- Baptiste Gouret | Crée le 11.04.2026 à 17h13 | Mis à jour le 11.04.2026 à 17h15ImprimerBertrand Courte (en haut à gauche), président du Medef, Christophe Dauthieux (en bas à gauche), président de la CPME et Jean-Pierre Kabar, président de la Cogetra, expriment des réserves sur le plan de relance dévoilé par l’État le 25 mars. Photomontage LNCDans le cadre de la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, l’État a dévoilé les premiers chantiers du plan de relance. Pour les organisations syndicales et patronales, si cet investissement de 24 milliards de francs est le bienvenu, il n'est pas en mesure de garantir une reprise durable de l'activité économique. Réactions.
Une enveloppe de 9 milliards de francs visant à financer 64 projets, suivie d’un nouvel investissement de 24 milliards pour des chantiers qui restent à définir. Voilà, pour l’heure, le contenu du plan de relance, dévoilé par l’État mercredi 25 mars, un des six piliers du pacte de refondation élaboré par la mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie.
Une "étape importante", avait affirmé le haut-commissaire, qui fait entrer le pacte dans sa "phase opérationnelle" et doit représenter le point de départ de la relance économique en Nouvelle-Calédonie, toujours au ralenti depuis les émeutes de mai 2024. Un plan "plus que bienvenu", estime Bertrand Courte, nouveau président du Medef, qui a succédé à Mimsy Daly, désormais adjointe à la maire de Nouméa. "C’est une aide conséquente de l’État."
"Relance ponctuelle"
Pour autant, à l’image du reste des partenaires sociaux, il reste mesuré sur les effets réels que cette liste de projets pourrait avoir sur la situation calédonienne. Les réserves exprimées portent notamment sur son contenu. "Ce ne sont pas des mauvais chantiers, mais je ne suis pas sûr qu’ils soient très structurants", juge Bertrand Courte. Un constat partagé par Christophe Dauthieux, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). "C’est une relance ponctuelle de l’emploi, ils vont générer un pic d’activité, mais qui redescendra aussi vite. On n’est pas sur une vision à long terme." Lui défend une autre vision, incarnée par un projet pilote porté par son organisation à Lifou afin de développer l’activité économique sur terres coutumières. "C’est deux milliards de francs qui pourraient donner lieu à la création d’une centaine d’emplois durables", expose Christophe Dauthieux, qui espère le voir intégré à la liste des prochains chantiers révélée dans les prochains mois.
Au-delà du choix des chantiers, les partenaires sociaux s’inquiètent de l’envergure du plan de relance. "C’est clairement insuffisant", assène Bertrand Courte. Christophe Dauthieux évoque, de son côté, "un début" loin de couvrir les besoins du territoire. "Rien que pour le bâtiment, il faudrait 40 milliards par an. Là on parle de 35 milliards sur cinq ans, c’est une goutte d’eau." "Ce n’est pas ce plan qui va relancer durablement l’économie", abonde Bertrand Courte.
Pas davantage d’optimisme du côté des syndicats de salariés. "Ces chantiers vont forcément être utiles, le problème c’est l’ampleur du plan, qui a le mérite d’exister mais sera loin d’être suffisant", analyse Jean-Pierre Kabar, à la tête de la Cogetra.
Tenir jusqu’en 2027 ?
Quelle que soit la volonté de l’État, les organisations syndicales et patronales considèrent que rien ne pourra débloquer la machine économique sans un retour des investissements privés en Nouvelle-Calédonie. "L’État n’a pas toutes les cartes en mains", confirme Bertrand Courte.
Problème : le flou entretenu autour de l’avenir institutionnel, qui s’est encore épaissi à la suite du rejet du projet de réforme constitutionnelle le 2 avril à l’Assemblée nationale, continue de refroidir les investisseurs. "Il faut un accord, on le répète, c’est l’élément principal", insiste le président du Medef. Quel qu’il soit ? Oui, affirme Christophe Dauthieux. "Nous n’avons aucun avis sur Bougival, et qu’importe la forme qu’il prendra, mais il nous faut un accord." Le président de la CPME estime nécessaire "une solution sur laquelle s’appuyer, même si c’est l’indépendance : au Vanuatu, les entreprises se sont organisées, l’économie est toujours capable de s’adapter, la seule condition c’est la stabilité."
Ce n’est a priori pas ce qui attend la Nouvelle-Calédonie. L’échec de l’accord de Bougival devrait entraîner la tenue d’élections provinciales d’ici la fin du mois de juin, et raviver les conflits autour de son organisation. "On sent déjà que ça se tend", observe Chrisopthe Dauthieux. L’échéance électorale s’avère, d’autre part, peu compatible avec la poursuite des travaux de la mission interministérielle. "On sait très bien qu’il ne va plus rien se passer dans les quatre-cinq prochains mois", le temps de renouveler la classe politique calédonienne, affirme Bertrand Courte.
Certains, comme le sénateur Georges Naturel, estime même qu’aucun accord institutionnel ne pourra voir le jour avant les élections présidentielles, prévues mi-2027. "Ça va être très compliqué de tenir", alerte le président du Medef. "Il faut faire abstraction de la situation politique et se remettre au travail, on ne peut plus attendre que les élus se mettent d’accord", considère Jean-Pierre Kabar, persuadé que tout dépend désormais de "l’état d’esprit" du monde économique.
"On retombe dans nos vieux schémas"
En attendant, les partenaires sociaux gardent en tête leurs objectifs, notamment sur la question des grandes réformes à mener. Chacun avance ses solutions. "On travaille sur une série de propositions d’ordre fiscale et sociale, qu’on présentera après les provinciales", dévoile Bertrand Courte, convaincu que les élus comme les partenaires sociaux peuvent réussir à se mettre d’accord sur la trajectoire à adopter. "Nous sommes alignés sur le constat, je pense qu’on peut trouver un terrain d’entente."
Si tous s’accordent à dire que le dialogue social se porte mieux que les discussions politiques, atteindre le consensus ne sera pas si évident. "Il y a eu un vrai électrochoc après les émeutes, où tout le monde semblait aller dans le même sens, mais on a l’impression que c’est en train de changer et qu’on retombe dans nos vieux schémas", s’inquiète Jean-Pierre Kabar. Le président de la Cogetra évoque des discussions sans lendemain et des "grandes résolutions déjà abandonnées".
Des craintes que les partenaires sociaux auront l’occasion de partager avec le nouveau directeur de la mission interministérielle, Amaury Decludt, qui succède à Claire Durrieu. Le haut fonctionnaire est arrivé vendredi 10 avril à Nouméa pour un séjour de trois semaines, et prévoit de rencontrer l’ensemble des organisations syndicales et patronales.
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