Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné / charlie.rene@lnc.nc | Crée le 06.03.2018 à 04h25 | Mis à jour le 06.03.2018 à 11h49
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    Aux Secrets d’Epicure, caviste de Dumbéa-sur-mer, la gérante a dû faire installer d’imposantes grilles tout le long de la devanture. Une dépense importante à laquelle « pensent la plupart des commerces voisins ». Photo Thierry Perron
    Sécurité. La série de cambriolages et de dégradations inquiète les commerçants, qui disent aller à leurs magasins « la boule au ventre ». Mais les vols impliquent aussi plus de dépenses d’équipement et des rapports avec les assurances qui se tendent.

    A la station-service du stade, à Magenta, les traces du « pillage » du 13 février sont presque toutes effacées. Mais dans l’arrière-boutique, le cambriolage, qui a coûté entre 800 000 et 900 000 francs de produits volés et matériel saccagé, a laissé des traces. « Ça n’est pas simple avec les assureurs, souffle Aurélie, la gérante. Il faut leur prouver que j’ai mis tous les moyens pour me protéger. On a des caméras, un système d’alarme vérifié, des barreaux, un rideau renforcé… Ils le savent pourtant, on a mis le paquet ! ».

    Comme beaucoup d’autres commerces, la station n’en est pas à son premier vol : sept depuis 2016, dont deux seulement ont été déclarés à l’assureur. « Les franchises sont très hautes, pour les “petits?? vols, ça ne sert à rien », reprend la gérante, qui, si elle a eu un accord de principe, « attend toujours » d’être dédommagée. « Mais ce qui m’inquiète, c’est la fin de l’année », insiste-t-elle, évoquant la renégociation de sa police d’assurance : « Je ne sais pas s’ils vont vouloir augmenter la franchise, le prix… Ou juste me radier ! Si ça arrive, je ne peux plus exploiter ».

     

    Même situation dans la grande distribution

    Des inquiétudes qui ne touchent pas seulement les « petits » commerçants : dans la grande distribution, on reconnaît aisément ne pas déclarer la plupart des vols, pour « garder des conditions d’assurance raisonnables et rester couvert lors des gros pépins ». Les gros incendies récents (Cellocal, Toyota, Serdis…) restent dans les mémoires, mais c’est la multiplication des cambriolages qui est aujourd’hui la crainte la plus sévère. Alors, même si « les assurances coûtent très cher », on renforce ses investissements dans la protection anti-intrusion. « Mais on a des magasins avec quatre rangées de rideaux de fer, on ne peut pas vraiment faire plus ! s’exclame le directeur financier d’un groupe de supermarchés, qui note que « seuls certains quartiers » sont concernés. « Quand vingt ou trente personnes essaient de rentrer, même un vigile de nuit ça n’est pas très utile. Il faudrait un maître-chien par magasin, mais à 6 000 francs de l’heure, c’est un budget énorme, pas tenable ».

     

    « Presque en prison »

    Or, pour beaucoup, les budgets sont déjà asséchés par les dispositifs de sécurité. « Ce qu’on avait avant, ça tenait contre les petits larcins, mais là, quand ils arrivent pour saccager, ça ne les tient plus », lâche Emily Montchanin Raison, du groupement des gérants de stations-service. Raison pour laquelle les commerçants demandent « des mesures d’aide fiscale à l’achat » de ces équipements. « Ça aurait aidé », aux Secrets d’Epicure, caviste de Dumbéa-sur-mer dont « le dernier cambriolage remonte à Noël ». Depuis, c’est 1,5 million de francs qui a été investi dans d’épaisses grilles, en plus du volet roulant ou des caméras reliées à un PC sécurité. « C’est très lourd pour un petit commerce, regrette Mélina Abdelkader, qui expliquent que plusieurs des magasins voisins, qui font face à des intrusions à répétition, sont en train de s’équiper. Et puis ces barreaux… On n’a rien fait et on se sent presque en prison ».

