Îles
  • Propos recueillis par notre correspondante Sarah Maquet | Crée le 25.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 25.04.2019 à 14h54
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    Eva Sehet et Maxime Caperan lors du tournage à Ouvéa, en mai 2018, avec Kaïma, de Gossanah. Photo Archives S.M.
    OUVÉA. Venus filmer l’année dernière les commémorations des 30 ans des événements qui ont touché l’île, en 1988, les réalisateurs parisiens Eva Sehet et Maxime Caperan viennent de terminer leur documentaire. Un film qui sera diffusé, à Gossanah, début mai.

    Les Nouvelles calédoniennes : Comment vous est venue l’idée de ce documentaire et de quoi parle-t-il ?

    Eva Sehet et Maxime Caperan : Nous nous sommes rendus une première fois à Ouvéa, en janvier 2016, pour les repérages, puis en avril-mai 2018 pour le tournage. Nous sommes restés essentiellement à Gossanah puisque c’est dans cette tribu que nous souhaitions faire notre film. En Métropole, l’épisode de la grotte d’Ouvéa est souvent le seul élément connu de l’histoire calédonienne.

    Pour nous, il s’agissait d’un point d’entrée intéressant pour parler des revendications indépendantistes kanak actuelles. Nous avons filmé la commémoration organisée à Gossanah par un collectif composé d’anciens prisonniers politiques, de rescapés de la grotte, mais aussi d’habitants de la tribu qui ont, en 1988, subi des exactions de la part de l’armée française. Notre film montre aussi pourquoi et comment ce collectif a tenté de s’opposer à la venue du président Macron sur la tombe des dix-neuf martyrs kanak au terme de cette commémoration, le 5 mai 2018. Il s’agit, finalement, d’un documentaire sur le travail de mémoire et sur les violences de la colonisation.

    Comment s’est déroulé le tournage à Gossanah ?

    Nous avons travaillé en très petite équipe, puisque nous n’étions que deux au moment du tournage, Eva à l’image et Maxime à la prise de son. Nous logions chez Macky Wea, le personnage principal du film, ce qui nous permettait d’être toujours prêts à filmer quand les événements survenaient.

    Cela a été un tournage très particulier en termes de temporalité car, contrairement aux films que nous avons tournés précédemment, nous ne pouvions rien contrôler, nous étions tributaires des événements extérieurs. Mais nous n’avons jamais caché nos intentions aux membres du collectif. Dès la première coutume, nous leur avons dit que nous voulions parler du passé, mais aussi (et surtout) du présent.

    Ensuite, au montage, il a fallu sans arrêt se poser la question de la compréhension. Le film s’adresse à un public qui est censé ne rien connaître du passé et du présent de la Nouvelle-Calédonie. Nous avons donc dû être particulièrement attentifs à la façon dont gérer les informations : en donner suffisamment pour que le spectateur ne soit pas perdu, mais pas trop non plus pour laisser de la place à l’émotion.

    Depuis Paris, quels souvenirs gardez-vous d’Ouvéa, un an après le tournage ?

    La première chose qui marque en arrivant à Ouvéa est la beauté absolue de cet endroit, puis lorsqu’on y reste un peu, c’est la force véhiculée par ses habitants. Une force tout à la fois intellectuelle, politique, spirituelle et mystique. Une autre vision du monde qui nous a permis de nous remettre en question et de grandir en tant qu’être humain.


    Savoir +

    Le site de la production : https://wrongfilms.com/kanaky-un-reve-dindependance/

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