- Anthony Tejero | Crée le 28.06.2026 à 13h33 | Mis à jour le 28.06.2026 à 13h33ImprimerAprès un passage au bureau de vote, direction la mission de Tié pour assister à la messe de 10 heures. Le tout à pied. Photo Anthony TejeroDans le Nord, cinq listes sont en lice en ce jour d’élections provinciales. Dans la commune de Poindimié, de nombreux électeurs marchent sur le bord des routes. La plupart d'entre eux se disent avant tout préoccupés par le système de santé tandis que d’autres craignent une participation en berne à ce scrutin, sur fond de "désintérêt" croissant de la population pour la politique, en particulier depuis la crise insurrectionnelle de 2024. Reportage.
Sac de course dans une main, passeport dans l’autre, ces trois femmes marchent sur le bord de la route, comme tant d’autres en ce dimanche matin d’élection. À Poindimié, faute de véhicule, mieux vaut se lever tôt et s’armer de patience pour avaler les kilomètres sous un soleil de plomb. Après "une bonne demi-heure" à pied pour glisser leur bulletin dans l’urne, direction désormais la mission de Tié pour ne pas manquer la messe prévue à 10 heures. Un effort nécessaire tant ce scrutin est "crucial pour le pays", estime Josiane.
"La province Nord passe trop au second plan"
Cette habitante espère, à travers son vote, "donner du poids" au sein de l’assemblée de province, mais aussi du gouvernement et du Congrès, pour tenter "d’améliorer le quotidien" des habitants du Nord, particulièrement mis à rude épreuve depuis la crise insurrectionnelle, dans ce territoire qui "passe trop souvent au second plan", estime cette trentenaire, pour qui la priorité reste avant tout de redresser l’offre de soins sur la côte Est. Et ce, alors que les urgences restent fermées de jour comme de nuit à Poindimié. "C’est triste d’avoir un si bon outil dans notre commune, mais qui reste vide. Aujourd’hui, on est obligés d’aller à Koné, donc je pense qu’il faut se centrer sur l’essentiel en se focalisant sur le sujet."

En début de matinée, il n’y avait pas foule au bureau de vote de la tribu de Tié. Photo Anthony TejeroUn discours qui revient chez la majorité des électeurs rencontrés ce dimanche matin. "La santé, c’est la priorité numéro 1. Peu importe qui sera élu, il faudra que tous nos politiques, de toutes nos institutions travaillent ensemble sur ce problème pour trouver des solutions", analyse Paul Poamedydou, le chef de la tribu de Tiwaka, qui craint une faible mobilisation dans les bureaux de vote. "Je ne suis vraiment pas sûr qu’il y ait du monde aujourd’hui. Les violences qu’on a connues en 2024 ont éloigné encore plus les électeurs de la politique. Je sens qu’ils s’en désintéressent de plus en plus et que les divisions qu’il peut y avoir entre certains mouvements et partis y contribuent également. Il y a une perte de confiance aujourd’hui. On l’entend bien quand on discute avec les gens."

Paul Poamedydoue, le chef de Tiwaka (à gauche) estime que son travail "n’est pas la politique", bien qu’il espère que "les gens viendront voter". Photo Anthony TejeroEt lorsqu’ils se rendent aux urnes, certains ne cachent pas le faire sans grande conviction personnelle. "On vient juste parce qu’on nous dit d’aller voter, donc je le fais plus par habitude. Du coup, je sais à l’avance quel candidat je vais choisir", confie Irénée, 74 ans, habitant du village.
"Je ne connais pas les candidats"
Également en route pour la mairie de Poindimié, Ethan, 20 ans, va exprimer sa voix pour la première fois. Mais sur place, il improvisera pour un scrutin aux enjeux qui le dépassent clairement. "Je ne suis pas sûr de comprendre ce que c’est cette élection. Je ne connais pas vraiment les candidats. C’est pour les maires ou autre chose ? s’interroge le jeune homme, qui fera son choix "en regardant les affiches et les papiers" à l’entrée du bureau de vote pour jeter son dévolu sur "celui qui a l’air le plus honnête". Smartphone en main, il concède "ne pas s’informer" et "ne pas s’intéresser du tout à la politique". Pourtant, ce dimanche, il a envie de se rendre dans l’isoloir. "Pour les municipales, je vivais ma vie. Je n’étais pas à Poindimié. Mais aujourd’hui, je suis curieux de voir ce que ça apporte ou pas si je vote. J’ai envie de le faire au moins une fois dans ma vie, raconte-t-il. On ne parle jamais de politique entre amis. On demande juste si on va voter ou pas. Je sais qu’aujourd’hui, il y en a beaucoup qui vont le faire."

À 10 heures, au bureau de vote de la tribu de Tiwaka, 63 votants s’étaient rendus aux urnes sur 324 inscrits. Photo Anthony TejeroLe taux de participation, qui était le plus faible en province Nord en 2019 (soit 64,45 % contre 66,49 % dans le pays) reste donc l’un des principales inconnues de ce scrutin. Selon le haussariat, à midi, ce chiffre était en recul significatif de quatre points, soit 27,3 % (contre 41,32 %).
Note
La rédaction des Nouvelles calédoniennes n’a pas été autorisée à rentrer et à couvrir l’élection dans le bureau de vote de la mairie de Poindimié, sur décision de son président.
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