- Anne-Claire Pophillat | Crée le 05.11.2026 à 08h00 | Mis à jour le 05.11.2026 à 08h00ImprimerLa mairie de Nouméa n’a pas souhaité s’exprimer sur le chantier de déconstruction du Mouv', à Rivière-Salée. Photo Anne-Claire PophillatC’est la perte d’un symbole. À Rivière-Salée, le chantier de déconstruction du Mouv', fermé après avoir été vandalisé en mai 2024, est lancé. La mairie envisagerait d’aménager une halle couverte pour le marché à la place. Un choix difficile à entendre pour le directeur de l’établissement culturel, Christophe Ventoume, qui poursuit néanmoins tant bien que mal l’activité de l’association.
Kaneka, jazz, rap, gospel, rock, funk, blues… Depuis son ouverture à Rivière-Salée en 2021, le Mouv' a reçu 1 800 groupes sur scène lors de plus de 650 soirées-concerts devant 160 000 spectateurs. Les Trois Petits cochons, Tyssia, Jimmy Oedin, Patrice Prudent, Kirikitr, Mya, etc., les plus grands artistes s’y sont produits. Mais l’établissement culturel, pensé au départ comme un outil de diffusion de la musique, a, au fil des années, élargi sa mission à la formation, avec la Mouv’Skool, une école qui a initié 1 500 élèves au piano, à la guitare, à la basse, à la batterie… À tel point que la structure a même bénéficié, entre 2010 et 2012, de travaux visant à agrandir le bâtiment, afin d’accueillir des salles de répétition et de cours, une cabine studio et des coulisses.
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En 2024, l’espace, victime de dégradations, est fermé. Le Mouv' installe son bureau au Centre d’art, où il est hébergé, propose des concerts au Théâtre de Poche – le prochain, "Tribute Motown", est programmé les 11 et 12 décembre – et se replie au centre Tjibaou pour les cours de musique. Conséquence, le nombre d’élèves chute de moitié. Plus de deux ans plus tard, le chantier de déconstruction démarre, signant la disparition d’un symbole.
"On se sent trahis"
C’est lors de l’assemblée générale annuelle de l’association, en juin, que l’équipe apprend la nouvelle. "On nous a dit que la ville ne comptait pas reconstruire le site", déclare Christophe Ventoume. Le directeur du Mouv' demande à être reçu par la maire de Nouméa, Sonia Lagarde, "afin de défendre notre bilan et notre vision de l’insertion de la jeunesse et du développement de la filière musique actuelle". La requête est restée sans réponse jusqu’à ce jour, au grand dam de Christophe Ventoume. "C’est triste. Les choix ont déjà été faits. On se sent en quelque sorte trahis, mis de côté, comme si notre travail n’avait aucune valeur, alors que l’exécutif aurait dû être fier de cet équipement."
Autre dommage collatéral : l’arrêt de la classe orchestre au collège de Rivière-Salée, à la suite de la fermeture de l’établissement après les émeutes. Ainsi que celui de la médiation culturelle, des ateliers intergénérationnels de ukulele, percussions, etc., qui n’ont jamais repris faute de moyens. "On a été obligés de réduire la voilure."
Ce que déplore d’autant plus Christophe Ventoume, c’est que la ville n’ait pas pris le temps d’informer les habitants de Rivière-Salée. "Cette destruction affecte le quartier. Le chantier a commencé sans explication, sans en avertir la population. Une réunion aurait pu être organisée pour l’annoncer", estime le directeur, qui considère que c’est à "la commune d’expliquer sa politique. Nous communiquons, alors que c’est un choix que nous subissons."

Une halle couverte pour le marché devrait remplacer l’établissement culturel. Photo Anne-Claire PophillatPourtant, plaide le directeur, la structure n’était pas si gourmande en subventions. "Moins de 500 millions de francs en vingt-neuf ans, c’est moins qu’une année de fonctionnement du centre Tjibaou par exemple" - l’association existe en effet depuis 1998, avant l’aménagement du Mouv', et présente sa 29e saison.
Bientôt à l’école Teyssandier-de-Laubarède à la Vallée-du-Tir ?
À la place, la mairie envisagerait d’aménager "une halle couverte pour le marché", alors que l’association Solidarité RS, créée au lendemain des émeutes, en organise un chaque samedi. Une décision qu’a du mal à comprendre Christophe Ventoume. "On enlève un lieu d’insertion par la musique et de divertissement culturel, alors que le marché existe comme ça depuis deux ans et qu’il fonctionne très bien."

Christophe Ventoume est à la tête du Mouv' depuis les débuts. Photo Archives LNC / Thierry PerronAprès le Centre d’art, la suite pourrait s’écrire à l’école Teyssandier-de-Laubarède, à la Vallée-du-Tir, pour le Mouv', où deux salles de classe pourraient être mises à disposition par la ville. "Il y a de la colère et de la déception par rapport à la façon dont on nous traite, reconnaît le directeur, mais il y a aussi nos missions et la volonté de les poursuivre. La mairie reste un partenaire, donc on continue à travailler ensemble."
Sollicitée, la ville de Nouméa n’a pas donné suite.
Note
Pour contacter la Mouv’Skool, un numéro de téléphone, le 41 15 18, un e-mail, contact@lemouv.nc, ou encore la page Facebook.
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