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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 04.08.2026 à 16h48 | Mis à jour le 04.08.2026 à 16h48
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    Laura Vendegou, entourée de plusieurs participantes au wānanga consacré à la place des femmes dans les institutions du Pacifique, organisé du 28 au 30 juillet au Parlement néo-zélandais. Photo Cécilia Madeleine
    Dans une région où moins d’un parlementaire sur dix est une femme, la Nouvelle-Calédonie fait figure d’exception avec un Congrès paritaire. De retour d’une rencontre réunissant 29 élues du Pacifique à Wellington, Laura Vendegou rappelle toutefois que l’égalité en nombre ne suffit pas à garantir aux femmes le même poids dans les postes à responsabilité.

    Vingt-neuf élues, agentes parlementaires et représentantes d’organisations du Pacifique se sont retrouvées, du 28 au 30 juillet, au Parlement néo-zélandais, à Wellington. Intitulé "Tuākana, Tēina, Whenua, Talanoa", ce wānanga (temps de rencontre et d’apprentissage collectif en langue maorie) était consacré à la place des femmes dans les institutions et à leur capacité à peser sur les décisions publiques.

    Laura Vendegou, qui siège au sein du groupe Rassemblement boulevard Vauban, y représentait la présidente du Congrès, Virginie Ruffenach. L’élue de la province Sud était accompagnée de Cécilia Madeleine, déléguée de la Nouvelle-Calédonie en Nouvelle-Zélande.

    Cette rencontre était organisée dans le cadre de Tai a Kiwa, un programme de coopération entre les parlements du Pacifique conduit par le Parlement néo-zélandais et financé par le Ministry of Foreign Affairs and Trade (MFAT), le ministère néo-zélandais des Affaires étrangères et du Commerce. Leadership, constitution de réseaux, violences en ligne et harcèlement sexiste figuraient parmi les sujets abordés.

    "Ce qui a été vraiment marquant, c’est la présence de femmes venues de pratiquement tout le Pacifique", retient Laura Vendegou. Au-delà de la diversité des délégations, les échanges ont surtout révélé la très faible représentation des femmes dans une grande partie des assemblées de la région.

    Moins de 8 % de femmes dans les parlements insulaires

    Au 1er juin, les États insulaires du Pacifique affichaient la plus faible représentation féminine au monde dans les parlements nationaux : les femmes n’y occupaient que 7,5 % des sièges, selon l’Union interparlementaire (UIP), l’organisation mondiale des parlements nationaux. Cette moyenne ne prend pas en compte l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ni le Congrès calédonien, qui n’est pas un parlement national.

    Cette moyenne recouvre des situations différentes, même si les femmes restent très minoritaires dans la plupart des pays. Tuvalu ne compte aucune femme parmi ses seize parlementaires. Elles ne sont qu’une sur cinquante-deux au Vanuatu, une sur vingt-sept à Tonga et trois sur cinquante aux Îles Salomon. Les États fédérés de Micronésie en comptent trois sur quatorze, soit 21,4 % des élus.


    Laura Vendegou souhaite que la parité numérique au Congrès s’accompagne d’une meilleure prise en compte de la parole des femmes et d’un accès plus large aux responsabilités. Photo Julien Mazzoni

    Face à ces chiffres, la composition du Congrès calédonien n’a pas laissé insensibles les participantes. Laura Vendegou raconte l’émotion de certaines participantes en découvrant que les femmes y occupaient la moitié des sièges. "Ça leur donne de l’espoir. Elles se disent qu’on peut y arriver", explique la jeune élue.

    Il faut dire que le pays bénéficie de la loi organique du 4 juillet 2000, qui impose l’alternance femmes/hommes sur les listes provinciales. Le Congrès issu des élections du 28 juin compte ainsi 27 élues sur 54 membres.

    À cette parité dans l’hémicycle s’ajoute un autre symbole. Depuis 2024, le Congrès est présidé par une femme. Virginie Ruffenach a succédé en juillet à Veylma Falaeo, première femme à avoir dirigé l’institution. Pour la première fois, deux femmes se sont ainsi succédé à sa tête.

    Quatre têtes de liste sur vingt-trois

    Mais cette égalité numérique ne se retrouve pas à tous les niveaux de responsabilité, bien au contraire. Lors des dernières provinciales, seules quatre des vingt-trois listes étaient conduites par une femme. Car si la loi impose l’alternance des candidats, elle ne prévoit rien sur le choix de la tête de liste.

    Un déséquilibre encore plus flagrant au sein de l’exécutif. Le gouvernement élu le 31 juillet ne compte que deux femmes parmi ses onze membres, Nina Julié et Méryl Marlier.

    "Dans notre cas, la question n’est plus seulement d’avoir des femmes au Congrès, estime Laura Vendegou. Il faut aussi que leur voix soit prise en compte sur le plan politique." La présence des femmes dans une institution ne garantit pas, à elle seule, leur accès aux fonctions les plus influentes ou aux dossiers considérés comme stratégiques.

    Des attaques qui ne portent pas sur les idées

    L’élue originaire de Kunié insiste également sur la nature des attaques visant les femmes engagées en politique. "On remet en question les décisions politiques des hommes. Pour les femmes, les commentaires sont davantage sexistes", observe-t-elle. L’apparence, la vie personnelle, l’origine ou la conformité à un rôle culturel supposé prennent alors le pas sur le débat d’idées.

    Laura Vendegou dit en avoir elle-même fait l’amère expérience. Femme kanak engagée dans un parti non-indépendantiste, elle explique que certains commentaires présentent ses convictions comme incompatible avec ses origines. "On se réfère d’abord au sexe de la personne et non au potentiel qu’elle peut apporter", regrette-t-elle.

    Une étude de l’Union interparlementaire, relayée en 2025 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), organisme de l’ONU qui accompagne notamment le renforcement des institutions publiques, a interrogé 150 femmes parlementaires dans trente-trois pays, dont Fidji et les États fédérés de Micronésie. Parmi les élues interrogées, 60 % déclaraient avoir été visées en ligne par des discours haineux, de la désinformation ou des détournements d’image.

    Pour Laura Vendegou, la réponse passe surtout par l’éducation. "Pas uniquement l’éducation des filles, mais aussi celle des garçons." Elle salue aussi le travail des associations de femmes, très présentes sur le terrain et, pour la plupart, indépendantes des partis politiques.

    Des inégalités au-delà de la politique

    Les discussions qui se sont tenues à Wellington ne se sont pas arrêtées aux murs des parlements. Les participantes ont évoqué notamment les conséquences du changement climatique, mais aussi les violences conjugales et intrafamiliales. Selon ONU Femmes, environ deux femmes sur trois sont touchées par des violences fondées sur le genre dans les pays et territoires du Pacifique où des enquêtes ont été menées.

    Les inégalités persistent également dans la sphère professionnelle. Selon les dernières données détaillées de l’Isee, qui portent sur 2022, le salaire mensuel moyen des femmes dans le privé était inférieur de 13 % à celui des hommes.

    Laura Vendegou doit maintenant rendre compte de la rencontre aux élu(e) s du Congrès. Elle souhaite notamment vérifier si les outils présentés à Wellington pour prévenir et traiter les situations de harcèlement, dont ceux du PNUD, peuvent être utilisés par les institutions locales. Avec Virginie Ruffenach, elle souhaite également renforcer les liens entre les femmes parlementaires du Pacifique, avec l’idée d’accueillir, à terme, une rencontre régionale sur le Caillou.

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