Nouvelle Calédonie
  • Anthony Tejero / anthony.tejero@lnc.nc | Crée le 18.06.2019 à 06h00 | Mis à jour le 18.06.2019 à 08h36
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    INNOVATION. C’est un procédé unique au monde. La société Ecopavement, au Mont- Dore, se lance dans la fabrication de dalles à base de scorie et de plastique. Une solution concrète pour recycler ces déchets. Et les deux fondateurs ne manquent ni d’idées, ni d’ambition

    C’est la rencontre originale de la scorie et du plastique, mais surtout de la matière grise de deux ingénieurs : Paul Ligeard et Clément Merzeau, fondateurs d’Ecopavement, société innovante à bien des égards. Depuis quelques jours, cette entreprise de La Coulée fabrique et commercialise des dalles d’un nouveau genre, à base de déchets jusque-là peu ou pas recyclés. « Le premier constat, c’est qu’en Calédonie, il y a des millions de tonnes de scories disponibles. Par ailleurs, le pays produit du déchet plastique en masse. Les entreprises en consomment 8 500 tonnes chaque année. Aujourd’hui, la plus grande partie finit enfouie, entame Paul Ligeard, président d’Ecopavement et spécialiste de la chimie des matériaux. Nous voulions donner du sens à notre parcours professionnel en se tournant vers l’écologie de façon concrète. Nous souhaitions sortir des discours incantatoires sur le développement durable et agir. Or, la matière plastique n’est pas forcément mauvaise en soi, mais elle est mal traitée et sa surabondance affecte durablement notre environnement. »

    Les deux Calédoniens ont planché pendant près de deux ans sur un nouveau procédé « intelligent » afin de valoriser ces déchets. Ils se sont notamment inspirés d’une méthode déjà existante dans les pays scandinaves qui permet de fabriquer des matériaux de construction à base de sable et de plastique. Leur est alors venue l’idée d’adapter localement ce process en puisant une partie de leur matière première dans les tas de scories de la SLN.

    Bientôt sur les murs et le mobilier urbain ?

    Après des mois de tests et d’expérimentations, le juste dosage est trouvé et les premières dalles sortent des machines de la société. « On a créé une matière qui permet de concevoir des pièces à la fois solides et beaucoup plus légères que le béton, adaptées au passage des véhicules légers et lourds », poursuit Clément Merzeau, ingénieur dans le secteur de la construction. Ces dalles peuvent ainsi servir de revêtement aux trottoirs, aux entrées charretières, aux passages privés ou encore aux parkings. « Pour les communes par exemple, l’avantage c’est qu’elles n’auront plus besoin de casser avant d’effectuer des travaux comme c’est le cas avec le béton. Ces dalles peuvent être retirées et sont réutilisables », assure Clément Merzeau.

    Première étape, broyer les plastiques pour les transformer en fines particules, avant de les mélanger à la scorie et de faire chauffer le tout.

     

    Actuellement, l’usine pilote permet de recycler 300 tonnes de plastique et 900 tonnes de scorie en une année. Des chiffres encourageants mais encore loin de l’ambition des fondateurs d’Ecopavement. « A moyen et long termes, on espère traiter 50 à 60 % des déchets plastique des entreprises, soit 3 000 à 4 000 tonnes par an, poursuit l’ingénieur. On est en train de démontrer qu’il est même possible de recycler les films plastique par exemple. »

    A peine lancé dans la commercialisation de dalles, le président de la société nourrit déjà de nouveaux projets. « Nous serions capables de fabriquer d’autres types d’objet. Nous pourrions créer des revêtements verticaux pour les murs, du mobilier urbain, voire des toitures. Ce ne sont pas les idées qui manquent », s’enthousiasme Paul Ligeard. Reste encore à savoir si Ecopavement réussira sa percée sur le marché calédonien.

    La société emploie pour l’heure trois salariés, formés à fabriquer de A à Z les dalles à partir des matières plastique et de la scorie réceptionnées.


    30 000 dalles.

    C’est l’objectif de production pour la première année. A terme, la société espère sortir 200 000 pièces par an.

     

    Repères

     

    Zoom sur le produit

    La matière inventée par Ecopavement a été baptisée Polyscor. Elle est issue de l’alliage du plastique et du Sland, le nom commercial de la scorie conditionnée par Eramet-SLN pour les usages du BTP. « Le gisement de Sland demeure quasiment inépuisable malgré son utilisation sur toute la Calédonie, par les professionnels et les particuliers », estiment les fondateurs. Du côté du plastique, Ecopavement est capable de traiter les polyéthylènes et les polypropylènes, soit 60 % des déchets plastique, ce qui ne comprend pas les bouteilles en plastique.

    Loi du pays

    La loi sur l’interdiction progressive du plastique à usage unique, dès le 1er août, est loin d’inquiéter la société. Au contraire. « C’est une très bonne chose, notamment pour éviter de retrouver des sacs plastique dans les océans, mais les masses en jeu sont petites au regard des plus de 10 000 tonnes produites par la Calédonie en un an, et ne remettent pas en cause la logique d’Ecopavement. »

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