Nouvelle Calédonie
  • Yann Mainguet / yann.mainguet@lnc.nc | Crée le 12.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 12.07.2019 à 06h56
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    À la veille du 4 novembre 2018, au centre Ko Wé Kara à Nouméa, le FLNKS avait manifesté sa force de mobilisation. Les rapports sont aujourd’hui plus compliqués entre les locomotives du Front. Photo Archives LNC
    POLITIQUE. L’élection de l’UC Gilbert Tyuienon à la vice-présidence du gouvernement avec des voix loyalistes agace profondément l’Uni. L’après-provinciales perturbe l’élan du référendum.

    La ferveur de la grande communion pré-référendaire au milieu des drapeaux à la flèche faîtière, paraît bien lointaine. L’élection, mardi, de Gilbert Tyuienon, de l’Union calédonienne, à la vice-présidence du gouvernement avec des voix loyalistes, celles de l’Avenir en confiance associées au suffrage de l’Eveil océanien, constitue une première. Mais pas seulement. Ce vote enfonce un coin massif dans la dynamique indépendantiste.

    Surtout que les représentants de l’Uni autour de la table gouvernementale ne l’ont visiblement pas vu venir. Par le passé, des dissensions entre les deux formations pro-Kanaky étaient déjà apparues pour l’attribution de la vice-présidence, de longues semaines de statu quo s’étaient même écoulées, toutefois la discussion avait primé, une solution avait été trouvée. Mardi, la formule fut bien différente. Le parti Union calédonienne a-t-il avalisé ce soutien d’élus loyalistes ? Est-ce la résultante d’une initiative de Gilbert Tyuienon, seul ? « Y’a-t-il un pilote dans l’avion de l’UC ? » tempête Louis Mapou, chef du groupe Uni au Congrès, qui se dit « déçu, triste, pour le mouvement indépendantiste. La question de l’indépendance est au-dessus de tout cela ».

    « Considération de pouvoir »

    La pilule est difficile à avaler, car comme l’avait mentionné le Palika Charles Washetine, l’Uni a porté l’UC Roch Wamytan à la tête du Congrès, et Caroline Machoro, toujours de l’UC, à la présidence de la commission permanente. Un partage des responsabilités était donc attendu en cette veille du vote pour la vice-présidence du gouvernement.

    Mais « si deux candidats indépendantistes s’opposent, qui peut faire l’arbitrage ? » explique Daniel Goa. Le président de l’Union calédonienne met en avant la représentativité de son parti au sein de l’exécutif - trois UC contre deux Uni -, et dément toute discussion préalable avec l’Avenir en confiance. Ces loyalistes « ont choisi notre candidat, mais il n’y a pas d’accord de gouvernance, pas de contrat de mariage. Cela ne nous engage à rien ».

    Autant la campagne en vue du référendum du 4 novembre 2018 et ses lendemains enthousiastes avec le score de 43,3 % ont soudé les troupes indépendantistes, autant les élections provinciales du 12 mai dernier ont débouché sur des tensions. Point saillant, l’Uni et l’UC se renvoient la faute sur l’attribution - ou la non-attribution - de vice-présidences à l’assemblée de la province Nord. Une démarche mobilisatrice a pourtant été engagée : le projet du FLNKS pour un pays souverain, la consultation, le bilan discuté, même la finalisation d’une charte de non-agression... et « on est pris à contre-pieds par des problèmes internes aux partis », remarque Louis Mapou.

    « Il n’y a plus de place pour des enjeux internes ou des considérations de pouvoir ». L’avis de Daniel Goa n’est finalement pas très éloigné. Ces débats parfois vifs ne vont pas « venir contrecarrer nos convictions politiques ».

    La prochaine épreuve, les élections municipales début 2020, serait néanmoins une source potentielle de nouveaux accrochages. Des représentants de l’Uni comme de l’UC estiment que « la démarche concertée et stratégique » reste valable pour ce scrutin dans les communes. Une obligation de discussion, car le deuxième référendum sera programmé en cette même année.

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