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    Grand Nouméa
  • Anne-Claire Pophillat | Crée le 04.11.2026 à 10h36 | Mis à jour le 04.11.2026 à 10h53
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    À Tindu, aménagé il y a plus d’un demi-siècle, deux bâtiments s’apprêtent à être démolis dans les mois à venir, les C et I, qui représentent 60 logements. Photo Anne-Claire Pophillat
    Le programme de déconstruction de deux résidences à Tindu et de trois à Pierre-Lenquette est lancé, financé dans le cadre du contrat de développement État-province Sud, avec la participation de la Sic. Le projet de réhabilitation, amorcé il y a dix ans, a été abandonné faute de moyens. Les habitants, "très attachés à leur quartier", s’inquiètent de la suite.

    Si Djoyck Dokunengo a déménagé trois fois, il n’est jamais allé très loin. Né à Tindu, le jeune trentenaire a simplement changé de résidence. "Je suis la troisième génération à y habiter, après mes grands-parents et mes parents, et j’ai envie de rester là, ma vie est ici", raconte le président du Comité sérénité de Tindu. "Je voulais travailler pour le quartier."

    Le jeune homme témoigne de son affection pour l’endroit qui l’a vu grandir. À l’image de ses habitants, affirme-t-il. "On n’a rien, pas d’équipement, mais les résidents sont attachés à ce lieu et à son histoire. Ce n’est pas comme ailleurs. Ici, il n’y a pas de passage, il n’y a que nous, nos gens, ceux qui veulent nous voir, nos familles. C’est comme une tribu, quoi." Entourée de verdure, donnant sur une magnifique baie qui abrite l’îlot Kuauri. Un espace préservé.


    Djoyck Dokunengo est le président du Comité sérénité de Tindu, qui fait le lien avec la Sic par rapport aux conditions de vie, et "aide les gens à trouver des formations, de l’aide alimentaire, à surveiller les jeunes qui traînent et embêtent les locataires". Photo Anne-Claire Pophillat

    "Délaissés"

    Pourtant, des évolutions, Tindu en a connues depuis sa construction par la Société immobilière de Nouvelle-Calédonie début 1970. Il y a eu des fermetures. Celles du commissariat de police en 2010, de la cyberbase et de la base nautique, puis de l’école Louise-Vergès en 2021 et de la crèche le Caillou blanc en 2023. Seuls subsistent, aujourd’hui, la maison de quartier et le magasin, pratique pour dépanner, surtout depuis l’incendie du Super U de Kaméré lors des émeutes, d’autant que les bus, eux, ne s’aventurent plus à l’intérieur de la cité. "On est délaissés, déclare Héléna, croisée à la supérette. C’est encore pire depuis 2024", lance celle qui habite le secteur depuis cinquante ans.


    Helena vit à Tindu depuis cinquante ans. "On est une famille ici, on s’entraide", souligne celle qui ne se verrait pas habiter ailleurs. Photo Anne-Claire Pophillat

    Et puis il y a eu des réhabilitations. Dans les années 1990 d’abord, et plus récemment, à partir de 2015, trois résidences ont été rénovées : Améthyste, Jaspe et Béryl (pour 1,7 milliard de francs environ). Depuis cette dernière, livrée en septembre 2021, le projet de réfection est sur pause. En cause, des difficultés financières rencontrées par le bailleur social ainsi que les collectivités, aggravées par les crises Covid et mai 2024, et "la vacance, en augmentation constante", indique Emmanuelle Pedeutour, cheffe de projet renouvellement urbain à la Sic. "Les logements libres représentent 15 % du parc, alors que le chiffre standard c’est 1,5 %. On a doublé ces dernières années."


    Entre 2015 et 2021, trois bâtiments ont été réhabilités à Tindu, les A, B et J, avant une interruption du programme de rénovation faute de financements. Photo Anne-Claire Pophillat

    Dédensifier le parc social

    En conséquence, certaines résidences s’apprêtent à être démolies, à l’image des bâtiments I et C, a priori en 2027. "On a adapté notre stratégie. Les émeutes ont accéléré la prise de décision, les bâtiments vides étaient squattés, ce qui est source de nuisances. Sans perspective de réhabilitation, la meilleure solution reste de déconstruire", affirme Emmanuelle Pedeutour. "Au vu du contexte, il était utopique de penser qu’on pourrait réhabiliter, d’où le fait qu’on ait proposé de démolir", appuie Benoît Naturel, directeur de la Sic.

    Mettre un terme à la construction de logements sociaux et "diminuer la densité du parc social", expliquait Sonia Backès, présidente de la Maison bleue, lors d’une assemblée en septembre 2025, constitue une volonté de la province Sud. "Il y a des zones où il y a trop de logements sociaux, note Christophe Bergery, secrétaire général adjoint de la collectivité. On doit retrouver de l’équilibre."

    L’opération, qui représente une enveloppe de "167 millions de francs" pour les deux immeubles I et C, soit trente logements chacun, a notamment pu voir le jour grâce à un soutien de l’État via le contrat de développement État-province Sud 2024-2027. La Sic participe également.

    "Un vrai lien"

    Sur place, "cela inquiète les habitants, raconte Djoyck Dokunengo. Ils se demandent pourquoi on ne reconstruit pas, quel est le projet, car ils veulent rester là."


