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    Nouvelle Calédonie
  • Baptiste Gouret | Crée le 04.05.2026 à 17h55 | Mis à jour le 04.05.2026 à 17h55
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    Les membres de l’association Paroles, mémoires, vérités, réconciliations, dirigée par Jean-Pierre Aïfa (au centre, en chemise bleue), ont dévoilé les résultats de l’enquête menée sur la commune de Voh. Photo Baptiste Gouret
    L’association Paroles, mémoires, vérités, réconciliations a mené, d’octobre à avril, une série d’entretiens avec des habitants de la commune de Voh, première étape de l’opération "La caravane des mémoires". Un long travail de collecte et d’analyse qui a mis en lumière la nécessité, au sein de toutes les communautés, de mettre des mots sur les souffrances du passé et de rompre avec une transmission sélective de l’histoire.

    Six mois de travail, 59 personnes sondées, plus de soixante heures d’entretiens enregistrées et, à l’arrivée, un premier aperçu des craintes et des espoirs de la population calédonienne. Lundi 4 mai, l’association Paroles, mémoires, vérités, réconciliations, fondée en 2021, a livré les résultats de son enquête réalisée entre octobre 2025 et avril 2026 à Voh, dans le cadre de la caravane des mémoires, vaste opération de collecte de témoignages lancée après les émeutes de 2024.

    La commune pilote n’a pas été choisie au hasard : avec ses 3 000 habitants, Voh concentre "toutes les populations" du Caillou, fait remarquer Jean-Pierre Aïfa, président de l’association. Outre les huit tribus kanak, elle accueille des gens "issus de la colonisation libre, de la colonisation pénale, des descendants de travailleurs indonésiens, japonais…" Trois "collectrices" bénévoles ont travaillé à la constitution d’un "échantillon aléatoire de convenance", panel représentatif de la population du territoire concerné, tant du point de vue de l’origine des sondés que de leur catégorie socioprofessionnelle, leur âge et leur genre. Au total, 59 personnes ont participé à l’enquête.

    2024, le retour de "quelque chose enfoui"

    Aidés par des spécialistes en sciences humaines, les membres de l’association ont rédigé un questionnaire abordant des thématiques variées : identité, relations sociales, passé familial, projets… "L’objectif était de recueillir la parole, de la libérer, en écoutant les gens sans les juger, sans même tenter d’analyser ce qu’ils disaient, expose Cynthia Debien-Vanmaï, chargée de la collecte. On a très vite bénéficié de leur confiance. Les paroles ont été posées sans calcul, avec beaucoup de sincérité." "Bien souvent, ce sont les personnes qui annonçaient n’avoir rien à dire qui se sont le plus livrés", abonde Jean-Pierre Aïfa.

    L’analyse des entretiens a livré de multiples enseignements. À commencer par l’existence d’un véritable vivre-ensemble à Voh. "Il se manifeste au quotidien, à l’école, au marché, en tribu, à l’église", expose Christophe Sand, archéologue et membre de l’association. Les émeutes survenues en 2024 ont toutefois révélé, comme le dit une interviewée, "qu’on n’était pas aussi unis qu’on le croyait…" Si la commune n’a pas été touchée de la même manière que le Grand Nouméa, qui a concentré l’essentiel des violences, les émeutes ont surtout fait renaître les fractures du passé. "Ça a été très révélateur du fait que les communautés ne sont pas apaisées", note Christophe Sand. Du côté Kanak, la souffrance mémorielle et le traumatisme du fait colonial sont remontés à la surface, quand le sentiment de ne pas être reconnu a envahi les autres communautés. "2024, c’est le retour de quelque chose qui avait été enfoui", poursuit l’archéologue.

    La quête d’une mémoire apaisée

    Un passé douloureux, longtemps étouffé. "Toutes les communautés évoquent des lacunes dans leurs connaissances historiques, même à l’échelle familiale." "On vit ensemble, mais on ne dit pas tout", a résumé une participante. La "honte des violences subies" et les difficultés à parler des conflits internes expliquent ces non-dits. Les propos d’une sondée sont particulièrement révélateurs : "Les vieux nous disaient 'on ne veut pas que vous grandissiez avec cette haine'. Maintenant je comprends pourquoi ils ont fait ça, mais je me demande si c’était bien. Mes enfants posent des questions, et je ne sais pas quoi leur dire…"

    Et ces silences alimentent les tensions. "On a une transmission sélective qui pèse sur le vivre-ensemble et provoque des jalousies et des rancœurs", observe Christophe Sand. La quête d’une "mémoire apaisée" et partagée, raison d’être de l’association et de sa caravane, paraît ainsi essentielle à une réconciliation entre Calédoniens.

    L’enquête a prouvé qu’ils sont une majorité à vouloir emprunter ce chemin. Malgré des crises économiques, politiques et sociales qui s’accumulent et une peur réelle de l’avenir, les 59 personnes interrogées à Voh se montrent "résolument optimistes". Des espoirs portés en grande partie par la jeunesse (18-35 ans), qui apparaissent "comme une génération plus fortement métissée et ouverte", prête à "dépasser les clivages". Preuve de cet enthousiasme : les participants à l’enquête ont pris la décision d’organiser eux-mêmes des cercles de parole, dans la case des communautés de Voh, afin d’entretenir le dialogue.

    La caravane des mémoires doit désormais s’attaquer à une commune d’une tout autre dimension : Nouméa. L’association, qui a bénéficié d’une enveloppe de 6 millions de francs de l’État pour la première étape du projet, est dans l’attente d’une garantie de financement pour lancer la suite. La maire, Sonia Lagarde, aurait déjà exprimé son adhésion à l’organisation de l’opération dans la capitale.

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