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    Nouvelle Calédonie
  • Propos recueillis par Baptiste Gouret | Crée le 09.02.2026 à 05h00 | Mis à jour le 09.02.2026 à 05h00
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    Steeve Laigle a été élu président de la Fédération calédonienne de football le 21 décembre, un poste qu’il a déjà occupé de 2016 à 2020. Photo Baptiste Gouret
    Élu président de la Fédération calédonienne de football en décembre, Steeve Laigle récupère la gestion d’une instance au bord du gouffre financier et dont le nombre de licenciés a été divisé par trois en quelques années. Seule solution, selon lui : relancer les compétitions partout sur le territoire, et faire "rêver les gamins". La Sélection masculine en aura l’occasion dans quelques semaines, lors des barrages de la Coupe du Monde 2026 auxquels elle participe pour la première fois de son histoire. "Une immense fierté", estime le nouveau président de la FCF.

    Vous avez pris vos fonctions le 21 décembre 2025, en annonçant vouloir "remettre la fédération à plat". Où en êtes-vous de ce travail ?

    On savait bien qu’il y avait un problème financier au sein de la fédération. Actuellement, on est en train de mettre le doigt dedans. Pour le moment, on dresse un constat. L’année 2026 va être très contrainte financièrement. Cela peut sembler normal, puisque c’est le cas de beaucoup de monde aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, mais l’essentiel des fonds de la fédération provient de la Fifa et de l’OFC, donc les dotations n’ont pas baissé.

    Qu’est-ce qui explique, par conséquent, cette situation financière délicate ?

    Simplement une très mauvaise gestion. Il y a eu des dépenses engagées sans compter durant le mandat précédent, sans un regard sur la trésorerie.

    La Coupe du Monde : c’est une occasion à ne pas manquer.

    La Nouvelle-Calédonie s’est qualifiée pour la première fois de son histoire en Coupe du Monde. Elle jouera les barrages face à la Jamaïque le 27 mars au Mexique. Qu’est-ce que ça représente pour la fédération ?

    Une immense fierté. C’est une occasion à ne pas manquer. Passer les barrages, ce serait quelque chose d’historique, même si on sait que ça va être compliqué, notamment avec le Congo si on parvient au deuxième tour, c’est du sérieux. Mais déjà, c’est une réelle opportunité pour nos garçons, pour l’image de notre football, ainsi que pour nos finances. Si on bat la Jamaïque, on sait que les gains seront importants.

    C’est aussi l’occasion de se faire connaître à travers le monde. C’est un rayonnement qui peut nous permettre de nous imposer plus facilement sur la scène du football international, et de faciliter l’organisation de matchs de préparation, en Europe, en Amérique du Sud, en Asie… C’est important. On a aussi la possibilité de gagner des points au classement mondial, et d’attirer de nouveaux sponsors.

    À quoi la Nouvelle-Calédonie doit cette qualification inédite ?

    C’est surtout le résultat d’une vision du football à l’échelle mondiale portée par le président de la Fifa, Gianni Infantino. L’Océanie demeure une petite confédération, mais la Fifa a pourtant décidé de nous offrir une place supplémentaire en Coupe du monde. Auparavant, nous ne disposions que d’une demi-place : le champion d’Océanie participait aux barrages.

    Tant qu’on ne sera pas champion d’Océanie, on ne pourra pas juger de notre progression.

    Aujourd’hui, et pour la première fois, nous avons une place dans le tableau principal [décrochée par la Nouvelle-Zélande NDLR]. Le vice-champion, en l’occurrence la Nouvelle-Calédonie, accède aux barrages.

    Peut-on par conséquent espérer que les Cagous décrochent un jour le titre de champion d’Océanie et se qualifie dans le tableau principal du Mondial ?

    C’est l’objectif. Jusqu’à maintenant, nous avons toujours été en deuxième position derrière eux. Tant qu’on ne sera pas champion d’Océanie, on ne pourra pas juger de notre progression. Que ce soit chez les jeunes, les féminines, la Sélection masculine, ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra dire qu’on a fait un véritable pas en avant, et qu’on pourra mesurer les progrès réalisés.

    Est-ce envisageable dès la prochaine Coupe du monde ?

    Oui, on n’en est pas loin. Il suffit de préparer les garçons, il nous faut un véritable projet de développement. Pour ça, il faut former des éducateurs, mais le travail doit avant tout être réalisé dans les clubs. Il y a eu une absence de formation au sein des clubs depuis quelques années.