    Mamie Paola s’occupe du magasin et propose également du snacking. Photo Anne-Claire Pophillat

    "Les gens tiennent à leur quartier, il y a un vrai lien avec Tindu et des liens de solidarité entre les familles", ajoute Emmanuelle Pedeutour. Alors ils s’interrogent "sur la suite, ce qu’ils vont devenir et si cela va continuer", poursuit Benoît Naturel, qui précise qu’il s’agit du parc où les loyers sont les moins chers. "C’est normal que cela nourrisse des craintes. Pour l’instant, on ne sait pas répondre précisément à la question de savoir ce que vont devenir le reste des bâtiments. Si la baisse de la démographie continue, avec la paupérisation des ménages et le vieillissement de la population, il y a de fortes chances qu’on suive les mêmes décisions." Les logements, vétustes, mériteraient d’être restaurés, "mais on n’est pas en capacité de financer la remise en état", indique le directeur. Alors, quand un locataire s’en va, l’appartement reste inoccupé. "À Tindu, presque 50 % d’entre eux sont vides."


    Le cadre, face à la mer, est particulièrement paisible. Photo Anne-Claire Pophillat

    C’est pourtant là, il y a à peine un an, en novembre 2025, que s’était rendue la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, qui avait alors déclaré que "l’État pouvait être associé à la rénovation".

    À quelques kilomètres, de l’autre côté de la voie express, cette dédensification concerne une autre cité historique, celle de Pierre-Lenquette, érigée à la même époque, au début des années 1970. Là aussi, la réhabilitation, marquée par la livraison du bâtiment A en 2020, a été stoppée, faute de moyens.

    Trois résidences, les B, D et E, soit 103 logements, sont concernées par la déconstruction, dont le chantier est prévu l’année prochaine. "Il s’agit d’une grosse opération d’un montant de 318 millions de francs, indique Christophe Bergery, et qui devrait durer six mois."


    Le bus ne rentre plus dans Tindu et s’arrête à l’entrée du quartier. Photo Anne-Claire Pophillat

    Mais la démolition "n’est pas une fin en soi, remarque Benoît Naturel, cela n’efface pas la contrainte sociale". "Nous, on traite le technique, on rase des bâtiments vides, mais la problématique sociale reste. Il faut l’aborder de manière générale sur l’ensemble de l’agglomération", estime le directeur de la Sic, déplorant l’absence d’une politique concertée du logement et de l’habitat.


    Tindu Store est le seul magasin de proximité pour les habitants, d’autant que le Super U de Kaméré a été incendié pendant les émeutes de 2024. Photo Anne-Claire Pophillat

    Le logement social dans l’impasse financière


    Benoît Naturel, directeur de la SIC, et Emmanuelle Pedeutour, cheffe de projet renouvellement urbain. Photo Anne-Claire Pophillat

    Construction, démolition, réhabilitation… Au-delà de ces opérations, l’enjeu concerne plus globalement la question du financement du logement social, considère Benoît Naturel. Concernant la Société immobilière calédonienne, "95 % de son chiffre d’affaires" repose sur les loyers. Or, indique le directeur du bailleur social, "cela fait dix ans qu’on fait en sorte de ne pas les augmenter comme ils auraient dû l’être, on a préféré maintenir le pouvoir d’achat des locataires". Par conséquent, la Sic a ainsi perdu environ "8 milliards de francs" sur la période. À cela s’ajoutent les impayés, qui ont augmenté d’un milliard depuis 2024. Les émeutes ont "accéléré le mouvement", beaucoup de Calédoniens ayant perdu leur emploi. De fait, l’opérateur n’a plus la capacité financière de subvenir à ses besoins.

    Une dette technique de plusieurs milliards

    Ses ressources ayant diminué, la Sic a été contrainte de reporter, faute de moyens, des investissements d’entretien du bâti, comme des ravalements de façade, programmés tous les dix ans mais finalement réalisés tous les quinze, ou la restauration des parties communes, planifiée tous les cinq ans et effectuée tous les dix. Tout cela a conduit à gonfler la dette dite "technique", estimée aujourd’hui "à entre 4 et 5 milliards de francs", et a pu mener au "déclassement de certains parcs", et ainsi "à devoir démolir certains immeubles", poursuit Benoît Naturel.

    Après les évènements, le bailleur a mis en œuvre un plan d’économies ayant abouti à la réduction de "40 % de ses charges", notamment par le licenciement d’une partie des effectifs. La Sic doit également résorber sa dette technique. Avec les besoins en financement et l’augmentation du stock d’impayés, la situation ne pourra pas tenir encore bien longtemps, estime le directeur. "À un moment, on ne sera plus en capacité de maintenir tout le monde dans les logements et de faire convenablement notre mission. On va arriver au bout de la logique. On est dans une trajectoire qui s’accélère, on est assez inquiets." D’autant qu’en face, "les besoins sociaux augmentent".

    L’issue pourrait être, selon le directeur, d’élaborer une politique publique du logement social dotée d’une gouvernance claire et orientée vers la réhabilitation. "Que voulons-nous pour la société calédonienne ? Investir dans la réhabilitation, par exemple, bénéficierait à tout le monde. En plus, cela crée davantage d’emplois que la construction. Cela fait plus de dix ans qu’on travaille sur cette question de la rénovation, et on n’arrive pas à concevoir de modèle pour la financer."

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