- Julien Mazzoni | Crée le 25.06.2026 à 17h30 | Mis à jour le 25.06.2026 à 17h30ImprimerVanessa Wacapo, Omayra Naisseline, Wali Wahetra et Sonia Backès sont les quatre femmes têtes de liste aux provinciales, sur vingt-trois listes en course. Photomontage LNCLa loi sur la parité impose l’alternance femmes-hommes sur les listes provinciales. Mais, cette année, seules quatre listes sur vingt-trois sont conduites par une candidate. Un gouffre qui interroge sur l’accès réel des femmes aux premières places en politique.
Les femmes sont bien présentes dans la campagne des provinciales. Et pour cause, la loi oblige à respecter l’alternance entre femmes et hommes sur les listes. En revanche, en première ligne, les hommes se taillent toujours la part du lion. Si le dispositif légal a effectivement modifié la composition des assemblées, il n’a pas réglé la question des têtes de liste. Sur les vingt-trois en course du Nord au Sud en passant par les Îles pour le scrutin du 28 juin, seules quatre sont conduites par des femmes.
Pour Stéphanie Geneix-Rabault, maîtresse de conférences à l’Université de la Nouvelle-Calédonie et chargée de mission Egalité-diversité, c’est là que se situe l’un des angles morts de la parité politique. "Les lois ont permis une féminisation importante des assemblées, mais elles n’ont pas toujours transformé l’accès aux positions les plus stratégiques", analyse-t-elle.
Car la tête de liste n’est pas seulement une place "d’affichage". Elle incarne véritablement la campagne, porte le projet, concentre la visibilité médiatique et ouvre souvent la voie aux responsabilités exécutives. "Le verrou s’est déplacé de la présence sur la liste à l’accès à la première place", résume Stéphanie Geneix-Rabault. Les femmes sont ainsi entrées dans les institutions, mais le pouvoir réel, lui, leur reste encore trop souvent inaccessible.
La parité sur les listes ne se traduit pas automatiquement par une égalité dans la distribution du pouvoir.
La chercheuse parle d’une parité qui a fonctionné comme "un accélérateur comptable". Elle a permis de faire entrer davantage de femmes dans les assemblées, mais sans finalement modifier les équilibres les plus profonds. "La parité numérique sur les listes ne se traduit pas automatiquement par une égalité dans la distribution du pouvoir", estime-t-elle.
Un constat partagé par Maud Le Bar, présidente de La Tresse, association de sensibilisation à l’égalité et aux violences sexistes. Sur le terrain associatif, le paradoxe lui paraît évident. "Les femmes sont partout dans la vie collective. Elles font énormément tourner la société. Mais quand il s’agit d’incarner publiquement le pouvoir ou de prendre la tête d’une liste, elles deviennent soudain beaucoup plus rares."
Pour elle aussi, la loi a fait bouger les lignes. "Sans la parité, il y aurait probablement beaucoup moins de femmes élues." Une évolution insuffisante. "Présence n’équivaut pas pouvoir. La parité a permis aux femmes d’entrer dans la salle, mais le défi aujourd’hui, c’est qu'elles puissent aussi s’asseoir au bout de la table."
Les freins, poursuit-elle, ne relèvent pas seulement de choix individuels. Charge familiale, temps disponible, exposition aux violences sexistes, réseaux de pouvoir historiquement masculins, stéréotypes sur l’autorité… "Il faut sortir de l’explication selon laquelle les femmes n’osent pas. La vraie question est de comprendre pourquoi le coût de l’engagement est différent pour les femmes et pour les hommes."
Je ne souhaite pas être une exception, mais contribuer à rendre cette situation de plus en plus naturelle.
Les candidates interrogées ne tirent pas toutes les mêmes conclusions de ce déséquilibre. Sonia Backès, tête de liste d’union des Loyalistes et du Rassemblement en province Sud, défend une lecture centrée sur la compétence et le bilan. "Une femme n’a pas à prouver davantage qu’un homme sa légitimité à exercer des responsabilités, affirme-t-elle. Ce qui compte, ce sont les compétences, le travail, le caractère et l’engagement."
