- Baptiste Gouret | Crée le 01.07.2026 à 05h00 | Mis à jour le 01.07.2026 à 05h00ImprimerLes 54 élus du Congrès se réuniront pour la première séance de la mandature vendredi 10 juillet. Photo Archives Anne-Claire PophillatLes Calédoniens ont élu les 76 représentants des trois provinces, dimanche 28 juin, point de départ du renouvellement des institutions du pays. Assemblées de province, installation du Congrès, nomination du gouvernement... Le point sur les prochaines échéances, qui vont dessiner les nouveaux équilibres politiques.
Un marathon institutionnel débute. Le scrutin provincial organisé dimanche 28 juin a livré ses résultats, mais l’élection des 76 conseillers des assemblées de province ne constitue que le point de départ du renouvellement des institutions.
Installation des assemblées de province
Première étape : l’installation des trois assemblées de province. Dans le Sud, le Nord et les Îles, elles se tiendront le même jour, à savoir vendredi 3 juillet, et permettront aux nouveaux élus de désigner ceux qui composeront l’exécutif provincial (un président et trois vice-présidents). Chaque groupe politique pourra présenter ses candidats. L’élection aura lieu à bulletin secret. Pour être élu, un candidat doit obtenir la majorité absolue. Si aucun candidat ne l’obtient lors des deux premiers tours, un troisième tour est organisé à la majorité relative. En cas d’égalité, la personne la plus âgée est élue.
En province Sud, il n’y aura pas de suspense : avec 28 sièges sur 40, la liste "Forts et Unis" des Loyalistes et du Rassemblement dispose de la majorité absolue et va reconduire Sonia Backès dans ses fonctions. Reste à voir qui sera proposé par la coalition pour les trois sièges de vice-présidents.
La province Nord présente davantage d’enjeux. La liste de Pascal Sawa, arrivée en tête, dispose de dix sièges, devant celle de Paul Néaoutyine (neuf sièges). Les trois élus loyalistes de la liste "Agissons pour le Nord" pourraient donc jouer les faiseurs de rois.
Dans les Îles, la présidence se décidera entre Omayra Naisseline, candidate de la Dynamique autochtone, et son frère, Mickaël Forrest, à la tête d’une liste Union calédonienne. Les deux élus, affiliés au FLNKS, ont décroché six sièges chacun, le Palika a obtenu les deux restants.
Le Congrès réuni le 10 juillet
Une semaine plus tard, 54 des 76 élus provinciaux feront leur entrée au Congrès. Dans le détail, les sièges se répartissent de la sorte : 32 issus de l’assemblée province Sud, 15 de l’assemblée de province Nord et sept de celle des Îles.
Cette première séance sera consacrée à l’élection du bureau de l’institution, et notamment de son président. Un minimum de trois cinquièmes des membres devront être présents. L’élection du président se tient, elle aussi, à bulletin secret à la majorité absolue des membres, ou à la majorité relative si celle-ci n’est pas acquise lors des deux premiers tours. Les autres membres du bureau sont élus au scrutin de liste à la représentation proportionnelle, suivant la règle de la plus forte moyenne.
Rôle majeur dans le fonctionnement institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, la présidence du Congrès devrait être particulièrement convoitée. En 2019, Roch Wamytan l’avait obtenue grâce aux voix des indépendantistes additionnées à celles de l’Éveil océanien. Le parti centriste, dont une des représentantes, Veylma Falaeo, occupe le perchoir depuis 2024, devrait retrouver son rôle d’arbitre avec ses quatre élus, autant de voix nécessaires pour constituer une majorité, que ce soit avec les indépendantistes (26 sièges tous confondus) ou les non-indépendantistes (24 sièges).
Vingt et un jours pour nommer un gouvernement
La dernière étape du processus est celle de la nomination, par les élus du Congrès, d’un gouvernement, en l’occurrence le 19e depuis la signature de l’accord de Nouméa. Le nombre de ses membres, qui doit être compris entre 5 et 11, sera fixé par délibération du Congrès. Les listes de candidats seront présentées par les groupes politiques du Congrès. L’élection se déroule à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne. C’est ce qui entraîne la collégialité du gouvernement.
Conformément à la loi organique, la désignation du nouvel exécutif doit avoir lieu dans les 21 jours qui suivent la première séance du Congrès. Cela laisse aux formations politiques jusqu’au 31 juillet pour mener leurs tractations. En attendant, l’actuel exécutif sera chargé d’expédier les affaires courantes. Une fois les nouveaux membres désignés, ils disposeront de cinq jours pour se mettre d’accord sur le nom d’un président et d’un vice-président.
Une reprise des discussions dès le mois d’août ?
Quelques jours après l’annonce de l’organisation des élections provinciales, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait dit souhaiter une reprise des discussions sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie "dès juillet". "Rien ne serait pire que de laisser dériver le dossier, voire qu’il s’invite brutalement au cœur d’une campagne nationale", avait-il ajouté, en référence à la présidentielle de 2027.
Si ce calendrier paraît intenable, au vu du délai nécessaire au renouvellement des institutions, Matignon conserve l’idée de réunir rapidement les forces politiques calédoniennes. Reste à voir qui sera convié. Les équilibres politiques ont été quelque peu bousculés, notamment avec la disparition de Calédonie ensemble. La poussée loyaliste ou le déclin de l’UNI seront-ils pris en compte ?
Outre les nouveaux rapports de force, la volonté de chaque formation de négocier reste à évaluer. À la suite de l’adoption, par le Parlement français, de l’élargissement du corps électoral aux natifs, le député Nicolas Metzdorf, agacé par le rejet de l’amendement visant à intégrer les conjoints de citoyens calédoniens, avait affirmé que "les non-indépendantistes attendront 2027 pour reprendre les négociations". Plus récemment, dans une interview accordée aux Nouvelles calédoniennes avant les élections, le 19 juin, Sonia Backès affirmait qu’elle participerait bien aux discussions, sans toutefois voir "comment on arriverait à trouver une solution avant les élections présidentielles et législatives de 2027. Mais on se pliera à l’exercice."
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