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    Nouvelle Calédonie
  • Par Yann Mainguet | Crée le 18.10.2018 à 06h30 | Mis à jour le 22.10.2018 à 15h37
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    Pilier de l’emploi et source de tensions sur le plan environnemental, le secteur du nickel est également éminemment politique. Les divergences de fond entre partis sont notoires.

    Les acteurs

    La planète « nickel » calédonienne s’est métamorphosée après l’Accord de Matignon, puis celui de Nouméa. Le pays s’est doté de trois usines métallurgiques en quinze ans. Une accélération rare à l’échelle mondiale.

    La Nouvelle-Calédonie compte, sur son sol, la SLN, la doyenne, Koniambo Nickel, figure de proue du rééquilibrage, la novatrice Vale NC, mais aussi, en modèle cette fois offshore, l’unité coréenne de Gwangyang, détenue par la SMSP à hauteur de 51 %. La Société minière du Sud Pacifique travaille en outre sur un partenariat avec la société chinoise Yangzhou Yichuan Nickel Industry.

    À l’inverse, au fil du temps, le nombre de « petits mineurs » s’est considérablement réduit. Parmi ces exportateurs de minerai, la Société des mines de Tontouta (SMT) du groupe Ballande, la Société minière Georges Montagnat (SMGM), la société Gestion-exploitation des mines de nickel (GEMINI), et le groupe Maï Kouaoua mines (MKM). Auxquels s’ajoute la Nickel mining company (NMC), filiale de la SMSP. La SLN exporte par ailleurs ses minerais non exploitables localement.

    La production

    Les exportations de minerai de nickel se sont élevées, l’an dernier, à 6,5 millions de tonnes humides, contre 4 millions dix ans plus tôt. Le marché a changé. Jusque dans les années 2000, les principaux débouchés étaient le Japon pour les saprolites et l’Australie pour les latérites. À compter de 2008, un nouveau flux s’est imposé vers la Corée du Sud. L’usine australienne de Queensland Nickel (QNi) ayant fermé, l’ouverture d’un canal d’exportation de latérites vers la Chine s’est dessinée. Cette option a suscité la polémique mi-2015. L’Empire du Milieu a accueilli, l’an passé, 1,4 million de tonnes calédoniennes, alors que le curseur était à zéro en 2015. Les usines métallurgiques ont livré 110 619 tonnes de nickel contenu – sous forme de ferronickel principalement, mais aussi d’oxyde de nickel, et plus faiblement de nickel hydroxyde cake (NHC) –, en 2017. Un nouveau point haut historique qui représente environ 5 % de la production mondiale, et qui place la Calédonie en 6e ou 7e position dans un classement dominé par la Chine, acteur prépondérant depuis la deuxième moitié des années 2000. Pékin est aussi un client majeur, en termes de consommation.

    Les produits métallurgiques et miniers ont pesé 90 % des exportations du pays en valeur, ces dernières années.

    Les retombées

    Le poids de l’industrie du nickel dans les finances de la Nouvelle-Calédonie est très variable, en raison de la forte volatilité des cours au London Metal Exchange, la Bourse de référence, et du taux de change avec le dollar. Les recettes fiscales liées à l’impôt sur les sociétés du secteur, ou IS 35, se sont calées à 500 millions de francs environ entre 2015 et 2017, après un record à 23,5 milliards en 2007. Prévisions de fait difficiles.

    L’impact est en revanche réel sur l’emploi. Le document de réflexion acté par le Comité des signataires de novembre 2016 précisait d’ailleurs l’ampleur : deuxième secteur économique après l’emploi public, de très loin premier secteur économique privé, premier fournisseur d’emplois privés (20 %) en emplois directs et en sous-traitants (9 000 emplois environ), mais aussi par les emplois induits dans le commerce et les services... « Il ne peut y avoir à court terme d’avenir économique pour la Nouvelle-Calédonie sans le nickel, rapportait l’État, ce qui implique que l’exploitation de cette ressource doit être optimisée. »

    Les entreprises minières le remarquent, malgré les difficultés sur le marché, leurs effectifs ont été maintenus voire augmentés.

    Les menaces

    La Calédonie doit s’adapter à la nouvelle donne. La demande mondiale progresse. Toutefois, l’arrivée massive de nickel pig iron, ou fonte au nickel, sur le marché bouscule les acteurs traditionnels. Les soucis viennent de l’offre. L’industrie s’est transformée. Au début des années 2000, 80 % des producteurs étaient implantés au Canada, en Australie, en Europe, au Japon, en Nouvelle-Calédonie, bref des pays à haut coût. En dix ans, le rapport s’est quasiment inversé : aujourd’hui, 60 % de la production est issue des territoires à très bas coût, comme la Birmanie, le Brésil, la Chine, Madagascar, les Philippines, la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou l’Indonésie. Dans ce dernier pays, des sociétés chinoises développent des complexes immenses. Des sites où l’aciérie est intégrée. En clair, de la mine à l’acier, tout est concentré.

