- Anne-Claire Pophillat | Crée le 04.09.2026 à 07h00 | Mis à jour le 04.09.2026 à 07h05ImprimerLe chef de corps des pompiers de Dumbéa, Bruno Chitussi, s’entretient avec Raphaël Kugogne, chef d’équipe à la direction du développement durable de la ville (à g.), Yves Lefèvre, un des associés de la SCPF, société civile des propriétés Fayard, et Eugène Togna, chef du clan Waka, propriétaires des lieux, dans le cadre de la préparation de la saison des feux à Dumbéa, au Pic aux Chèvres. Photo Anne-Claire PophillatDepuis maintenant quinze ans, la ville de Dumbéa aménage, avant chaque saison des feux, plusieurs kilomètres de pistes visant à la fois à permettre l’accès aux pompiers au plus près des incendies, mais aussi à lutter contre leur propagation en stoppant les flammes. Une matinée de repérage était organisée ce jeudi 3 septembre à Katiramona et du côté du Pic aux Chèvres. Reportage.
Au sommet d’une crête, derrière le Pic aux Chèvres, Bruno Chitussi, chef de corps des pompiers de Dumbéa, prépare la saison des feux à venir. Face à lui, s’étend, en contrebas, la plaine Adam. De l’autre côté, au pied de la montagne, Takutéa, Jacarandas, Koutio. Il est accompagné de Raphaël Kugogne, chef d’équipe à la direction du développement durable de la ville. Ce sont en effet les agents municipaux qui sont chargés d’aménager les 18 km de pistes DFCI, pour "défense forêt contre l’incendie", que compte la commune, une partie étant sur terres privées. C’est le cas de l’endroit où se tiennent les deux hommes, ce jeudi 3 septembre.

En contrebas, la plaine d’Adam avec, à gauche, la ZAC Panda, où s’était notamment déclaré un important feu de brousse en octobre 2024. Photo Anne-Claire PophillatEn partenariat avec les propriétaires
La menace est identifiée : les incendies viennent en général des zones urbaines, soit de la RT1, soit de Panda, comme en 2024, soit des quartiers du littoral. Le risque ? Que le feu atteigne la plaine Adam, où il pourrait "stagner". Alors afin de protéger le foncier, que ce soit la zone agropastorale, mais aussi les espaces industriel et résidentiel, une piste "qui prenne toute la ligne de crête", précise Bruno Chitussi, est tracée. Un travail réalisé en collaboration avec les propriétaires, Eugène Togna, chef du clan Waka, et Jean-Yves Lefèvre, qui représente la famille Fayard.

"C’est très bien de faire de la prévention", estime Eugène Togna, chef du clan Waka. Photo Anne-Claire Pophillat"On a besoin de votre permission parce qu’on va rentrer chez vous, ainsi que de votre avis, parce que c’est vous qui connaissez le mieux le secteur, qui savez par où on peut passer et quels sont les points sensibles, s’il faut porter une attention particulière sur une grange, un dock, un abreuvoir…", leur explique le chef de corps. En étudiant le parcours lors du repérage, ce matin, Yves Lefèvre leur indique justement un endroit où se trouve "un passage compliqué". Des informations déterminantes pour faciliter ensuite l’intervention des services techniques.
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Cette action de prévention et d’anticipation, Eugène Togna y participe tout naturellement, d’autant que le foncier, attribué au clan Waka en 1995, a depuis subi plusieurs incendies. "Il y a quelque chose à faire pour sensibiliser les gens, notamment pendant les périodes de fêtes comme Noël, avec les feux d’artifice, qui doivent être à l’origine de la moitié des feux." Et la surface de 130 hectares comprend de la forêt sèche et de nombreux arbres endémiques, dont une liane. "Il y a une biodiversité à préserver."

Yves Lefèvre, représentant la famille Fayard, n’hésite pas à collaborer avec les pompiers. "L’idée de faire des coups de feu en ligne de crête, ça nous intéresse parce que ça protège la quasi-totalité de la propriété." Photo Anne-Claire PophillatC’est le cas d’un nid de roussettes qui serait, paraît-il, "le plus grand de toute la province Sud, indique Yves Lefèvre, un des associés de la SCPF, société civile des propriétés Fayard, situé dans un superbe banian. On est inquiets, parce que l’an passé, un incendie en est arrivé très près, donc même si leur gîte n’a pas été détruit, cela les a quand même fait fuir, au moins provisoirement. La préservation du vivant est une des considérations principales, surtout pour les éleveurs." Yves Lefèvre agit donc déjà sur le site en amont, en vue d’épargner au maximum les terres agricoles, avec "le débroussaillage dans les pâturages, qui est positif pour le bétail et diminue le risque feu. Et puis les limites du terrain sont marquées par des barrières, donc il y a des pistes presque partout, qui jouent aussi le rôle de coupe-feu."

La plaine d’Adam a une forme à cheval. "Si un incendie entre dedans, on va avoir des phénomènes de vent tournant et un feu qui va stagner", explique Bruno Chitussi, chef de corps des pompiers de Dumbéa. Photo Anne-Claire PophillatLe défrichage a commencé à Katiramona
À plusieurs kilomètres de là, sur la partie nord de la commune, les travaux ont débuté sur la crête entre Katiramona et Nondoué. Depuis environ deux semaines, le gyrobroyeur coupe la végétation sur son passage, laissant un passage de quelques mètres de large. "Ensuite, une équipe intervient pour débroussailler, tailler les arbres, dégager les accès", développe Raphaël Kugogne, certains étant parfois très accidentés, afin que les pompiers puissent s’approcher au plus près des flammes en cas de besoin.

Le gyrobroyeur a beaucoup de travail. En un an, la végétation reprend vite ses droits. Photo Anne-Claire PophillatL’autre intérêt de ces pistes : faire office de pare-feu. "L’herbe coupée n’agit plus comme combustible, donc le feu va s’arrêter", explique Bruno Chitussi. L’idée générale consiste ainsi à "ceinturer la ville, afin de diminuer conséquemment les surfaces brûlées". Le dispositif, en place depuis 2011, à la suite d’importants incendies qui avaient ravagé la forêt près du barrage de la Dumbéa fin 2009, est désormais bien maîtrisé.

Bruno Chitussi effectue un travail de repérage en compagnie des services de la commune. Photo Anne-Claire PophillatUne réglementation municipale, les OLD, obligations légales de débroussaillement, existe également pour inciter à défricher. En cas de non-respect, "s’il y a un feu, une délibération m’impose de facturer 100 000 francs par camion engagé". Un outil dont dispose Bruno Chitussi, mais qu’il préfère utiliser le moins possible, privilégiant la coopération avec les propriétaires.
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