     

     

    Le point de vue de Emmanuel Roche, président du comité des assureurs

     

    L’augmentation du nombre de cambriolages de commerces se fait-elle ressentir économiquement chez les assureurs ?

    Pour nous, il y a deux facteurs qui rentrent en compte : la fréquence des sinistres et leur gravité. Et du côté des commerces, on observe effectivement une augmentation des deux paramètres. Nous ne pouvons pas dire que les assurances sont, aujourd’hui, en péril économique par rapport à ça, d’autant que la série de cambriolages que vous évoquez est très récente. Mais si ça s’inscrit dans le temps, chaque assureur va effectivement devoir se poser des questions. Il ne s’agit pas de surréagir, à l’heure actuelle, nous partageons seulement les inquiétudes de nos clients. Et c’est surtout à l’État, au titre de sa compétence en matière de maintien de l’ordre, d’y répondre.

     

    Ces actes peuvent-ils faire grimper le tarif des assurances ?

    Plusieurs facteurs peuvent évoluer : le niveau de garantie, le niveau des franchises… Et encore une fois, c’est si ce phénomène s’inscrit dans la durée qu’il y aura des ajustements. Tout dépend de l’activité : les commerces de détail, où sont vendus du tabac et de l’alcool, ont l’air plus ciblés. Certains de ces commerçants pourraient, à terme, avoir plus de mal à s’assurer. Ou ce sont les contrats qui évolueront avec la mise en place, par exemple, de limites contractuelles d’indemnisation.

    Les assureurs demandent-ils davantage d’équipements de sécurité ?

    La discussion se passe avant la signature du contrat : ce sont souvent des conditions pour pouvoir souscrire. On peut ensuite accompagner les clients, préconiser certains équipements, mais la plupart du temps, ils s’équipent par eux-mêmes. Ça peut aller du simple rideau de fer, à la vitrine épaissie, jusqu’à des moyens d’alerte… Effectivement, il pourrait y avoir, à l’avenir, des demandes plus fermes : que les rideaux soient scellés au sol, des plots anti-voiture-bélier dans certains cas… Mais tous ces équipements restent des retardateurs : quand on arrive à plusieurs dizaines, on peut rentrer dans un commerce, c‘est juste une affaire de minutes.

     

     

    53 %

    C’est la hausse, en 2017, du nombre de cambriolages de locaux industriels et commerciaux à Nouméa. L’augmentation serait de 22 % sur le reste du territoire. En revanche, les cambriolages d’habitations sont, eux, en baisse.

     

    Repères

    Une marche citoyenne jeudi 8 mars

    « Les commerçants sont à bout ». C’est le message du syndicat des commerçants, des importateurs et distributeurs (SIDNC) et des stations-service (GPGSSNC) qui demandent « une réponse à la hauteur des faits, une tolérance zéro ! ». Une marche citoyenne doit partir ce jeudi 8 mars à 8 heures du monument américain, à Nouméa, direction le haussariat. Les organisateurs demandent aux participants de « baisser leur rideau », de « mobiliser leurs salariés » ou « d’être habillé en noir ».

     

    LE BTP aussi concerné

    La Fédération calédonienne de BTP sera, elle aussi, présente lors de la marche. Dans une enquête interne dont l’envergure n’a pas été précisée, elle a constaté que « 100 % des entreprises qui y ont répondu sont concernées » à raison de « cinq vols et cinq dégradations annuels en moyenne ». Les conséquences, « multiples et coûteuses », vont des retards à la démotivation des salariés.

     

    Canons à brouillard

    Beaucoup de commerçants estiment que les équipements de sécurité devraient être moins chers pour les aider à se protéger. Pour répondre à leurs inquiétudes, le secteur de la protection, de plus en plus dynamique, propose des nouveautés. Récemment, ce sont des canons à brouillard qui opacifient un local en quelques secondes en cas d’intrusion qui ont été proposés à de nombreux commerçants. « On y pense sérieusement » explique-t-on au groupement des gérants de stations-service.

     

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