- Propos recueillis par Patrick Blain | Crée le 08.01.2026 à 05h00 | Mis à jour le 08.01.2026 à 05h00ImprimerSpécialiste du double et ancien 36e mondial, Pierre-Huges Herbert a participé au BNC Tennis Open, où il s’est incliné au premier tour, lundi 5 janvier. Une "défaite cruelle", reconnaît-il, qui ne l’empêchera pas de repartir du Caillou avec "plein de souve Photo BNC Tennis OpenC’est l’un des plus beaux palmarès du tennis français. Cette année, Pierre-Hugues Herbert a choisi la Nouvelle-Calédonie et le tournoi BNC Tennis Open pour préparer les internationaux d’Australie, qui ouvrent rituellement la saison. Une première, qu’il a choisi de vivre en compagnie de sa femme et de ses enfants. Car à 34 ans, dont quinze passés sur l’impitoyable circuit mondial, celui que le milieu appelle PHH possède bien des clés pour tenter d’apprivoiser les valeurs et plaisirs contradictoires d’un sport, d’une famille et du temps.
Les amateurs de tennis du monde entier vous connaissent comme un formidable joueur de double. Comment s’est fait ce choix ?
Déjà, ça n’a jamais été un choix. J’ai toujours voulu être un très bon joueur de simple et, aussi, un bon joueur de double. Par contre, le double a une place importante dans ma carrière et son évolution. C’est quelque chose que j’ai pratiqué avec beaucoup de sérieux, qu’on a pris avec mon père (son premier entraîneur, ndlr) comme un outil de travail et une façon de progresser. Il s’est avéré, au fur et à mesure de mon évolution, que j’étais plus performant en double qu’en simple. Donc on m’a catalogué comme spécialiste du double, où j’ai le plus performé, notamment lors de mon association avec Nicolas Mahut.
En avez-vous conçu de la frustration ?
Non, pas du tout, c’est une grande fierté de performer en double. Après, il est certain que les objectifs ou les rêves qui étaient les miens se sont réalisés en double. En simple, j’ai pour l’instant bloqué à la 36e place mondiale. Je dis pour l’instant même si, en soi, je sais être en fin de carrière, on va dire, et là, je sors d’une défaite cruelle au premier tour (au BNC Tennis Open, ndlr). Donc oui, il y a sans doute un peu de déception mais c’est comme ça. J’ai la chance d’avoir réalisé ce parcours.
Or, et c’est sans doute injuste, mais le tennis est un sport dans lequel, pour le public, le simple homme capte toute la lumière.
C’est la loi du marché, j’ai envie de dire. Ce n’est pas forcément injuste. À l’époque, mon père me parlait de Mc Enroe qui arrivait à gagner des Grands Chelems en simple et en double. Aujourd’hui, les plus grands joueurs du monde sont des joueurs de simple, ils sont reconnus pour ça et ils ne jouent pas le double car ce n’est plus faisable de faire les deux. C’est trop intense physiquement, et ce serait mettre en danger la performance.
Peu d’équipes arrivent à jouer aussi longtemps ensemble
Vous aviez un modèle au moment de vous lancer dans la carrière ?
J’en ai toujours plein. Le joueur que j’ai le plus admiré c’est Roger Federer, sur la durée. Mais j’ai adoré (l’Argentin, ndlr) Guillermo Coria, (le Brésilien, ndlr) Gustavo Kuerten ou Sébastien Grosjean, parce qu’il était Français.
À l’image de bien des actifs, vous passez plus de temps avec vos collègues de travail qu’en famille. Pendant sept ans, ce collègue s’est appelé Nicolas Mahut. Comment fait-on durer aussi longtemps cette autre vie de couple ?
Oui, nous nous comparions souvent à un couple. D’autant que nos caractères sont extrêmement différents et qu’il existe une différence d’âge. Je ne vais pas dire que c’est une performance, mais il a fallu de la communication. Il y a eu des moments où il a fallu vraiment se dire les choses. Mais il y a eu énormément d’amour et de bienveillance. Donc c’est vraiment top. Peu d’équipes arrivent à jouer aussi longtemps ensemble.
Nicolas Mahut ne joue plus. Quelles relations avez-vous conservées ?
De bonnes relations. On a partagé tellement de bons moments !
Votre partenaire de double à Nouméa, Jordan Thompson, sera-t-il bien votre partenaire de double à l’Open d’Australie ?
Oui. Nous avons joué ensemble à Wimbledon, on s’est vraiment éclaté. Notre objectif est d’aller le plus loin possible. On est une équipe qui peut prétendre au titre, même s’il faut que les étoiles soient alignées. Pour ma part, je disputerai les qualifications en simple.
Pour les amateurs de la balle jaune qui ne vous voient qu’en match, et la plupart du temps à la télévision, la vie des professionnels sur le circuit est quelque chose de mystérieux, voire de fantasmé. Si vous deviez la résumer, en quelques mots, et en quelques chiffres, qu’en diriez-vous ?
C’est une vie de baroudeur. Mon père a voulu que, très jeune, je voyage parce qu’on est souvent loin de la maison. Aujourd’hui, je dirais que je suis parti dix mois sur douze. On part avec des valises qu’on ouvre un peu partout. Il y a beaucoup de voyages. On voit beaucoup de chambres d’hôtel. Il y a beaucoup de solitude. Être loin en permanence n’est pas toujours évident. Et notre bureau, comme vous dites, c’est le terrain, avec beaucoup d’émotions, positives comme négatives. C’est une vie trépidante et en même temps épuisante.
