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    Nouvelle Calédonie
  • L Calédonie / Frédérique de Jode | Crée le 09.08.2026 à 08h00 | Mis à jour le 09.08.2026 à 08h00
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    Pour certains, l'IA est devenue le psy le plus accessible du monde, disponible 24h/24. "Mais, à ce jour, l'IA ne peut pas remplacer totalement l'expertise d'un psy et encore moins être un substitut d'un psychothérapeute", précise Grégoire Thibouville, psychologue clinicien. Photo L Calédonie
    Difficultés dans la vie, rupture amoureuse, angoisses, dépression, les intelligences artificielles sont devenues les nouveaux psy qui écoutent, rassurent, conseillent. Mais attention aux limites et aux dangers de ce soutien dont les utilisateurs peuvent devenir addicts. Un article de notre partenaire le magazine L Calédonie.

    "Je n’ai pas de problème à parler à ChatGPT, car j’ai l’impression que cela peut m’aider à comprendre ce que je ressens, et je n’ai aucune honte à lui dire des choses. En fait, je lui ai dit plus de choses qu’à quiconque, c’est tellement plus facile que de regarder quelqu’un dans les yeux", exprime Léa. Comme bien d’autres personnes, chercher un conseil et un soutien auprès de l’intelligence artificielle pour surmonter des difficultés, une rupture, palier des crises d’angoisse, se décharger d’une partie de sa charge mentale ou évoquer ses états d’âme est une démarche de plus en plus fréquente.

    En avril 2025, une étude conduite par l’université d’Harvard a révélé que le soutien psychologique est le tout premier usage de ChatGPT. Est-ce que ce phénomène est devenu la normalité ? "Je ne pense pas que nous pouvons déjà parler de normalité, mais d’un phénomène nouveau face au vide social, appuie Grégoire Thibouville, psychologue clinicien et docteur en psychologie, installé à Nouméa. Nous sommes dans un monde contemporain connecté, voire hyperconnecté, qui est dans l’immédiateté, l’instantané. Avec l’explosion des troubles anxieux et dépressifs post-Covid chez les jeunes et un système public de santé mentale en faillite, l’IA peut devenir un interlocuteur à portée de main, et par conséquent, disponible, interactif et répondant immédiatement."

    Une disponibilité à toute heure

    Les utilisateurs réguliers d’une IA évoquent l’écoute, la solitude, la facilité d’accès, la gratuité, la rapidité, l’absence de jugement. "Ce sont des facteurs importants. Contrairement au psychologue, l’IA est disponible à tout moment, 24 heures/24 et 7 jours/7, pour un coût quasi nul. Dans une société calédonienne de plus en plus marquée par l’isolement et le désert de psychologues dans certaines régions, l’IA peut devenir très attractive", précise Grégoire Thibouville. Attractive et dans l’empathie soulignent souvent les utilisateurs, arguant même plus empathique qu’un spécialiste qui aurait un comportement plus distant. Les chatbots seraient-ils alors plus dans l’empathie qu’un psychologue ? "Attention, cela peut être trompeur, insiste Grégoire Thibouville. L’IA simule une empathie linguistique, mais elle ne ressent rien. De fait, un psychologue humain n’est pas une machine qui est infatigable. Son empathie n’est pas seulement verbale comme l’IA, mais elle est aussi corporelle, relationnelle et transférentielle. "

    Des dangers

    Avoir recours à une IA régulièrement n’est pas sans danger. Le risque est de nouer une relation émotionnelle forte, d’oublier que l’on s’adresse à une machine, et finalement de s’isoler en passant énormément de temps à échanger avec une IA. Plus dramatique. On pense au suicide d’Adam Raine, en avril 2025. Cet adolescent américain, âgé de 16 ans, a passé plusieurs mois à discuter avec ChatGPT, qui a nourri sa psychose et l’a encouragé dans son passage à l’acte en l’aidant à trouver la meilleure façon de mettre fin à ses jours. "Il y a évidemment des risques, surtout chez les sujets les plus vulnérables psychologiquement. On retrouve l’illusion d’une relation avec un objet conversationnel qui apporte des réponses inadaptées, voire erronées. Les IA sont limitées dans leur soutien. Elles ne peuvent pas hospitaliser, alerter la famille ou des proches. Elles ne peuvent pas diagnostiquer et détecter des troubles psychopathologiques ainsi que gérer une crise suicidaire", souligne Grégoire Thibouville, qui ajoute, "elles rencontrent des limites : superficialité clinique, incapacité de gérer des cas complexes et les questions de responsabilité, d’éthique et de déontologie."

    Par ailleurs, les IA n’ont aucun contexte lié à l’individu en face d’elles, aucune connaissance de leur psyché, de leur fragilité, de leur besoin. Elles peuvent ainsi vous indiquer quelque chose de néfaste pour vous par méconnaissance de l’être humain. Elles ne sont pas capables d’identifier et d’interpréter l’émotion d’une personne, les trémolos dans la voix, les larmes, les silences.

    Dépendance vs autonomie

    Autre danger, la dépendance qui va à l’encontre d’un processus thérapeutique. Face à des difficultés, on se transforme, on change son expérience de la situation pour la traverser le moins péniblement possible. Si c’est une situation récurrente, on cherche à éviter de la reproduire. C’est un travail sur soi qui se fait en partie entre les séances auprès d’un psychologue. Un temps de travail important. D’avoir son "psy IA" sous la main va à l’encontre de ce processus. Dès qu’on est en difficulté, on le consulte, ce qui entraîne le contraire de l’autonomie recherchée.

    En cas de mal-être profond, s’appuyer uniquement sur une IA peut retarder également une prise en charge indispensable. Mais finalement, dans le cas d’une démarche thérapeutique, un psy et une IA, utilisée alors comme un simple outil, ne pourraient-ils pas être compatibles ? "Oui, et c’est probablement l’avenir. L’IA peut rester une assistance dans les évaluations cliniques et dans certains types de tests psychotechniques et neuropsychologiques. Mais, à ce jour, l’IA ne peut pas remplacer l’expertise d’un psy et encore moins être un substitut d’un psychothérapeute. Retenons que l’IA reste un outil d’assistance de l’humain et non son remplacement", appuie Grégoire Thibouville.


    Photo de Une - Y-Lan Tuyen / L Calédonie

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