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    Grand Nouméa
  • Aurélia Dumté | Crée le 03.08.2026 à 05h00 | Mis à jour le 03.08.2026 à 05h00
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    Charlotte Mollet est une artiste accomplie, proposant ses œuvres entre science et fantastique, au pastel à l’huile, ou encore ses créations en céramique. Photo Aurélia Dumté
    Naturaliste dans l’âme, artiste par vocation, Charlotte Mollet transforme planctons, coraux et fossiles en œuvres mystérieuses. Après un premier prix au Salon des Beaux-Arts de Paris, la jeune artiste prépare une exposition à la prestigieuse Maison Deyrolle. Le parcours d’une créatrice qui a trouvé en Nouvelle-Calédonie le souffle de sa renaissance. Rencontre. 

    Son appartement, qui fait également office d’atelier, est plein de petits trésors. Une amanite fossilisée en opale, des insectes naturalisés, des bocaux, des pierres, etc., dont seule Charlotte Mollet connaît la provenance et l’attachement émotionnel qui leur est associé.

    Sous les plantes et les ronrons du chat s’expose son mini-cabinet de curiosités. En face s’étend la toile en cours de création. "C’est la première fois que je crée un grand format immersif", sourit timidement l’artiste. Sur cette planche noire apparaissent des animaux étranges, phosphorescents. "Des planctons, phytoplanctons, zooplanctons… On ne sait pas si on est sous l’eau ou si on est dans l’espace. Ces animaux sont à l’origine de la vie sur Terre, de l’air que l’on respire, de la calcification de certaines roches…", explique Charlotte Mollet, un livre sur les planctons emprunté à la bibliothèque entre les mains. "J’ai parfois l’impression de faire mes propres recherches scientifiques, d’être dans mon laboratoire fantastique."


    L’artiste expose pour la deuxième année consécutive au Salon des Beaux-Arts à Paris en septembre, et aura sa propre exposition durant deux mois à la Maison Deyrolle. Photo Aurélia Dumté

    Cette œuvre d’art est destinée à sa deuxième participation au Salon des Beaux-Arts, qui se tiendra du 18 au 22 septembre à l’Orangerie du Sénat. Cette année, Charlotte Mollet a obtenu un passe-droit. C’est que, pour sa première participation en 2025, la jeune femme a remporté le premier prix Deyrolle dans la section Naturaliste. La Maison Deyrolle est un lieu dédié à la nature et à l’art à Paris, rassemblant un cabinet de curiosités, des planches naturalistes, de la taxidermie… Les créations mystérieuses de Charlotte Mollet y trouveront un cocon pour une exposition qui lui est dédiée en septembre et en octobre.

    Des opportunités

    Si Charlotte Mollet a toujours dessiné depuis sa plus tendre enfance, passionnée par les animaux et leur représentation réaliste – "mon père me ramenait de ses voyages des insectes naturalisés", se souvient la jeune femme -, trouver sa place en tant qu’artiste n’a pas été simple. C’est en arrivant sur le Caillou, en 2017, qu’elle arrive enfin à prendre le temps de dessiner.

    Les "opportunités" s’enchaînent alors. Robert Hazet, directeur d’hôtel, la suit sur Instagram. Il est son premier acheteur. D’abord des "cocos gang", des noix de coco représentant des visages, "qu’il installe au Koniambo, à Koné". Puis il lui commande deux grandes fresques… "Il m’a fait confiance. Il m’a donné mes premières opportunités, celles qui m’ont permis de prendre confiance en moi et de me réconcilier avec ma pratique." Puis Charlotte Mollet expose lors de marchés au MV Lounge, "avec des copines", Les Éphémères. Et vend sa première toile. Un nautile enchevêtré dans une oreille interne humaine, sous forme de planche naturaliste détaillée et mystérieuse.