    Un nouveau formateur est arrivé en 2024 de Métropole, c’est très positif. Plus on aura d’éducateurs formés pour encadrer les jeunes, plus le niveau du football calédonien va évoluer. Comme dans toutes les sélections mondiales, c’est en club qu’on élève le niveau des joueurs, pas ailleurs.

    "Si on y va, c’est pour gagner"

    La qualification ne suffit pas à garantir une bonne performance en Coupe du monde, on l’a vu avec le parcours compliqué des U17, éliminés après avoir été écrasés par le Maroc en novembre. N’y a-t-il pas un risque que la Sélection A vive la même déconvenue ?

    Tout est une question de préparation. Les U17 n’étaient clairement pas préparés à cette Coupe du Monde, ils n’ont eu aucun match en amont. Ils sont, malgré tout, parvenus à faire un nul contre le Japon, qui s’est qualifié jusqu’en demi-finale. Mais au dernier match contre le Maroc, où on avait l’occasion justement d’aller chercher la qualification pour la phase à élimination directe, on se fait humilier. Je ne veux plus que les garçons revivent ça. Il faudra en tirer les enseignements.

    Concernant la Sélection A, j’ai effectivement le sentiment qu’elle n’est pas suffisamment préparée. Quand on voit la tournée effectuée par la Nouvelle-Zélande en Europe et en Amérique, on se dit qu’on ne part pas avec les mêmes chances. Pour autant, je crois beaucoup en nos garçons. Je suis un compétiteur dans l’âme, donc si on y va, c’est pour gagner.

    Comment expliquer ce manque de préparation ?

    On en revient au problème des finances, tout simplement. Quand la Fifa vous offre un budget de 300 millions de francs pour quatre ans, et qu’on s’aperçoit que la plus grosse partie de cette enveloppe a été consommée la première année, il y a des questions à se poser. L’ancienne équipe à la tête de la Fédération a fait des choix surprenants. Il y a eu une succession de dépenses inutiles, et les sélections en pâtissent aujourd’hui.

    À quel moment le budget octroyé par la Fifa sera renouvelé ?

    Il faudra attendre 2027. Pour 2026, on dispose seulement de 32 millions de francs, donc ça va être très compliqué. Cette situation a dégradé nos relations avec la Fifa. Elle nous a octroyé une subvention spéciale lors du Covid, elle nous a aidés pendant les émeutes, et pourtant on se retrouve en difficulté. Donc la Fifa a décidé de mettre en place des restrictions pour la Nouvelle-Calédonie. Elle avait annoncé qu’elle ne donnerait plus rien et bloquerait tous les projets tant que la fédération calédonienne n’aura pas procédé à de nouvelles élections. C’est désormais chose faite.

    Nous n’avons rien su proposer en termes de compétition depuis le Covid.

    Maintenant, mon rôle est de leur redonner confiance. Il ne faudra plus qu’on déroge au règlement financier, sinon les conséquences seront lourdes, la Fifa n’a pas peur d’exclure une nation si nécessaire. Un gros chantier financier nous attend, il faudra le mener en 2027, et on devra faire des choix importants. L’idée, c’est d’arriver en 2028 avec des finances saines, et faire table rase du passé avec la Fifa. Je dois justement signer avec ses représentants un plan de redressement financier.

    La fédération compte aujourd’hui 4 000 licenciés, contre 12 000 en 2019. Comment comptez-vous reconquérir ces jeunes et leur redonner envie de pratiquer le football ?

    On le sait : les enfants sont partis vers d’autres disciplines parce que nous n’avons rien su proposer en termes de compétition depuis le Covid. Le conflit interne à la fédération n’a pas aidé, les parents n’avaient plus confiance. Il y a eu les soupçons de détournement de fonds, des arbitres qui se font prendre en chasse à Maré, etc. L’image du football calédonien a pris un coup. Il faut maintenant miser sur le football de masse, de proximité, offrir des journées de championnat régulières. Que les gamins voient ou pratiquent du football tous les week-ends, et s’entraînent le reste de la semaine.

    L’objectif, dans les prochains mois, c’est de travailler à l’installation d’académies partout sur le territoire. Le projet, c’est d’en compter bientôt 14, soit 6 dans le Nord, 5 dans le Sud et 3 sur les îles, pour regrouper les meilleurs jeunes autour d’un technicien diplômé. Très vite, le niveau va grimper. Jusqu’à 13 ans, nos jeunes sont au même niveau qu’en Europe. La différence, elle se fait après, parce que les jeunes européens ont accès à des centres de formation de qualité. Il faut qu’on soit en mesure de rivaliser. On arrive à être vice-champion d’Océanie sans disposer de ces structures, donc la marge de progression est énorme. Il faut qu’on se professionnalise.

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