bénéficiaires au 31 juillet.

    Récemment, un conflit autour de votre remplacement anticipé, proposé par l’exécutif, a éclaté entre les partenaires sociaux et le gouvernement. Allez-vous finalement rester à la tête de la Cafat ?

    Je ne peux pas l’affirmer pour l’instant. Le conseil doit se réunir vendredi [28 août NDLR] pour émettre un avis sur les différentes candidatures qui ont été soumises (l’interview a été réalisée le mercredi 26 août, NDLR). Ensuite, ce sera au gouvernement de trancher et de prendre l’arrêté de nomination. De mon côté, je souhaite rester à la tête de la Cafat.

    Note

    La Cafat assure le fonctionnement du Régime unifié d’assurance maladie et maternité (Ruamm), des retraites du privé, du chômage, des prestations familiales et du handicap.

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