- AFP | Crée le 06.06.2026 à 07h56 | Mis à jour le 06.06.2026 à 07h57ImprimerChristian Tein au Congrès du FLNKS à Ponérihouen, en décembre 2025, après son retour de l’Hexagone, où il est resté incarcéré près d’un en et demi. Photo AFP / Delphine MayeurDeux ans après les émeutes ayant endeuillé la Nouvelle-Calédonie, un non-lieu général a été ordonné par les juges d’instruction parisiens en faveur du leader indépendantiste Christian Tein et des militants de la CCAT. Le parquet a immédiatement fait appel. Le FLNKS a dit apprécier "cette décision avec beaucoup d’humilité". Sonia Backès, cheffe de file des Loyalistes, a dénoncé un "système judiciaire français (qui) devient fou".
Ouverte en 2024 sur place, l’information judiciaire sur la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), à l’origine de la mobilisation, avait été dépaysée à Paris en janvier 2025. Quatorze personnes ont été mises en examen dans ce dossier, suspectées notamment d’avoir commandité les violences. Dont Christian Tein, 58 ans et aujourd’hui président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Mais aussi, entre autres, Frédérique Muliava, Brenda Wanabo, Dimitri Tein-Qenegei, Guillaume Vama, Erwan Waetheane ou encore Steeve Unë, qui avaient été transférés dans l'Hexagone, ont révélé, vendredi 5 juin, nos confrères de La Voix du Caillou.
Mais les juges d’instruction ont balayé les accusations d’insurrection, évoquées un temps au cours de l’enquête. Ils ont souligné que "quand bien même la revendication tendait-elle à obtenir à terme l’indépendance du territoire, elle n’avait pas pour objet de 'mettre en péril les institutions de la République'", ni à prendre le territoire "en attaquant l’État français par les armes", selon des éléments dont l’AFP a eu connaissance.
"Museler un homme politique"
"Après un transfèrement de 17 000 km dans des conditions indignes, une détention provisoire de près d’un an loin des siens, des attaques politiques et des accusations mensongères, une défense pied à pied pour démontrer sa totale innocence, Christian Tein est totalement mis hors de cause, comme les autres", ont salué auprès de l’AFP ses avocats, Mes Florian Medico, Pierre Ortet et François Roux. C’est "le constat sidérant d’une action initiale qui a eu pour but de museler un homme politique", ajoutent-ils.
"Nous avons parié que les juges d’instruction à Paris sauraient dire la vérité, prouver l’innocence de nos clients et nous avons eu raison. Une belle démonstration de ce qu’est un État de droit", s’est félicité de son côté Me François Saint-Pierre, avocat de Frédérique Muliava, l’une des mises en examen.
Dans ce dossier, les juges d’instruction avaient annoncé en janvier la fin de leurs investigations. Cette décision ouvrait un délai de trois mois pour que le parquet se prononce sur l’opportunité de renvoyer ou non les mis en examen devant un tribunal.
À LIRE ÉGALEMENT :
Émeutes : l’enquête sur Christian Tein et des membres de la CCAT s’achève
Un appel pour des actes d’investigation complémentaires
Vendredi 5 juin, le parquet de Paris a précisé qu’il avait annoncé de telles réquisitions, mais "pour le mois de juillet, un magistrat ayant été affecté à plein temps depuis plus d’un mois pour analyser ce dossier de près de 11 500 pièces de fond". Il a donc décidé de faire appel du non-lieu, estimant nécessaire qu’il soit procédé à des actes d’investigations complémentaires.
Les émeutes de mai 2024, l’une des plus graves crises de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, avaient conduit le président de la République, Emmanuel Macron, à déclencher l’état d’urgence. Les violences, liées notamment au projet de dégel du corps électoral, ont fait 14 morts et provoqué plus de 240 milliards de francs de dégâts.
En juin 2024, une vague d’interpellations avait ciblé la CCAT, "structure organisée composée de donneurs d’ordres et d’exécutants", soupçonnée alors par la justice d’avoir mis au point un plan pour "déstabiliser les unités économiques, les administrations et les services de l’État". Parmi les chefs de poursuites : complicité de tentative de meurtre d’une personne dépositaire de l’autorité publique, vol en bande organisée avec arme ou participation à une association de malfaiteurs.
Pas de "charges suffisantes"
Mais les juges d’instruction ont estimé qu’il n’existait pas de "charges suffisantes" contre les 14 mis en examen, jugeant qu’il n’y avait lieu à poursuivre quiconque. Signe de la tension autour de ce dossier, la défense avait dénoncé en février dans un courrier aux juges d’instruction le sort qui lui avait été fait.
Les avocats s’étaient insurgés "des conditions inadmissibles, constitutives de traitements inhumains et dégradants", dans lesquelles les sept Kanak avaient été transférés dans l’Hexagone, évoquant un "traitement judiciaire exceptionnel" sur "ingérence du gouvernement".
Réactions contrastées
En Nouvelle-Calédonie, plusieurs responsables politiques ont réagi. Le FLNKS a dit apprécier "cette décision avec beaucoup d’humilité", répétant que "jamais la CCAT, l’UC ou le FLNKS n’a appelé à quelconque violence dans le Pays", et promet "de lutter pour que justice soit faite pour nos martyrs et nos militants toujours incarcérés".
À l’inverse, Sonia Backès, présidente de la province Sud, a dénoncé un "système judiciaire français (qui) devient fou". "Les casseurs laissés en liberté et les honnêtes gens abandonnés", a réagit la cheffe de file des Loyalistes sur Facebook. "Je suis écœurée." Le député Renaissance Nicolas Metzdorf estime, lui, que, "tant que justice ne sera pas rendue, rien ne pourra totalement se réparer en Nouvelle-Calédonie", ajoutant : "c’est tout un peuple qui a été meurtri et les responsables doivent rendre des comptes", saluant l’appel du parquet.
MERCI DE VOUS IDENTIFIER
Vous devez avoir un compte en ligne sur le site des Nouvelles Calédoniennes pour pouvoir acheter du contenu. Veuillez vous connecter.X
J'AI DÉJA UN COMPTEJE N'AI PAS DE COMPTE- Vous n'avez pas encore de compte ?
- Créer un nouveau compte
Vous avez besoin d'aide ? Vous souhaitez vous abonner, mais vous n'avez pas de carte bancaire ?
Prenez contact directement avec le service abonnement au (+687) 27 09 65 ou en envoyant un e-mail au service abonnement. -
-
DANS LA MÊME RUBRIQUE
-
VOS RÉACTIONS




Les transports aériensà consulter ici











