Nouvelle Calédonie
  • Par Sylvie Nadin | Crée le 13.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 15.07.2019 à 11h18
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    Les sacs en papier remplacent dés aujourd\'hui les sacs en plastique à usage unique dans certains commerces. Photo Thierry Perron
    Dans deux semaines les sacs plastiques, ce sera fini. Viendra ensuite le tour des couverts, des pailles, des cotons-tiges, des barquettes… Le plastique à usage unique va peu à peu disparaître du quotidien des commerçants et des consommateurs. Sacs en papier, pailles en carton, barquettes en pulpe de canne à sucre… Les alternatives existent déjà.

    Glacière, boîte fermée, filet de course, sac cabas… Les consommateurs vont devoir faire preuve d’imagination pour remplacer les sacs plastique, interdits à partir du 1er août. Au marché de Nouméa, les commerçants écoulent leur stock de poches en plastique. « La plupart des clients ont déjà leur propre sac, depuis quelques mois nous en donnons de moins en moins, une vingtaine par jour maximum », commente Vito Vili, gérant d’un stand de fruits et de légumes. Lorsqu’il n’en aura plus, il proposera des cartons ou des filets pour les acheteurs de grosses quantités. Une cliente rit en prenant justement un des derniers sacs plastique : « Tant qu’il y en a, j’en prends et quand il n’y en aura plus il me suffira de coudre un sac en tissu ». Mais le sac en tissu n’est pas des plus pratiques si on souhaite acheter un morceau de thon ou un filet de perroquet. « Nous prévenons déjà nos clients qu’ils devront prévoir leur boîte pour transporter le poisson, explique Myriam Deschamps, gérante d’une poissonnerie au marché. Pour les gros poissons, les clients pourront apporter un seau ou leur glacière. Ils devront venir avec le nécessaire en tout cas. Il va falloir s’adapter. » Elle a reçu la visite de l’entreprise Cellocal. Le spécialiste de l’emballage lui a proposé une alternative, des sacs réutilisables avec fermeture qui peuvent servir aussi à la congélation.

    « Ces poches coûtent trois fois plus cher que les sacs plastique actuels (environ 5 francs l’unité contre 15 francs) donc nous n’allons pas pouvoir les offrir aux clients, ils devront le payer. » En ville, les commerçants commencent à donner des poches en papier à leurs clients.

    Les supermarchés vendent déjà des cabas réutilisables. L’enseigne La boutique partagée propose quant à elle depuis plus d’un an des sacs réutilisables sous forme de filets, en coton bio, importés d’Asie et des lots de sacs faits à partir de plastique de bouteilles recyclées, importés depuis l’Australie. Des alternatives émergent et pas que du côté des sacs plastique.

    Pailles et barquettes

    En effet, le 1er septembre, la vaisselle jetable, les cotons-tiges, les pailles seront à leur tour interdits. The Fresh Coconut Bar, au marché de Nouméa, propose depuis un an et demi des pailles en papier recyclé 100 % compostable, ainsi que des fourchettes en bois, par exemple. Stéphane Certa, gérant de l’Imdex, change sa gamme de couverts jetables, lui aussi pour des alternatives en bois. Il est également concerné par l’interdiction des barquettes en plastique, au 1er mai 2020. Il s’inquiète particulièrement pour le déstockage. « Nous n’aurons pas le droit d’écouler les stocks restants, nous devrons les jeter. Or, ils sont déjà sur le territoire, déjà payés. Ce sera un manque à gagner. »

    D’autant plus que certains de ses clients se tournent dès maintenant vers le bio. Imdex fournit justement la Casserolette en barquettes en pulpe de canne à sucre, 100 % compostables, depuis un mois. « Je ne voulais pas attendre le dernier moment pour changer. Les clients se plaignaient déjà de tout le plastique gaspillé, explique Patrick Gasser le gérant de cette entreprise de restauration. Les seuls bémols, ce sont les couvercles, eux aussi en pulpe de canne à sucre, qui ne sont plus transparents ainsi que le prix. On passe de 11 francs à 35 francs pour une barquette de 100 ml ! »

    Egalement concerné, LéoNC fabrique des barquettes localement depuis juillet dernier. Pour l’instant ces barquettes sont faites à base de plastique mais à partir de mai 2020 elles seront biosourcées, à base de fécule de maïs, totalement biodégradables.

    « C’est le seul matériel biosourcé avec lequel nous pouvons faire des barquettes transparentes. Le composé change mais les produits restent les mêmes et correspondent aux normes européennes en vigueur », explique Thomas Nguyen, le responsable de l’exploitation. Ces barquettes coûteront plus cher à la production et donc aussi à la vente. « Il n’y aura pas d’alternatives, on doit s’adapter. »

    60 millions

    C’est le nombre de sacs en matière plastique à usage unique qui seraient utilisés chaque année en Nouvelle-Calédonie, soit 215 sacs en moyenne par habitant et par an. Ce qui équivaut à 360 tonnes de déchets plastiques.

