Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 05.01.2019 à 04h25 | Mis à jour le 05.01.2019 à 04h25
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    Stéphane Soury-Lavergne est membre de la Coop1 et du réseau Repair, il produit en agriculture responsable. C.R.
    Agriculture. Star de l’été, la mangue est en pleine récolte. La production commerciale est toujours limitée sur le Caillou, mais elle a gagné en qualité. Visite du verger de Stéphane Soury-Lavergne, à Pouembout.

    Le Kopéto d’un côté, le Koniambo, de l’autre, le lagon à l’horizon… Depuis l’exploitation de Stéphane Soury-Lavergne, la vue est exceptionnelle, mais l’agriculteur, originaire de La Foa et installé à Pouembout depuis presque dix ans, se concentre sur la terre qu’il a sous les pieds. C’est qu’il y a à faire. Plusieurs hectares d’ananas, de grandes parcelles maraîchères, où se croisent pastèques, concombres ou melons, des ignames et des patates douces un peu plus loin… À chaque fois, un effort pour s’interdire les produits chimiques - certifiée responsable, l’exploitation est à deux pas du bio - et beaucoup de travail pour relever le défi de l’eau, les systèmes de goutte-à-goutte courant sur plusieurs kilomètres sous le paillage. Les manguiers eux, « mobilisent de la terre, mais ne coûtent pas grand-chose en entretien, explique le cultivateur. J’ai voulu en faire parce que c’est un arbre résistant : après quatre ans de grosses sécheresses, j’en ai perdu très peu ». La Broméliade, sa société, alimente depuis la fin novembre les étals du Grand Nouméa, via la Coop1, dont Stéphane est le vice-président et devrait produire jusqu’au mois de mars. Il peut compter sur dix hectares de manguiers, soit près de 2000 arbres, dont une bonne partie a les branches chargées en ce début janvier. Stéphane le sait : comme les letchis, la saison des mangues est attendue avec impatience en été. Et pour conquérir le consommateur, « il faut des produits qui attirent tout de suite l’œil ».


    Ronde ou oblongue, rouge, jaune ou verte…

    Car comme les letchis, les mangues causent, chez les Calédoniens qui n’ont pas la chance d’avoir un jardin, bien des frustrations. « C’est un fruit qui est facile à trouver chez les amis ou sur les bords de route, alors les consommateurs les trouvent souvent trop chers en magasin, note un technicien de la chambre. C’est que l’effort a surtout été fait sur la qualité : les mangues qui se vendent aujourd’hui sont bien plus belles et plus bonnes qu’il y a dix ou quinze ans ». Une affaire de variétés. A Pouembout, Stéphane Soury-Lavergne découpe, non sans fierté, un fruit bien rouge, au noyau fin et à la chair sans fibres. « Celle-là, c’est une Irwin, ma préférée, mais chacun a son goût pour les mangues, sourit-il. Et puis, tous les arbres n’ont pas la même résistance. C’est pour ça que j’ai planté différentes variétés : pour ne pas mettre tous les œufs dans le même panier ». Nam Doc Mai, verte et jaune à la forme oblongue, Tommy Atkins, ronde et tachetée, les grosses Van Dyke, Labbé sur les hauteurs… La production calédonienne brille par sa diversité mais le marché est loin de la saturation. Produire plus pour faire baisser les prix ? Oui, mais à condition d’accompagner et d’organiser le zonage de la production, estiment les spécialistes. « La mangue, ça marche bien dans les coins secs. Quand il fait humide pour la floraison, il y a des maladies, et les fleurs coulent », reprend Stéphane Soury-Lavergne. Quant aux mouches de fruits, les pièges ne suffisent pas. « Il faut que le pied reste propre, ne pas laisser de fruits à terre », explique le spécialiste. Or, beaucoup de mangues tombent : « Pour produire un kilo, il faut en jeter un ». Les chutes, Stéphane les confie à son frère Yann, qui valorise les joues et la pulpe pour les restaurants, glaciers ou transformateur. « Il y a d’autres débouchés, mais il faut que chacun développe ses idées », note l’agriculteur, qui espère à terme produire 20 tonnes par hectare. Un travail de longue haleine : certains de ses manguiers, âgés de neuf ans, ne produisent pas encore.

    Charlie Réné


    P

    Dans les vergers de la station de l’institut agronomique néo-calédonien (IAC) de Pocquereux, un site de 90 hectares, dont 20 de plantations fruitières, la mangue a depuis longtemps sa place. C'est ici, au début des années quatre-vingt-dix qu’ont été lancées les études pour développer cette filière prometteuse.

    « Le constat, à l’époque, c’est qu’on avait une production qui était concentrée sur deux mois, et une qualité très perfectible », explique Stéphane Lebegin, le responsable de la station où ont donc été importées et plantées 32 variétés différentes de mangues. Chacune a été décrite et caractérisée dans le contexte agronomique calédonien. Quel rendement, quelle résistance aux maladies, ou à la sécheresse, quelles qualités gustatives ? Autant de questions qui intéressent, bien sûr les cultivateurs, souvent venus à la station pour des ateliers d’information ou de dégustation. « Il y a eu une vraie transmission, reprend le responsable. On a formé des pépiniéristes pour greffer, bouturer… Aujourd’hui, on ne fait plus directement de formation, mais on reste une référence ».

    Et les variétés importées à Pocquereux se sont propagées sur tout le Caillou, permettant, entre autres, d’allonger la période de production de novembre à avril. La station de recherche a aussi longtemps planché sur les possibilités d’export de la mangue (lire par ailleurs). Et si les moyens ont baissé, le travail continue : lutte contre les mouches de fruits, l’anthracnose - maladies causées par un champignon -, programme sur les substances naturelles utilisables contre les ravageurs… Beaucoup de recherches menées à Pocquereux peuvent intéresser la mangue. « Il y a du potentiel, mais il manque une réflexion plus globale, en particulier en termes de filière », pointe Stéphane Lebegin.

    D

    Repères


    169 tonnes par an

    C’est la production commerciale de mangues en 2017. Un peu plus qu’en 2015 et 2016, mais peu, au vu du potentiel de la filière. Dans les années quatre-vingt-dix, les autorités avaient prévu de faire bondir la production pour l’exportation. L’IAC a d’ailleurs développé des techniques de traitement à la chaleur des fruits pour passer les barrières phytosanitaires de la Nouvelle-Zélande et une unité spécialisée a été créée à La Tontouta. Les mangues sud-américaines ont depuis cassé les prix et le projet a peu à peu été abandonné.


    Que de variétés !

    Avec plus d’un millier de variétés, chacun a sa mangue préférée. Et les autres fruits calédoniens ? Si tout le monde connaît la banane Poingo, quid de l’orange Valencia, l’avocat Choquette, ou la goyave Beaumont ?


    Jeu « Saveurs des communes »

    La Chambre d’agriculture organise un grand jeu pour tester ses connaissances sur la production locale. Le quiz, en ligne sur le site forumagriculture.nc, permet de gagner des séjours dans le réseau « Bienvenue à la ferme ». Les Nouvelles vous donnent chaque samedi des indices pour répondre aux questions.

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