Îles
  • De notre correspondante, Sarah Maquet | Crée le 01.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 01.04.2019 à 09h09
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    L’huile de coprah est avant tout destinée à la savonnerie de Wadrilla, mais aussi à deux parfumeurs de Nouméa et à l’usine Enercal d’Ouvéa. Photos S.M.
    ILES. La production de coprah est en baisse. De 274 tonnes en 2017, elle est passée à 157 tonnes l’année dernière. Et ce, malgré la volonté des institutions de dynamiser cette filière.

    Des cocotiers à perte de vue sur un fond blanc et bleu. Qu’on se le dise : Ouvéa c’est la plage, le soleil et les cocos. « Avec les images satellites, on estime que les cocoteraies couvrent 3 000 hectares de notre île », explique Wanabo Wadjeno, responsable de l’huilerie et de la savonnerie d’Ouvéa, à Wadrilla, « mais du ciel, on ne voit pas dans quel état elles sont, c’est ça le problème ».

    Des arbres vieillissants et trop peu de nouvelles plantations, le constat est aussi posé par Elise Cazal, coordinatrice sur les îles de l’association Arbofuits : « Il faut environ 10 ans à un cocotier pour commencer à fournir des fruits exploitables alors il faut anticiper ».

    Première étape dans la production de l’huile de coprah : rassembler les cocos dans les cocoteraies.

     

    Mais à Ouvéa, la production de coprah reste « une filière d’appoint, difficile à structurer ». Wanabo Wadjeno confirme : « La filière coprah n’est pas très organisée, chacun est dans son coin ».

    Moins de fournisseurs

    Chacun, sur l’île, raconte pourtant la même histoire : les « vieux » à qui l’on doit la plantation des cocotiers, les cocos qu’on va couper pour se faire quelques pièces durant les vacances, les grands-parents qui survivaient grâce à cela avant que n’existe le système de retraite et cette certitude que le coprah sera toujours là pour aider à boucler les fins de mois.

    Cependant, comme la production, le nombre de fournisseurs de l’huilerie baisse : de 218 en 2017, ils étaient 158 l’année dernière. Certains évoquent le passage à l’huilerie, en novembre 2017, du paiement en espèce au système de virement. D’autres parlent du prix trop bas du coprah. Il est aujourd’hui fixé à un minimum de 90 francs le kilo, avec des primes supplémentaires selon la quantité produite.

    A l’antenne d’Ouvéa de la province des Îles, Gérald Kalepe, chef de service de l’économie intégrée, semble un peu embêté. Il confirme le souhait de la province de dynamiser la filière coprah, sans avancer de solutions concrètes. « On attend le retour d’une étude commandée à l’Agence calédonienne de l’énergie, explique-t-il, et on réfléchit à un investissement mais on arrive au terme de la mandature, alors il faudra aussi voir avec la prochaine équipe ».

    Structurer la filière

    Opération de décorticage des cocos, la chair est ensuite amenée à un four à coprah avant d’arriver à l’huilerie.

     

    La province des Iles a financé, il y a une dizaine d’années, la mise en place de fours à coprah. Il en existe aujourd’hui une soixantaine à Ouvéa. La mairie a, plus récemment, pris le relais avec le financement d’autres fours.

    « On intervient sur une filière 100 % provinciale et je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi il n’y a pas un technicien coprah à la province. Mais la proximité c’est nous, alors il est normal qu’on fasse quelque chose aussi », explique Alibi Ouaiegnepe, adjoint au maire en charge du développement économique, de l’environnement et de l’aménagement. Pour lui, il faut déjà avoir tenu une hache entre ses mains pour comprendre ce que signifie faire du coprah. « C’est très dur et en même temps, cela fait partie de notre identité de gens d’Ouvéa ». Lui aussi songe à la fin de son mandat d’élu municipal avec un objectif en tête : réunir avant l’année prochaine tous les acteurs de la filière coprah afin d’essayer de structurer cette filière porteuse d’avenir pour Ouvéa.

    Un inspecteur vérifie chaque production sortie du four avant qu’elle puisse être vendue à l’huilerie.

     

    Enercal, une solution d'avenir pour l'huile ?

    En 2004, la province des îles Loyauté, la coopérative agricole et aquacole des producteurs d’Ouvéa (CAAPO) et Enercal ont acté la mise en service d’un groupe de production électrique pouvant fonctionner à l’huile de coprah produite à Ouvéa. Depuis, l’un des cinq groupes de la centrale Enercal de Ouenghé (au centre de l’île d’Ouvéa) fonctionne entièrement grâce à ce biocarburant.

    Ce groupe utilise aujourd’hui la totalité de la production non utilisée pour l’agroalimentaire.

    Ainsi, en 2018, l’usine Enercal de Ouenghé a consommé 64 224 litres d’huile de coprah pour produire 169 868 kWh d’énergie. A la direction d’Enercal, la volonté de développer ce biocarburant est claire, notamment dans le cadre du schéma de transition énergétique.

    Cependant, à Enercal, on souligne la difficulté de mettre aujourd’hui cette volonté en pratique, notamment à cause des problèmes rencontrés par la filière coprah pour produire plus.

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