- | Crée le 28.10.2026 à 06h00 | Mis à jour le 28.10.2026 à 06h00ImprimerAvenai Ranuku sur la petite île de Serua, debout sur une digue, à côté des vestiges d’une ancienne maison, après que la montée du niveau de la mer a inondé la région et contraint les habitants à abandonner leurs propriétés. Photo AFP / Saeed KhanLe soleil se couche sur la minuscule île de Serua, aux Fidji, et ses habitants, menacés par le changement climatique, ne veulent pas quitter leur village, leur foyer ancestral et leur culture étant intimement liés à cette terre.
Vue depuis la terre, c’est-à-dire depuis l’île principale de l’archipel, Viti Levu, située juste au nord, Serua est idyllique : deux collines escarpées couvertes de palmiers encadrent le centre de faible altitude de cette île bordée de récifs coralliens gorgés de poissons.
Mais dès que l’on y accoste, les risques liés à la montée du niveau de la mer sont visibles : une digue en béton constitue le seul rempart contre les vagues. "Plus la pression atmosphérique est forte, plus les vagues sont hautes. Elles s’engouffrent donc au cœur du village", explique à l’AFP Avenai Ranuku, un habitant de l’île.
Lorsque des cyclones frappent, des dizaines de maisons, les cultures maraîchères et les tombes sont menacées. L’eau vient lécher les pieux en béton où se trouvaient autrefois des habitations et un hôpital, à l’extrémité est de l’île. Deux maisons ont été déplacées de la partie ouest, où le terrain a été emporté par les eaux.
Quand il était plus jeune, en 2016, Avenai Ranuku a vu le cyclone Winston de catégorie 5 frapper l’île. La population s’était réfugiée sur l’un de ses sommets. "C’était terrifiant."
"Dès que le chef l’a annoncé, nous sommes montés avec tous les villageois, raconte-t-il. C’est notre plan d’évacuation." Là, en sécurité, Avenai Ranuku entendait "les vagues déferler tout autour et les toits des maisons emportés par les eaux".
"On adore cette île, on ne veut pas partir"
Le niveau de la mer s’élève à un rythme record, sous l’effet du réchauffement des océans et de la fonte des glaciers, selon un rapport du Secrétariat général de l’ONU publié en août. Dans le Pacifique, comme aux Fidji, ces changements sont déjà une réalité.
Mais la menace des cyclones et de la montée des eaux ne suffit pas à décider les habitants de Serua de déménager. Au contraire. "On adore cette île, vous savez", explique Avenai Ranuki depuis le même refuge au sommet, "l’air pur, aller pêcher tous les jours, voilà pourquoi on ne veut pas partir".

Une vue de l’île de Serua, menacée par la montée des eaux, une des conséquences du changement climatique. Photo AFP / Saeed Khan"Beaucoup de gens racontaient autrefois qu’ils allaient dans cette maison sur la colline pour admirer le coucher de soleil : c’est une vue qui vaut 100 millions de dollars."
En 2025, le village de Serua a collaboré avec l’ONG Habitat for Humanity pour élaborer un plan détaillé de réduction des risques de catastrophe, la plupart des habitants ayant rejeté les appels à la relocalisation. Ils préfèrent protéger leur foyer ancestral et leur culture, intimement liés à cette terre.
Menace constante
L’île "manque de brise-lames naturels (et) est constamment menacée par l’élévation du niveau de la mer et les cyclones", pose le rapport. "Serua subit des débordements de digues plus fréquents lors des marées hautes et des marées exceptionnelles, une intrusion saline affectant la fertilité des sols, ainsi que des eaux stagnantes après les précipitations, ce qui accroît les risques sanitaires", souligne-t-il.
Il détaille que "plus de 50 % des habitations présentent à la fois des fondations et des toitures instables, ainsi que des joints, des murs et des contreventements fragiles, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux cyclones et aux phénomènes météorologiques extrêmes". Seules trois maisons sont aptes à y résister.
Ces conclusions reçues, le village s’est immédiatement attelé à la tâche. En octobre 2026, l’AFP y a vu des dizaines d’ouvriers rénover des habitations le long de la côte nord. Les murs fragiles et les toitures en tôle ondulée sont démontés puis évacués par bateau. Certaines maisons ont déjà été surélevées pour réduire le risque d’inondation, d’autres vont bientôt suivre.
"Pourquoi voudrions-nous partir ?", lâche Avenai Ranuku, le regard au loin. "Nous avons une vue qui vaut 100 millions de dollars."
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