Nouvelle Calédonie
  • Anthony Tejero / anthony.tejero@lnc.nc | Crée le 06.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 08.04.2019 à 14h39
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    Le procédé est peu coûteux et ne nécessite qu’une brosse à dents, une bassine et un flacon. Photos Anthony Tejero
    Environnement. Après sept ans de travail, un nouvel outil de mesure de l’état de nos cours d’eau vient d’être lancé. L’indice diatomique consiste à analyser les algues microscopiques qui sont le garde-manger des poissons.

    A califourchon entre deux rochers, au beau milieu de la Dumbéa, un petit groupe s’attelle à récurer les galets de la rivière… armé de brosses à dents. Si la scène peut prêter à sourire, l’affaire n’en est pas moins sérieuse. Et même scientifique. En ce lundi matin, ces experts du suivi environnemental des cours d’eau du pays s’initient à un tout nouvel outil : l’indice diatomique de Nouvelle-Calédonie (IDNC). Si l’appellation semble un brin technique, le procédé, lui, est tout simple. « Les diatomées sont des algues microscopiques qui vivent dans les rivières. Ce sont elles qui rendent les cailloux glissants, entame Adrien Bertaud, l’un des responsables de l’observatoire de l’environnement en Nouvelle-Calédonie. On ne peut pas voir ces diatomées à l’œil nu, donc aujourd’hui, les gens vont les prélever sur des galets, en les frottant. Le jus récupéré sera ensuite observé sous microscope. »

    Repérer les rejets domestiques, l’érosion…

    Et selon les espèces de microalgues présentes, les spécialistes pourront identifier si la rivière a subi une quelconque pollution. « En cas de rejets domestiques ou de stations d’épuration par exemple, on sait désormais que l’on retrouvera certaines espèces et pas d’autres, explique Adrien Bertaud. Avec cet outil, on a réussi à établir des relations entre des espèces de diatomées et certains types d’altération, notamment l’érosion, qui peuvent être provoqués par le feu, par la mine, etc. » Un travail de longue haleine sur lequel les scientifiques planchent depuis 2012 : « Jusqu’à aujourd’hui, il n’existait qu’un seul bio indicateur qui permettait de décrire la qualité des cours d’eau, basé sur l’étude des larves d’insectes et des crustacés qui vivent dans le fond des rivières. L’indice diatomique est donc le second bioindicateur validé du pays, poursuit le responsable du pôle environnement de l’Œil. Ces micro-algues sont intéressantes parce qu’elles vont être très complémentaires de l’outil déjà existant. Ces diatomées sont à la base de la chaîne alimentaire, c’est comme l’herbe dans un pré pour une vache. Ce biofilm produit par les microalgues va être consommé par les poissons et par les crustacés. C’est ce qui leur sert de nourriture. »

    D’où l’intérêt d’en connaître la composition. Et ce à moindre coût. « C’est un indice qui reste moins onéreux que la pêche électrique et que l’indice déjà existant. En plus, la méthode de prélèvement semble assez simple, donc à la portée de tous. Cela nous permettra d’acquérir davantage de données sur le suivi de la qualité des rivières, estime Typhaine Quéré, du service de l’eau à la Davar (Direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales). Globalement, la ressource va bien, mais il faut rester très vigilant car il y a quand même des atteintes au niveau de la qualité et de la quantité. Voilà pourquoi il est important d’élaborer plus d’indices, de continuer les suivis, de faire de la sensibilisation. Et aussi de sanctionner… »

     

    Repères

    Un outil adapté aux industriels

    L’IDNC a été conçu pour répondre aux attentes des gestionnaires mais aussi des industriels en matière d’impacts des pressions anthropiques domestiques et donc minières sur les rivières. « Nous avons l’obligation de contrôler les rivières, mais on n’a pas encore l’obligation d’utiliser cet indice car il vient tout juste d’être validé, indique Lison Gamas, analyste environnementale chez Vale. Cependant, c’est un outil supplémentaire qui paraît intéressant pour déceler certains types de pollution, notamment liés aux métaux, présents en cas d’érosion et d’activité minière. »

    Le pays en retard ?

    En Métropole, quatre bioindicateurs, dont l’IDNC, ont été établis et sont déjà appliqués, contre seulement deux en Nouvelle-Calédonie. « La France dispose également d’indices certifiés pour les végétaux aquatiques et les poissons. Ce serait important de disposer d’un outil supplémentaire aussi en Calédonie », glisse Nathalie Mary, directrice du bureau d’études Ethyco. En ce qui concerne la pêche électrique, qui permet un suivi de population de poissons dans les rivières, aucun indice n’a encore pu être certifié, ce qui empêche notamment de pouvoir croiser et comparer les données. Cependant, l’Œil mène une réflexion globale sur la standardisation des protocoles de pêche électrique.

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