- LCA / Vincent Nebois | Crée le 03.05.2026 à 09h00 | Mis à jour le 03.05.2026 à 09h00ImprimerPatrick Leblanc, apiculteur à Lifou depuis 2009. Photo CAP-NCPatrick Leblanc est apiculteur à Lifou depuis 2009. Marié et père de deux enfants, ce Bourguignon est tombé amoureux de la Nouvelle-Calédonie et s’est reconverti dans l’apiculture, pour être en lien avec la nature. Un entretien de notre partenaire La Calédonie agricole, magazine de la Chambre d'agriculture et de la pêche.
Qu’est-ce qui vous a conduit à exercer ce métier d’apiculteur ?
Quand j’arrive en Nouvelle-Calédonie en 2006, c’est pour rendre visite à mon frère, sans intention d’y prendre racine. Mais, comme beaucoup, moi le Bourguignon, je tombe amoureux de ce pays. Assez vite, j’ai une envie de reconversion, de pratiquer un métier en lien avec cette nature. Lors d’un stage d’initiation à l’apiculture à Lifou, j’ai eu un déclic. Je suis séduit par le monde des abeilles, dont je ressens la profondeur. C’est parti comme ça. Après une formation au Centre de promotion de l’apiculture, à Boghen, je me suis lancé. J’ai aujourd’hui 90 colonies et je suis certifié Bio Pasifika depuis 2016.
Avez-vous autour de vous un proche qui a fait figure de modèle ?
Mon père, qui a été artisan boucher-charcutier en Bourgogne, puis dans le Jura, m’a transmis le goût de l’effort, de l’indépendance et de la rigueur dans le travail. Toutes choses qui font partie de mon quotidien d’apiculteur.
Après plus de 15 ans de pratique, il y a toujours une part de mystère. Je continue à faire des découvertes chaque année, à progresser.
Quelle est votre plus grande source de plaisir dans votre métier ?
Le travail en plein air, la polyvalence des tâches et le contact quotidien avec l’insecte. J’aime observer le comportement des colonies, leur évolution. Après plus de 15 ans de pratique, il y a toujours une part de mystère. Je continue à faire des découvertes chaque année, à progresser. Et, du fait du changement climatique, les saisons sont différentes. Nous devons composer avec un décalage des récoltes du fait de floraisons décalées.
Quel métier auriez-vous aimé ou pu faire si vous n’étiez apiculteur ?
J’ai été cuisinier et j’aimais ce métier, mais c’est trop contraignant. Être cuisinier, c’est accepter de travailler quand les autres ne travaillent plus. Cela dit, entre cette expérience, d’autres dans le domaine du commerce alimentaire, le métier de mon père et mon activité actuelle de producteur, on peut dire que notre famille évolue dans les métiers de bouche d’amont en aval.
Qu’aimeriez-vous transmettre à un jeune qui viendrait prendre votre relève ?
Le respect des insectes, le souci des bonnes pratiques, et le fait qu’il faut savoir se contenter de ce que la nature nous offre.
Avec une production qui oscille entre 2 et 3 tonnes par an, il n’est pas facile d’exporter sous notre marque, Le miel de la jungle, mais c’est notre ambition, je veux conserver la maîtrise du produit final.
Quel est le principal obstacle que vous avez dû affronter jusqu’à présent ?
Outre les phénomènes cycloniques qui impactent tous les métiers agricoles, je conserve en mémoire l’intoxication dont ont souffert plusieurs de mes colonies en 2017. Je les voyais revenir au rucher fatiguées, avec un comportement inquiétant. J’ai tiré la sonnette d’alarme. Il s’agissait de faire œuvre de prévention vis-à-vis des collègues. Des recherches ont été faites, mais on ne sait toujours pas ce qui s’est passé. Sans doute une fleur néfaste aux abeilles, avec une floraison périodique. Cela reste un mystère.
De quoi êtes-vous le plus fier dans votre vie professionnelle ?
Des multiples récompenses obtenues depuis 15 ans. La première, c’était à la Foire de Bourail en 2009, lors de la première participation de miels des îles. Au concours général agricole, j’obtiens une première médaille d’or en 2018, puis le prix d’excellence en 2021. Et d’autres depuis. J’ai également été primé à plusieurs reprises [argent et or] au concours des miels de France, qui se tient en amont du Salon international de l’agriculture, dans la catégorie tropical rare.
Quel regard portez-vous sur votre avenir d’apiculteur ?
Avec une production qui oscille entre 2 et 3 tonnes par an, il n’est pas facile d’exporter sous notre marque, Le miel de la jungle, mais c’est notre ambition. Je ne veux pas exporter sous la forme de vrac. Je veux conserver la maîtrise du produit final.
Quel est votre outil le plus précieux ?
La réponse pourra paraître étrange mais ce sont mes yeux car, en apiculture, l’observation est très importante. Il faut savoir analyser en permanence le comportement des colonies. Et le matériel, ça se remplace, pas les yeux.
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