    Arrive le tremplin. Le vrai. "Un ami me dit que deux artistes cherchent une troisième pour exposer avec eux au Château Hagen" Charlotte Mollet rencontre alors Virginie Purple et le photographe Marc Le Chélard et participe à leurs côtés à "Cüriosom", en 2019. De là, tout décolle. Enfin. Jusqu’à sa propre exposition au Château Hagen, en 2025, "Morphogenèse, anatomie des métamorphoses". Puis Paris.

    La difficulté de se trouver

    Elle a d’ailleurs grandi en région parisienne. Après son bac, Charlotte Mollet suit une année de mise à niveau en arts appliqués, puis une année de prépa à l’École de Condé et aux Ateliers de Sèvres, et intègre l’École des Beaux-Arts de Nice, "moi qui fantasmais sur celle de Paris". La jeune femme et ses dessins ne s’intègrent pas dans le paysage niçois. Elle part pour Bruxelles, en Belgique, et intègre La Cambre, une école supérieure d’arts visuels en scénographie du spectacle vivant, durant trois années. "C’est super, mais en sortant de là, on ne t’a pas appris à te vendre. Comment je fais pour vivre de ça ?" Elle enchaîne des petits boulots sur des courts-métrages, tout en travaillant comme vendeuse. Et petit à petit, prise dans son quotidien, dans la nécessité de payer son loyer et de manger, Charlotte Mollet délaisse ses dessins.

    Elle suit finalement une formation accélérée de graphiste aux Gobelins. "Quel métier permet de vivre du dessin ?" Alors elle "détoure des petites culottes pour Undiz" ou imagine la nouvelle collection tendance déco de la société Gigia SA. "Au moins, j’ai pratiqué Photoshop", rigole Charlotte Mollet, aujourd’hui installée dans le petit canapé de son douillet appartement de Nouméa. Pendant toutes ces années, l’artiste lutte avec une maladie discrète mais handicapante : des crises de spasmophilie. "Elles m’ont mis des freins, cela m’a enfermée." Elle décide de "comprendre ce qui se passe chimiquement dans mon corps, d’embrasser le problème".

    Le 13 novembre 2015, Charlotte se rend dans le quartier de la Bastille pour assister à un concert. Alors qu’elle vient d’entrer dans l’établissement, elle "entend des pétards. C’étaient des tirs de kalachnikov." À quelques centaines de mètres se déroule un attentat. "Nous sommes alors confinés dans la salle toute la nuit, attendant de pouvoir sortir." Les forces de l’ordre évacuent enfin le lieu vers 4 heures. "Après ça, je n’arrivais plus à prendre le métro."

    L’envol

    Son compagnon de l’époque a grandi sur le Caillou. "Je n’en pouvais plus de Paris. Quand je suis arrivée ici, ça m’a fait un bien fou. Pas de RER, pas de métro, pas de sous-sol. Je vois Lifou, l’île des Pins, Hienghène… J’adore, je me sens connectée à quelque chose." Après une nouvelle année à Paris, la décision est prise : Charlotte vient s’installer en Nouvelle-Calédonie. Elle reprend ses crayons de pastel à l’huile et se plonge dans le dessin, elle qui représentait déjà des coraux, des nautiles et autres créatures marines avant de poser ses bagages dans le Pacifique. Pour autant, la jeune trentenaire doit toujours travailler à côté. Mais les opportunités sont plus nombreuses, le réseau se tisse plus vite, et après l’exposition de 2019 au Château Hagen, sa carrière est lancée.

    Charlotte Mollet vit désormais de son art. Au travers d’expositions, d’appels à projets, de résidences artistiques autour du monde, mais aussi de cours à la galerie In Situ, de ses créations en céramique, ou encore de la vente de ses reproductions. "Je suis toujours surprise et fière de voir que mes dessins de vulves florales (Montée divine) ou aux airs de méduses (Temple du plaisir) se vendent aussi bien. Je ne vois pas ça dans les boutiques à Paris." Eh bien, cela ne devrait plus tarder. Charlotte Mollet repart pour la capitale en septembre, afin d’exposer à la Maison Deyrolle, et poursuivre son envol.

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