Elle l’assure : son genre n’a pas pesé dans sa désignation. "La véritable égalité consiste à ne plus se demander si une femme peut exercer les plus hautes responsabilités, mais à juger son action avec les mêmes exigences que l’on applique à un homme."
En province Nord, la liste des Loyalistes est également tirée par une femme, Vanessa Wacapo. Si elle reconnaît l’avancée permise par la parité, elle souligne cependant la persistance d’un plafond. "Nous avons progressé, mais les mentalités continuent d’évoluer." Elle dit vouloir être jugée sur son parcours, son travail et sa capacité à porter un projet. "Je ne souhaite pas être une exception, mais contribuer à rendre cette situation de plus en plus naturelle."
Autre tête de liste féminine interrogée, Wali Wahetra, qui mène le Palika aux Îles, estime elle aussi que "la parité a forcément changé l’accès au pouvoir politique et le regard que la population en avait". Sa présence en tête de liste montre, selon elle, que cette position "n’est pas inaccessible".
Le destin du pays se décide majoritairement entre hommes.
Le scrutin du 28 juin ne dira donc pas tout. Le nombre de femmes élues sera un premier indicateur, mais il ne suffira pas à mesurer le pouvoir réel. Les organigrammes des institutions actuelles le montrent déjà. Certes, le Congrès est bien présidé depuis le 29 août 2024 par Veylma Falaeo, première femme à accéder à ce poste. A noter que depuis son élection, six des huit vice-présidences de l'institution sont occupées par des femmes. Mais au gouvernement, seules deux femmes siègent aujourd’hui parmi les onze membres : Isabelle Champmoreau et Naïa Wateou. Lors de l’élection du 18e gouvernement, en janvier 2025, Isabelle Champmoreau était même la seule femme autour de la table. Naïa Wateou l’a rejointe en cours de mandat, en novembre 2025, après le départ de Thierry Santa.
Stéphanie Geneix-Rabault invite ainsi à observer, après les élections, les présidences, les vice-présidences, les exécutifs, les commissions, les délégations budgétaires et la place des femmes dans les négociations décisives. "Il ne faut pas seulement se demander combien de femmes sont élues, mais quelles ressources de pouvoir elles prennent réellement en main", insiste-t-elle.
Qui préside ? Qui arbitre ? Qui contrôle les budgets ? Qui parle de l’avenir institutionnel, de l’économie, du nickel ou de la sécurité ? La hiérarchie se dévoile aussi dans les dossiers confiés. Les femmes restent souvent attendues sur le social, l’éducation, la santé ou la condition féminine tandis que les sujets stratégiques restent plus facilement associés aux hommes. "Le destin du pays se décide majoritairement entre hommes", estime Stéphanie Geneix-Rabault.
Maud Le Bar le formule autrement. "Les femmes n’ont pas besoin qu’on leur fasse une place par gentillesse. Elles ont les compétences." Reste à savoir si les partis sont prêts à leur ouvrir les portes des endroits où se prennent les décisions pour que leur voix puisse peser autant que celle des hommes.
MERCI DE VOUS IDENTIFIER
Vous devez avoir un compte en ligne sur le site des Nouvelles Calédoniennes pour pouvoir acheter du contenu. Veuillez vous connecter.X
J'AI DÉJA UN COMPTEJE N'AI PAS DE COMPTE- Vous n'avez pas encore de compte ?
- Créer un nouveau compte
Vous avez besoin d'aide ? Vous souhaitez vous abonner, mais vous n'avez pas de carte bancaire ?
Prenez contact directement avec le service abonnement au (+687) 27 09 65 ou en envoyant un e-mail au service abonnement. -
-
DANS LA MÊME RUBRIQUE
-
VOS RÉACTIONS




Les transports aériensà consulter ici