Quand on devient parent, certains sacrifices sont plus difficiles à faire
Sur le circuit, quels sont vos accompagnateurs ?
J’ai toujours été accompagné de quelqu’un, que ce soit mon père ou un autre entraîneur. C’est hyper-important d’avoir ce regard extérieur. Et c’est aussi un compagnon de voyage, finalement.
Le préparateur physique et le préparateur mental ne sont pas présents ?
Non. Ils me suivent à distance. Il peut leur arriver d’être présents, lors des tournois à proximité de leur lieu de résidence.
À Nouméa, vous êtes accompagné de votre famille…
Oui, pour le coup, nous sommes venus nombreux. J’étais content de pouvoir partager cette aventure avec ma femme et mes deux enfants, en plus de mon entraîneur. Nous avons dû demander une dérogation pour que notre fils aîné loupe l’école en janvier.
Ces attaches familiales doivent rendre encore plus difficile cette existence nomade. Comment le vivez-vous ? N’éprouvez-vous pas une sorte de lassitude ?
Si. Il faut trouver un moyen de garder le plaisir de jouer. L’arrivée des enfants, le premier notamment, a totalement chamboulé la vie d’athlète de haut niveau que je menais, avec un seul but et la mise en œuvre de tout ce qu’il faut pour être performant sur le terrain. Quand on devient parent, certains sacrifices sont plus difficiles à faire.
D’autant que se sont ajoutés les problèmes de santé, aujourd’hui résolus, de votre second fils ?
Complètement. Cela a été des années très difficiles entre 2020-2021, le Covid, en 2022 avec une blessure au genou qui m’a arrêté sept mois, puis début 2023 avec la maladie de Léandre. On a eu la chance d’en sortir mais je pense à ceux qui y sont encore.
Vous l’avez évoqué : à bientôt 35 ans, vous êtes toujours plus proche de ce que les sportifs appréhendent comme une petite mort, la fin de carrière.
Pour l’instant, je sens que j’en approche, même si je sais que des joueurs continuent d’être performants à 40 ans comme (le Suisse, ndlr) Wawrinka ou Gaël Monfils. Mais je suis aussi conscient qu’on peut être plus fragile en prenant de l’âge. Il faut que j’en profite car ça ne va pas durer éternellement.
Je retiendrai la facilité du contact avec les gens
Avez-vous déjà imaginé ou envisagé une après-carrière ? Dans le milieu du tennis ou bien ailleurs ?
Je suis engagé, en tant qu’actionnaire minoritaire, dans le tournoi féminin de Strasbourg. J’ai envie de m’impliquer là-dedans. J’ai envie de partager ma passion pour ce beau sport qu’est le tennis, de créer des choses. Je sais aussi que je ne vais pas avoir trop envie de voyager et de davantage voir ma famille. Mais on n’en est pas là.
Pour votre entrée dans le simple du BNC Tennis Open, les alizés ne vous ont pas aidés. Qu’emporterez-vous, au final, de la Nouvelle-Calédonie ?
Pour le vent, on va dire que je suis un bon joueur d’indoor… Honnêtement, ça a été très compliqué pour moi, je le savais en entrant sur le court, et j’ai pris très peu de plaisir. Mais le vent fait partie du jeu, d’autres s’en sont sortis ! Au-delà de ce désagrément, nous sommes très heureux d’être là. Ce qui m’a fait venir a été la rencontre à Paris avec Mélodie (Dalle, présidente de la Ligue calédonienne de tennis, ndlr) et les échanges qui ont suivi. Nous avons passé ici des moments hyper-sympa, en commençant pas trois jours sur l’île des Pins, paradisiaque. Je suis reparti avec plein de souvenirs. Ensuite, il y a eu cette exhibition (BNC Catherine Bonnet, ndlr), la rencontre avec des organisateurs moteurs dans la création d’évènements sur le territoire. Je retiendrai la facilité du contact avec les gens, qui n’existe pas en France métropolitaine, des gens avec le cœur sur la main. Des bénévoles au Receiving ont été extraordinaires, ils se sont pliés en quatre pour nous accueillir.
Vous reverra-t-on sur le Caillou ?
Ben… Peut-être ! C’est un peu loin, le voyage est long. Mais pourquoi pas ?
Son parcours
Né le 18 mars 1991 à Schiltigheim (Bas-Rhin), à côté de Strasbourg, Pierre-Hugues Herbert est marié avec Julia et père de deux enfants, Harper et Léandre. La famille au complet est présente en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit de son premier séjour sur le Caillou.
Tennisman professionnel depuis 2010
S’il a atteint la 36e place mondiale (ATP) en simple, son impressionnant palmarès s’est écrit en double. La paire française qu’il constituait avec Nicolas Mahut a réussi le Grand Chelem en s’imposant au moins une fois dans chacun des quatre tournois majeurs de la saison : US Open (2015), Wimbledon (2016), Roland-Garros (2018 puis 2021) et Australian Open (2019). À leur palmarès figurent aussi une Coupe Davis (2017), la coupe du monde des nations, ainsi que deux Masters, tournoi de fin de saison réunissant l’élite de la discipline (2019 puis 2021). Encore vainqueur de plus de vingt tournois en compagnie de différents partenaires, ses performances lui valurent la place de n°2 mondial, juste derrière son équipier Nicolas Mahut.
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