Nord
  • De notre correspondante, Cécile Raquin | Crée le 12.01.2016 à 03h00 | Mis à jour le 24.07.2016 à 14h45
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    Kaala-Gomen, mercredi 30 décembre. En remplaçant le fer perdu par Baccara, Guillaume Clemensac explique que de jeunes Calédoniens sont très intéressés par le métier : « peut-être la future relève… », espère-t-il. Photo C.R.
    Au fil de l'été, découvrez une personnalité, un lieu ou une activité qui met la Brousse à l'honneur. Cette semaine, Guillaume Clemensac, maréchal-ferrant en province Nord. Un métier vieux de plus de 3 000 ans. 

    Marchant avec un fer en moins depuis quelques jours, Baccara a probablement henni de soulagement en voyant arriver Guillaume Clemensac au centre équestre de l’Association des cavaliers du Nord-Ouest (ACNO) ce jour-là.

    Ce cheval de quatre ans a d’ailleurs suivi très docilement le maréchal-ferrant venu s’occuper de lui. Tout en menant Baccara vers un box, Guillaume Clemensac, grand sourire aux lèvres, résume son métier d’une phrase : « Notre travail consiste à préserver le pied du cheval ».

    Puis il développe en expliquant que la profession de maréchal-ferrant se découpe en trois activités distinctes : tout d’abord le parage (deux à trois fois dans l’année) qui consiste à tailler et à couper la corne. Puis la ferrure : l’application de fers destinés à protéger les sabots du cheval. Elle doit être effectuée régulièrement, en fonction de l’activité et de l’utilisation du cheval : tous les mois pour les chevaux de course, toutes les six à huit semaines pour les chevaux de sport et de travail.

    Enfin, le troisième aspect concerne toute la partie pathologique, l’orthopédie, qui nécessite de bonnes connaissances anatomiques et ce travail est généralement réalisé de concert avec le vétérinaire.

    À son arrivée en Nouvelle-Calédonie avec son épouse il y a cinq ans, Guillaume Clemensac ne voulait plus être maréchal-ferrant, métier qu’il a exercé en Métropole et à l’étranger depuis l’obtention de son diplôme en 2002. Il a donc essayé d’autres activités et finalement, « la demande était telle que c’est le travail qui m’a rattrapé… ».

     

    Une demande croissante

    Depuis quatre ans, le professionnel à la bonne humeur communicative sillonne le Nord au volant d’un véritable atelier sur roues. Enclume, fers, pinces et tenailles, marteau, clous, râpe. Il ne se sépare également jamais de son téléphone « C’est ma secrétaire ! » et de son agenda bien rempli.

    Tout en préparant soigneusement un nouveau fer pour Baccara, l’homme raconte les difficultés de son métier, mais aussi les aspects positifs : « Même si c’est pénible, je suis libre : je décide quand je travaille, quand je prends des vacances, et je gagne bien ma vie ».

    Avec un secteur d’intervention qui s’étend de Poum jà Poya et une clientèle aussi large que diverse (particuliers, clubs, professionnels des courses etc), la charge de travail est très importante, même depuis l’arrivée il y a trois ans d’un confrère formé par les maréchaux-ferrants de province Sud. « On peut travailler tous les jours de l’année tellement il y a de chevaux à s’occuper ! », s’amuse le professionnel de 44 ans, qui, grâce à ses parents, a baigné dans l’univers équestre depuis tout petit.

     

    Un impact physique

    Il a d’ailleurs été moniteur d’équitation, puis cavalier (profession qui consiste à dresser les chevaux, pour les concours hippiques ou pour les vendre…), avant de devenir maréchal-ferrant, pleinement conscient de la pénibilité du métier.

    Car au-delà de la pression pour gérer les problèmes, l’impact physique est aussi important : « C’est difficile pour tout le corps », explique Guillaume Clemensac en ajustant le nouveau fer à la forme du sabot du cheval. « On est en permanence en équilibre, en train de retenir la force du cheval. Les poignets aussi sont très sollicités mais le plus dur, c’est pour les cuisses et les jambes car on est souvent en position du tabouret. »

    Mais le métier apporte aussi beaucoup de satisfaction : « Finalement, c’est quelque chose que j’aime beaucoup, car au-delà de la relation avec l’animal, il y a un contact et un échange avec les gens qui sont super sympas. Et puis, il n’y a pas de chevaux sans maréchal-ferrant ! », conclut Guillaume Clemensac en raccompagnant Baccara, désormais équipé d’un soulier flambant neuf !

    3

    années

    C’est le temps nécessaire pour obtenir le CAP en maréchalerie. Un diplôme complété par le Brevet technique des métiers (BTM) de maréchalerie en deux ans.

    L’origine du terme maréchal-ferrant

    Le terme de maréchal, dérivé des langues germanique et celte, est un mélange de cheval et de serviteur. Il désignait le domestique chargé de s’occuper des chevaux.

    Par la suite, le maréchal désignait à la fois l’artisan qui ferrait les chevaux et l’officier responsable des chevaux. D’où le rajout du mot ferrant, afin de bien distinguer les deux professions. Guillaume Clemensac explique que les chevaux sauvages n’ont pas besoin de fers car « ils ne travaillent pas et la corne pousse de ce qu’elle s’use ». La nature faisant bien les choses, les sabots de ces chevaux s’adaptent en taille et en forme à leur mode de vie et aux terrains sur lesquels ils évoluent. Si le sol est plutôt caillouteux, le cheval aura un petit pied très serré, avec une corne sèche et dure ; en zone marécageuse, le pied sera gros, large avec une corne molle pour que l’animal ne s’enfonce pas.

     

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