Nord
  • De notre correspondante,Isabelle Payat | Crée le 24.03.2018 à 04h25 | Mis à jour le 24.03.2018 à 04h25
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    S’exprimer pour dire son désarroi, s’encourager, se questionner, les prises de parole ont encore été nombreuses. Photos I.P.
    Canala. Pas loin de trois cents personnes se sont retrouvées hier matin au village pour une marche d’unité contre la violence. Cette mobilisation fait suite à une journée de réflexion menée lundi, à la suite de violences sexuelles commises sur une jeune femme.

    Comme lundi dernier, de nombreuses mamans ont souhaité hier prendre la parole pour dire leur désarroi, leur traumatisme après l’hospitalisation d’une femme originaire de Canala, souffrant de graves blessures et qui aurait été violée : « Nous avons le sentiment d’être perdues », a dit l’une d’entre elles. « Mais il faut parler vrai, ne pas toujours accuser l’autre, les institutions. Nous sommes responsables de cette violence et de la dégradation de notre vie sociale. »

    Avant les prises de parole, une marche a été organisée hier matin. En tête de cortège, Nicole Robineau, qui avait tenu à apporter son soutien aux femmes de la région, suivie des associations, des habitantes des villages environnants et des anonymes, qui ont défilé dans le calme ou en chantant jusqu’à la mairie.

    Ghislaine Pérényou, présidente de la fédération des femmes Nawitoa, a accueilli les représentants d’institutions venus participer à cette mobilisation : Georges Assao, président de l’aire Xârâcùù, Nadège Faivre, troisième vice-présidente de la province Nord, ou encore des élus communaux ou provinciaux.


    Défaillances familiales

    « Nos actions doivent être cohérentes », a souligné Emile Néchéro, élu provincial. « Nous ne pouvons pas d’un côté refuser que les gendarmes entrent en tribu et de l’autre les accuser de ne pas faire leur travail. »

    Un cahier de doléances avait été préparé par les femmes réunies en atelier de travail lundi. Les propositions ont été soumises à l’assemblée provoquant encore de nouveaux débats comme la mise en place d’un couvre-feu pour les jeunes mineurs.

    « Cela me rappelle les heures sombres des Evénements, s’est indignée une femme de Kouaoua. Ce terme est synonyme de guerre civile. Peut-être faudrait-il décliner cette proposition avec un mot dans notre langue ? »

    Tous ont reconnu que les institutions, qui sont aussi garantes du bien-être des populations, ne peuvent pas remédier aux défaillances familiales. L’utilisation des réseaux sociaux ou encore l’heure de retour des jeunes à leur domicile doivent rester la responsabilité des parents.


    Un règlement interne

    Les participants ont aussi exprimé le souhait d’une dynamisation et d’une structuration des instances coutumières qui pourraient accueillir en leur sein un conseil de jeunes, permettant une meilleure communication intergénérationnelle. La rédaction d’un règlement interne pour toutes les tribus -validé par le district coutumier et le conseil d’aire - est également à l’étude. Un engagement fort et collectif est attendu pour lutter contre l’alcool, le cannabis et le kava dont la consommation abusive est devenue habituelle dans les fêtes familiales ou coutumières.

    Enfin, Ghislaine Pérenyou a remercié toutes les personnes qui se sont mobilisées pour dire non aux violences et aux actes de délinquance. Avant de partager le déjeuner, un chant composé par des femmes de Canala a achevé la matinée : un hymne à la femme, un hymne à la vie, pour conclure une semaine chargée d’émotion, de désarroi mais où la présence de près de trois cents personnes mobilisées a résonné comme un nouvel espoir.


    Une enquête en cours

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