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    Nouvelle Calédonie
  • Baptiste Gouret | Crée le 27.05.2026 à 16h10 | Mis à jour le 27.05.2026 à 16h10
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    David Guivant, surnommé "Le Chat orange" sur internet, s’est lancé le défi de devenir le plus gros contributeur mondial de Google Maps. Photo Baptiste Gouret
    Ancien guide touristique, David Guivant a publié en 2017 ses premières photos de Nouméa sur Google Maps. Neuf ans plus tard, il comptabilise 87 000 clichés et plus de 200 millions de vues. Son objectif : s’emparer du titre de plus gros contributeur de l’application, actuellement détenu par un Espagnol. Une thérapie, pour ce Calédonien de 50 ans atteint de problèmes cardiaques, devenue au fil du temps un véritable engagement pour le patrimoine local. Rencontre.

    Dans sa sacoche, le téléphone est soigneusement protégé d’une poche en plastique étanche, précaution tirée d’une malheureuse chute dans la rivière au cours d’une séance photos plus périlleuse que prévu. À la ceinture, l’appareil photo Sony et ses "huit millions de pixels" ne le quitte jamais. Les deux outils d’un pari que s’est lancé David Guivant et qui rythme dorénavant son quotidien.

    Ses photos, capturées au gré d’une simple marche ou d’une virée plus longue dans des commerces de Nouméa, dans les creeks de Brousse ou sur les routes du Grand Sud, finissent toutes au même endroit : Google Maps. David Guivant revendique le titre de plus gros contributeur calédonien de l’application, pour laquelle il a lui-même créé une bonne partie des lieux d’intérêt du Caillou. Un "local guide" surnommé "Le Chat orange", sans d’autre raison qu’une affection particulière pour les félins roux. Sur son profil, les chiffres donnent le vertige : 87 230 photos publiées pour un total de 201 millions de vues cumulées. "Ça fait 2,4 % du globe", lâche fièrement David.

    10 000 photos par mois

    À l’origine, l’homme qui passera la barre "du demi-siècle" au mois de juin, capturait des paysages à bord du petit train vert de Lyvaï, pour lequel il opérait comme guide touristique des croisiéristes en escale à Nouméa. En 2017, il décide de publier les quelque 4 000 photos stockées dans son appareil. "Ma manager de l’époque m’a dit : 'c’est fou, tu veux battre le record du monde ou quoi ?' Je lui ai répondu : 'chiche'", sourit David. Un objectif qu’il poursuit depuis maintenant neuf ans. La route est encore longue. Pour revendiquer ce titre, il faudra détrôner l’actuel plus gros contributeur mondial de Google Maps, un Espagnol du nom de Pako Valera et ses 824 000 clichés en ligne.

    "Le Chat orange" n’a pas l’intention de courir après les vues, une quête impossible : certains internautes affichent plusieurs dizaines de milliards de consultations cumulées. En revanche, le plan est déjà établi pour dépasser son rival ibérique : "10 000 photos par mois", soit 120 000 par an, dans l’espoir de coiffer Pako au poteau dans les prochaines années, si ce dernier lève enfin le pied sur les partages d’images. "Il ne publie pas beaucoup, se rassure David. Peut-être que lui, son but, ce n’est pas d’avoir le record, mais juste de faire découvrir l’Espagne."

    Oublier la maladie

    Reste que la chasse au record, si motivante soit-elle, n’explique pas seule la genèse du projet pharaonique de David Guivant. Au départ, ses déambulations immortalisées poursuivaient surtout un objectif thérapeutique, pour ce Nouméen victime de quatre arrêts cardiaques entre 2012 et 2017. Des problèmes de santé, conséquence d’un surpoids et d’une mauvaise alimentation, qui l’ont incité à se dépenser davantage. "Je ne peux pas courir, et la muscu, c’est compliqué, donc je marche." Un traitement efficace : David est parvenu à perdre plusieurs dizaines de kilos, mais surtout à "oublier un peu la maladie". Il se prend alors de passion pour le partage en ligne des monuments, des paysages et des endroits que ses excursions lui font découvrir.


    David Guivant est fasciné par les images qui ressortent des formations rocheuses, telles que ce visage dans une falaise de Ouémo. Photo David Guivant

    David Guivant a perdu son emploi de guide touristique en 2024, victime parmi tant d’autres des crises successives qui ont fragilisé le secteur. En attendant le retour des croisiéristes, il remplit les rayons d’un supermarché quelques jours dans la semaine, et consacre le reste de son temps libre au défi qu’il s’est lancé.

    Il a diversifié ses contenus, en misant davantage sur les clichés des commerces de la place et de leurs produits. Chez les commerçants de Nouméa, il dégaine son profil Google Maps et ses millions de vues. "Ils sont contents d’être vus, et compte tenu de la conjoncture économique, ils me disent que toute aide est la bienvenue." "Le Chat orange" voit désormais dans son audience acquise en ligne l’occasion de faire rayonner son pays, et d’aider les acteurs du tourisme en difficulté. "Souvent, il y a des commerces ou des monuments qui ne sont même pas répertoriés dans Google Maps, alors je les ajoute."

    Le mammouth de Lifou

    Il y a quelques mois, David a embarqué dans son aventure Emrick, un "frère d’église", ancien ambulancier fatigué "de se faire bombarder quand il venait aider des gens". Ensemble, ils parcourent l’agglomération. "Il conduit, je fais les photos." Ils empruntent la voiture du père de David, une vieille automobile "des années 1990", pas suffisamment fiable pour tenter une virée dans le Nord ou sur la côte Est.


    À Sainte-Marie, David a repéré la tête d’un lion dans une formation rocheuse. Photo David Guivant

    Mais David le sait : il faudra arpenter davantage la Nouvelle-Calédonie pour s’emparer du record mondial. Il a porté son projet devant plusieurs institutions, dans l’espoir d’être soutenu financièrement, au moins pour les trajets. Sans succès. Alors en attendant, il répertorie sur son carnet les paysages et autres formations rocheuses encore inconnus du grand public, qu’il espère pouvoir enregistrer à l’avenir sur Google Maps. "Tu savais qu’à Hienghène, il n’y a pas que la poule, mais aussi le sphynx, l’éléphant géant, la sirène…", s’enflamme l’explorateur.

    À Lifou, on lui a même affirmé qu’un pan de falaise formait "un mammouth". "Dans d’autres pays, ils auraient déjà transformé tout ça en attraction touristique", pense David. Il ne désespère pas : peut-être qu’un jour, les visiteurs se presseront pour découvrir "le géant de Goro" ou "le cavalier de Hienghène". "Le Chat orange" n’y sera pas pour rien.

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