Nouvelle Calédonie
  • Par Stéphanie Chenais / stephanie.chenais@lnc.nc | Crée le 11.07.2019 à 06h40 | Mis à jour le 11.07.2019 à 06h41
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    Après les traditionnels discours, les différents partenaires de l’opération ont été invités à ouvrir de petites boîtes contenant chacune une dizaine de moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia. Photo Thierry Perron
    Très symbolique, l’opération n’a pris que quelques minutes hier. Mais c’est bien le résultat d’un long travail de la communauté scientifique. Les premiers moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia ont été relâchés hier place des Cocotiers. La suite des opérations, dans les quartiers, ne débutera que dans quelques semaines.

    Les spectateurs présents dans les gradins les ont rapidement vus virevolter autour d’eux. Mais pour une fois, pas question de les prendre en chasse. Près de 500 précieux moustiques ont découvert leur nouvel environnement, le centre-ville, hier matin.

    Après plusieurs mois de travail en laboratoire ou sur le terrain, les partenaires du World Mosquito Program (WPM) ont relâché les premiers individus porteurs de la fameuse bactérie naturelle, Wolbachia, qui les empêche de transmettre les virus. Objectif : bloquer les quatre formes de la dengue, mais aussi le Zika et le Chikungunya, pour éviter une nouvelle épidémie en 2020. « Elles entraînent chaque année de nombreuses hospitalisations, mais aussi des décès. Au 21 mai, on avait déjà comptabilisé depuis le 1er janvier 298 hospitalisations et deux décès dont celui d’une fillette de 8 ans, rappelle Valentine Eurisouké, en charge de la mise en place et de la coordination du plan Do Kamo. Celle de 2013 a coûté 1,6 milliard au pays. » A titre de comparaison, le budget de la mise en place du programme s’élève à 230 millions sur deux ans.

    Le calendrier de la suite des opérations n’a pas été détaillé précisément hier, mais les lâchers de moustiques dans les quartiers ne devraient pas commencer avant deux semaines.

    Il faut investir financièrement dans ce genre de démarche.

    La commune sera découpée en hectares et chaque boîte devrait contenir une centaine de moustiques. « Les interrogations des administrés sont légitimes. Mais pour une fois, les moustiques sont nos alliés », martèle Tristan Derycke, adjoint en charge des risques sanitaires.

    Cela fait plusieurs semaines que Wolbi, la mascotte du programme, sillonne sans relâche la ville pour sensibiliser les Nouméens. Photo Thierry Perron

     

    Le premier territoire français à se lancer

    Au cours des six prochains mois, les populations de moustiques seront suivies de près par les scientifiques grâce aux 230 pièges posés dans la ville, chez des particuliers volontaires

    Si au fil des semaines, la proportion de moustiques porteurs de Wolbachia n’était pas satisfaisante, davantage de moustiques pourraient être relâchés. « On sera très attentif aux premiers résultats », assure Valentine Eurisouké. Certains représentants des associations environnementales étaient présents hier. Dont Hubert Géraux, responsable du WWF local. « On a rapidement été convaincu de l’intérêt du projet. Au-delà de la problématique des épandages, cette expérience montre bien que plus on détruit notre capital naturel, plus on se prive de solutions comme celle-ci, souligne-t-il. Mieux vaut s’inspirer de la nature plutôt que d’utiliser des produits de synthèse qui créent des monstres. Cela prouve qu’il faut investir financièrement dans ce genre de démarche. »

    Même Sonia Lagarde, la maire, pourtant présentée comme une « fervente supportrice de la méthode », reconnaît que ce n’est pas un projet comme les autres. « Ce n’est pas évident, il a fallu qu’on m’explique bien au début. Mais on ne se lance pas dans l’inconnu. Le programme existe depuis dix ans. Et puis, c’est une fierté d’être le premier territoire français à se lancer. L’expérience locale va servir ailleurs, surtout quand on voit que la Métropole est de plus en plus touchée. »

    A terme, pour la ville il s’agira aussi de faire des économies, car les épandages coûtent cher à la collectivité. Mais en attendant les premiers résultats, « les épandages vont se poursuivre, confirme Kevin Lucien, directeur des risques sanitaires à la mairie. Les Nouméens doivent absolument continuer à se protéger et détruire les gîtes larvaires. »


    Encore des interrogations ?

    Une bactérie naturelle Wolbachia est une bactérie naturelle, présente dans 60 % des espèces d’insectes. Elle est inoffensive pour l’homme, les animaux et l’environnement. Ce sont des moustiques locaux qui ont été utilisés pour cette opération après qu’on leur eut inoculé cette bactérie en laboratoire.

    En plus des boîtes contenant les moustiques, le public a pu découvrir les pièges bleus qui seront posés aux quatre coins de la ville pour assurer le suivi scientifique. Photo S.C.

     

    Expérimenté dans 12 pays

    Avant d’arriver à Nouméa, ce programme a été testé et développé dans plusieurs pays depuis une dizaine d’années, dont l’Australie, le Brésil, l’Indonésie ou encore le Vanuatu. Les tests en laboratoire ont commencé il y a 20 ans et les premières expériences sur le terrain il y a une dizaine d’années.

    Les discussions avec Nouméa ont commencé en janvier 2017 et la convention a été signée le 5mars 2018.

    Une enquête d’opinion

    Pour pouvoir mener à bien cette opération, l’équipe du WMP avait besoin de l’aval de la population nouméenne. Pour ce faire, une étude a été menée par Quid Novi, qui s’est déroulée du 13mai au 15 juin, auprès de 1 080 foyers résidant à Nouméa depuis au moins trois mois et n’envisageant pas de quitter la ville à court terme. 94% des personnes interrogées se sont déclarées favorables au projet.

    Pourquoi les lâcher maintenant ?

    Dans les mois à venir, le World Mosquito Program va continuer à élever en laboratoire des moustiques porteurs de Wolbachia pour les répandre dans la ville. Photo Thierry Perron

     

    « C’est avant tout pour des raisons techniques et de calendrier, mais le fait qu’on lâche pendant la saison fraîche, c’est-à-dire au moment où il y a moins de moustiques, cela devrait potentiellement les aider à se répandre plus vite », précise Magali Dinh, en charge de la communication pour le WPM.

    Et le reste du Caillou ?

    A savoir si le dispositif sera étendu au Grand Nouméa et au reste du pays, rien n’a encore été confirmé. « Je crois savoir que les instances y travaillent déjà », a cependant glissé hier Tristan Derycke, adjoint en charge des risques sanitaires.


    Savoir +

    Plus d’informations sur www.eliminatedengue.com/pi/newcaledonia


    Partenaires

    Cette opération résulte de la collaboration de quatre partenaires : le gouvernement, la mairie de Nouméa, l’Institut Pasteur et l’université Monash de Melbourne.


    Communication 

    Depuis des mois, l’équipe du World Mosquito Program participe à toutes les réunions de secteur de la ville pour défendre le projet.


    « Cela peut paraître surréaliste, mais ça fonctionne. »

    Tristan Derycke, adjoint en charge des risques sanitaires, à propos de cette méthode innovante.

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