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    Nouvelle Calédonie
  • Anthony Tejero | Crée le 05.02.2024 à 05h00 | Mis à jour le 05.02.2024 à 05h00
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    Après 20 ans sur le terrain, le maréchal des logis chef Fabrice Charliot, a basculé sur la plateforme du 17. Photo Anthony Tejero
    Plus connu par son numéro, le 17, que son nom, le "Corg" est la plateforme qui reçoit tous les appels des Calédoniens en dehors de Nouméa. Comment fonctionne ce plateau, créé en 2016, où les gendarmes se relaient 24 heures sur 24 et sept jours sur sept pour répondre aux urgences de la population ?

    Pourquoi, en composant le 17, les Calédoniens ne sont-ils pas en lien avec leur brigade la plus proche ?

    C’est un motif d’incompréhension et un reproche très fréquent des Calédoniens envers les gendarmes. Pourquoi ont-ils au bout du fil un opérateur basé à Nouméa, alors qu’ils vivent en Brousse, sur les îles ou même dans le Grand Nouméa et où des casernes de gendarmerie sont beaucoup plus proches ? C’est parce que l’ensemble des appels au 17 sont centralisés en un seul et même lieu : le Corg (comprenez le Centre des opérations et de renseignement de la gendarmerie), installé dans la caserne Meunier.

    Contrairement à ce que certains pensent, ce fonctionnement, qui est le même sur le territoire national et ailleurs en outre-mer, vise à gagner en efficacité. "Il est important d’avoir un seul numéro à appeler car depuis le plateau de Nouméa, nous avons une vision globale de l’ensemble des moyens disponibles et des brigades déployées sur le terrain à travers tout le pays, explique le capitaine Joachim Lamare, commandant du Corg. Nos brigades, nos véhicules et nos gendarmes sont tous géolocalisés en temps réel, ce qui nous permet d’être beaucoup plus rapides pour envoyer les moyens les plus proches du lieu où il faut intervenir."

    Combien d’appels sont traités chaque année ?

    Entre 220 000 et 240 000 appels sont traités chaque année, ce qui place le Corg de Nouvelle-Calédonie entre la troisième et la quatrième place des centres qui ont la plus grosse activité, tous territoires confondus. "Par rapport au bassin de population, c’est énorme comme chiffre. Si on enlève la population de Nouméa, qui est gérée par la police, cela représente plus de deux appels par habitant et par an. C’est assez incroyable", analyse le capitaine.

    En moyenne, durant la semaine, le Corg reçoit entre 400 et 500 appels par jour en majorité durant la journée. Une activité doublée le week-end, avec 800 à 1000 coups de téléphone, qui à l’inverse, surviennent plutôt la nuit.

    Au bout du fil, les opérateurs connaissent-ils le Caillou ?

    Une autre critique, tenace, de la part des Calédoniens concerne le manque de connaissance des gendarmes sur le pays, notamment par téléphone, où certains opérateurs peuvent avoir du mal à comprendre les noms des endroits ou à situer les lieux-dits où intervenir.

    Sauf que ce fossé entre l’opérateur et l’interlocuteur tend de plus en plus à se réduire puisqu’aujourd’hui, 65 % des agents du Corg sont des Calédoniens. "C’est quelque chose auquel nous attachons beaucoup d’importance car ce sont eux qui ont la connaissance du terrain, des noms des tribus, des populations, etc., assure le major Dominique Messina, le chef du Corg. Dans certaines situations, quand les gens sont un peu excités par exemple, avoir un gendarme du territoire peut aussi aider à apaiser plus rapidement les tensions."

    Au total, quatorze militaires se relaient sept jours sur sept et 24 h sur 24 sur le "plateau" où ils sont en permanence deux à répondre au téléphone. Un effectif rehaussé le week-end.

    Quelles sont les principales causes des appels ?

    Les appels au 17 sont le reflet des maux qui gangrène la société calédonienne. Sans grande surprise, les violences intrafamiliales occupent la première place des motifs des appels. "C’est quotidien. Ce qui est important, c’est de voir que la parole se libère sur ce sujet, et c’est ce qui explique peut-être que nous recevons encore plus d’appels de victimes qu’avant", avance le chef du Corg.

    Les incivilités sont ensuite les raisons des appels les plus nombreux, notamment pour des tapages nocturnes et des soirées qui finissent par dégénérer ou encore les rodéos sauvages en voiture. Un phénomène particulièrement marqué dans l’agglomération du Grand Nouméa.

    Les agressions physiques, enfin, sont également fréquentes. "Ces violences partent souvent de détails stupides, comme un désaccord sur une place de stationnement puis tout dérape très vite", glisse le capitaine Joachim Lamare, qui juge bon de rappeler que 80 % de ces faits se produisent sur fond d’alcool.

    Quelles sont les dérives ?

    Comme toute plateforme téléphonique, le Corg n’échappe pas à de nombreux appels intempestifs qui n’ont pas lieu d’être. "Cela concerne par exemple des personnes alcoolisées qui ne retrouvent plus l’endroit où ils ont garé leur voiture ou une personne qui s’est trompée trois fois de code et a bloqué son téléphone portable. Beaucoup de personnes nous appellent d’ailleurs en cas de vol pour que l’on géolocalise leur smartphone, mais ce n’est pas le rôle du Corg, insiste le major Dominique Messina, qui regrette que ces sollicitations "engorgent inutilement" les lignes. La police rencontre le même problème. C’est chronophage et ce ne sont pas des urgences, mais cela peut retarder la prise en charge d’autres appels. Dans le cadre de violences intrafamiliales, la victime n’a parfois qu’un créneau de quelques secondes pour nous alerter. On ne peut donc pas se permettre de le rater à cause de gens, le plus souvent alcoolisés, qui ne comprennent pas qu’on n’accède pas à leur demande."


    Les gendarmes du Corg opèrent devant un écran qui cartographie en temps réel l’emplacement des véhicules et des brigades déployés sur tout le territoire. Photo Anthony Tejero

    "Il faut tenir psychologiquement"

    Certains appels marquent les esprits des opérateurs et leur prise en charge des victimes peut s’avérer décisive. Parmi ces coups de fil hors du commun, les gendarmes se souviennent notamment de l’appel d’une femme en danger, enfermée dans un véhicule avec son conjoint violent au volant, qui avait gardé son téléphone allumé, de sorte que le véhicule avait été géolocalisé et intercepté à temps sur la route. Mais toutes les interventions n’ont pas une issue heureuse.

    Ce fut par exemple le cas du couple de personnes âgées dont le véhicule a été emporté par les eaux, au niveau du radier de la Ziza, à Païta, en 2022 et qui ont fini par mourir noyé avant l’arrivée des secours. "Les victimes ont appelé le 17 depuis à bord de leur véhicule charrié par les flots. En lien avec les pompiers, les gendarmes sont restés en contact avec eux jusqu’au bout, confie le major Dominique Messina. Dans ce cas, il faut savoir rebondir et tenir psychologiquement car derrière, il faut enchaîner avec les autres appels."

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