    Pénalisée par son coût de production élevé, la Calédonie est en quête de compétitivité. Une urgence. La SLN mais aussi KNS et Vale NC visent toutes la même cible : atteindre un coût de production à 4 dollars US la livre de nickel.

     

     

    Une grande diversité d’avis, entre principes indépendantistes et thèses loyalistes

    Nationaliser les moyens de production ou promouvoir une politique plus libérale ? Une autre voie est-elle envisageable ? Les élus calédoniens sont divisés sur la question de la gouvernance du nickel. Discutée dès 2010 avec les autorités, la définition d’une stratégie pour la Nouvelle-Calédonie est au point mort.

    L’Union nationale pour l’indépendance défend des principes un temps glissés sous le terme « doctrine» : maîtrise de la ressource par la Nouvelle-Calédonie, de la stratégie d’exploitation, pas d’exportation de minerai sauf à destination d’usines calédoniennes offshore, ou encore 51% détenus par le pays dans la SLN et une meilleure valorisation des intérêts de la Calédonie dans Vale NC. La ligne prônée par l’Union calédonienne n’est pas bien différente. Une nuance est avancée, par exemple : les « petits mineurs » pourraient, pourquoi pas, livrer des latérites à la filiale du géant brésilien, Vale NC.

    Autres modèles

    Côté loyaliste, Calédonie ensemble reste sur sa position. « Si l’on veut garantir la pérennité de nos usines, notre responsabilité est de nous assurer que les industriels investissent dans l’amélioration de leurs outils de production plutôt que de distribuer leurs dividendes. » Ainsi, estime le parti, « les collectivités ont tout intérêt à détenir une participation aussi élevée que possible au capital de nos usines ». Et la SLN est la principale concernée. Les groupes politiques voisins ne l’entendent pas de la même oreille. « Les collectivités publiques ne sont pas des multinationales de l’industrie. Elles n’ont simplement pas les moyens financiers de prendre des risques industriels de cette importance, explique Le Rassemblement-Les Républicains. La prise de participation au capital de ces usines est synonyme d’endettement colossal. » 

    Une stratégie « nickel » au point mort.

    La montée de la Calédonie à 51 %, ou plus, au capital d’usines métallurgiques ne fait pas, non plus, partie des plans du mouvement de Sonia Backès. « Les Républicains calédoniens y sont opposés, considérant qu’il est grand temps d’envisager d’autres modèles en prenant exemple sur ceux développés par les pays nordiques », tels que les royalties. Pour la formation, le schéma de mise en valeur des richesses minières peut être revisité en hiérarchisant la politique des exportations pour y intégrer là aussi de nouveaux modèles comme le « profit sharing ». Et pourquoi pas, à terme, envisager la construction de petites unités d’enrichissement du minerai pauvre, notamment sur la côte Est.

    L’exportation de minerai a ses vertus, appuie Le Rassemblement-Les Républicains. Outre l’apport d’une unique activité économique durable en certains endroits, « l’exportation permet de valoriser des minerais d’une qualité insuffisante pour pouvoir être traités localement. Sans l’export, ils seraient abandonnés dans des verses à stériles ».

    Calédonie ensemble est en effet d’avis que les exportations peuvent utilement compléter la transformation locale, « en optimisant au maximum la valorisation de la ressource ». Toutefois « nous devons veiller à éviter les exportations vers des usines qui tirent les prix mondiaux vers le bas » avec le « pig iron », ou fonte de nickel.

    Repères

    Combien de temps ?

    D’après l’experte Anne Duthilleul, début 2012, les volumes de minerai représentent environ cinquante ans d’activité pour les garniérites et cent cinquante ans pour les latérites. La SMSP avait contesté des éléments du dossier basés, selon elle, sur « la recherche d’une teneur en nickel particulièrement élevée ». Une baisse progressive permet de « dégager des possibilités optimales de valorisation ».

    Où ?

    L’examen des ressources en nickel du pays par massif minier, permet de visualiser la répartition. Loin devant, la zone du Grand Sud, très riche, dispose d’une capacité en latérites  écrasante. À une échelle nettement moindre – moins de la moitié –, la zone Est présente un potentiel néanmoins important, équivalent au stock estimé dans le Nord, doté il faut le rappeler de gisements notables tels que le Koniambo, Tiébaghi ou encore Poum.

     

    8 %

    Selon United States Geological Survey, les réserves mondiales sont estimées à plus de 80 millions de tonnes de nickel en 2017.  La Calédonie en détient environ 8 %, en quatrième position après l’Australie (24 %), le Brésil (15 %) et la Russie (9 %).

     

    Arlésienne

    Dispositif fructifiant les recettes tirées du minerai, et formule tournée vers les générations futures, le fonds souverain est dans les faits toujours une Arlésienne en Calédonie.

     

    Découpage

    La répartition du domaine minier en surface fait apparaître la SLN (48%), la SMSP (17%), Ballande (14%), Vale NC (8%), Montagnat (4%), la province Sud (4%)...

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