    8 700 tonnes
    c’est le poids des déchets plastique jetés chaque année, rien qu’en province Sud. 2 600 tonnes par les ménages et 6 100 tonnes par les entreprises.

    La réduction du déchet à la source est au niveau mondial un levier prioritaire

    Nina Julié, à l’origine de la loi du pays.

     

    « A l’évidence une petite révolution »

    Nina Julié, Membre de la commission de l'environnement à la province Sud

    Ces produits plastique sont utilisés quotidiennement : à l'évidence ça va être une petite révolution. Mais je pense que les Calédoniens sont prêts. Ils ont la volonté de changer leurs pratiques, parce qu’il y a une vraie conscience de la nécessité de protéger notre environnement et notre santé. 
    Et puis il y a les producteurs et le secteur économique. Lui aussi est prêt à changer ses façons de faire. 
    Il faut l’accompagner bien sûr, mais de plus en plus, on voit les acteurs économiques s’orienter vers de nouvelles pratiques qui collent davantage avec la demande des consommateurs. Ce secteur économique s’est aperçu que travailler sur la gestion de ses déchets, la maîtrise de son énergie, le côté bio, attire le consommateur et lui amène des avantages. Enfin il y a les associations qui sont très présentes, approuvent cette loi et ont accompagné ce changement, même s’ils la souhaiteraient plus ambitieuse. Je salue ces associations parce qu’à l’origine, le travail sur le terrain, auprès des jeunes, auprès des consommateurs, c’est bien les associations qui l’ont initié. Nous les élus, on n'a fait que porter cette voix au travers de réglementations. La loi étant annoncée de longue date, les commerçants me semble-t-il ont pris leurs dispositions. Ils ont déstocké au fur et à mesure. Alors il va certainement leur rester un petit reliquat de stock, mais malgré tout ils ont anticipé et commencé à changer leurs pratiques et leurs importations. Il y a quelques mois, les gens étaient encore dans l’inquiétude de cette transition, mais je ressens maintenant qu'ils sont globalement satisfaits de cette loi qui répondait à une urgence. 
    Et puis ces produits en plastique ont un coût. Les remplacer par des produits réutilisables, c’est faire des économies.

     

    « Que va-t-on faire des stocks ? »

    Philippe Blaise, 1er vice-président de la province Sud, en charge du secteur du développement économique

    Le Syndicat des importateurs et distributeurs a saisi la province Sud, car l'adoption de cette loi s'est faite très rapidement et leur occasionne des difficultés économiques. Un groupe de travail a été mis en place et l'on essaye de voir comment les accompagner pour gérer leurs stocks. Il n'y a pas trop de débat sur l'interdiction des sacs plastique à usage unique, mais surtout sur la vaisselle jetable qui sera concernée le 1er septembre. C'est une loi qui répond à un vrai besoin, mais qui est problématique dans sa mise en application et polémique dans son calendrier à marche forcée. Faut-il enfouir ces stocks à Gadji ? Ou les diriger vers une filière de recyclage comme la société Ecopavement ? La Direction des affaires économiques (DAE), qui est chargée de l'application de ce texte, se retourne aujourd'hui vers les services de l'environnement de la province Sud car elle manque de consignes. Nous avons des échanges pour que la Direction de l'environnement de la province assure un rôle de conseil mais qu'un référent soit nommé par le gouvernement à la DAE. L'autre point d'inquiétude c'est l'interdiction des barquettes des emballages alimentaires au 1er mai 2020. On ne sait pas non plus quelles seront les solutions techniques. Il y a une polémique sur le polylactique (PLA) qui doit être traité dans une filière spécifique, mais qui n'existe pas encore, et sur les sacs bio-sourcés à 30 %, mais qui contiennent malgré tout 70 % de plastique. Il y a des protections de marché dans cette loi du pays, et en des termes pas très lisibles. Il y a sûrement une adaptation du texte à prévoir pour coller à la réalité et revenir à une approche plus pragmatique, sans remettre en cause le bien-fondé de cette loi.

    Repères

    Les dates à retenir

    La loi du pays du 21 janvier 2019 prévoit une interdiction progressive :
    Au 1er août 2019 :
    - de tous les sacs plastique à usage unique (biosourcés ou non) à la caisse
    - de tous les sacs plastique en rayon (pour l'emballage des fruits et légumes, de la boucherie, de la fromagerie…) sauf s'ils sont biosourcés.
    - des cabas en plastique réutilisables d'une épaisseur de plus de cinquante microns (sauf s'ils sont biosourcés ou recyclables).

    Au 1er septembre 2019 :

    - toute la vaisselle jetable en plastique (gobelets, verres, assiettes…)
    - des pailles
    - des touillettes
    - des cotons-tiges

    Au 1er mai 2020 :

    - des barquettes en plastique qui servent à l'emballage des denrées alimentaires pour une consommation ou une livraison immédiate (gamelles, traiteurs…)

    En 2022 :

    - des barquettes en plastique qui servent à l'emballage des denrées alimentaires prévues pour être conservées (le sous-vide…)

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