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  • AFP | Crée le 20.02.2019 à 04h30 | Mis à jour le 20.02.2019 à 09h41
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    Caster Semenya est considérée par certains comme « un mâle biologique ». Photo AFP
    ATHLÉTISME. La double championne olympique Caster Semenya est, depuis hier, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour faire invalider un règlement imposant aux athlètes hyperandrogènes de réduire leur taux de testostérone.

    Elle est entrée sans rien dire dans les locaux du TAS, à Lausanne, en faisant le V de la victoire, entamant une semaine qui devrait changer le reste de sa carrière. Et potentiellement l’histoire de son sport.

    La bataille judiciaire et médiatique a commencé dès hier, premier jour des audiences. En cause, le règlement mis en place par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) : il impose aux femmes « hyperandrogènes » de faire baisser avec des médicaments leur taux de testostérone pour participer aux épreuves internationales, sur les distances allant du 400 m au mile (1 609 m).

    « Aujourd’hui est un jour très très important » pour l’équité des compétitions, a estimé le patron de l’athlétisme Sebastian Coe, flanqué de deux avocats, avant d’entrer dans le TAS. « La valeur fondamentale de l’IAAF est la promotion des jeunes filles et des femmes en athlétisme et c’est ce que nous venons défendre ici. Les règlements que nous introduisons sont là pour protéger le caractère sacré d’une concurrence loyale et ouverte. »

    De son côté, Semenya, triple championne du monde (2009, 2011, 2017) et double championne olympique du 800 m (2012, 2016), assure être « incontestablement une femme ». Soutenue par la Fédération sud-africaine, elle dénonce ces règles, destinées selon elle, à la « ralentir ».

    Réponse en mars

    « Elle demande à être respectée et traitée comme n’importe quel autre athlète », ont d’ailleurs souligné ses avocats la semaine dernière. « Son don génétique devrait être célébré, pas faire l’objet de discrimination. »

    L’audience doit durer cinq jours pour se terminer samedi, « un processus assez long pour le TAS », selon Matthieu Reeb, le secrétaire général du tribunal suprême en matière de sport. « Nous espérons pouvoir rendre une décision finale avant la fin du mois de mars », a-t-il ajouté.

    « Ce n’est pas un cas sans précédent, nous avons eu le cas de Dutee Chand (sprinteuse indienne, privée de compétition en 2015 en raison d’un taux de testostérone trop élevé, ndlr), qui s’est terminé l’année dernière suite à la décision de la Fédération internationale d’athlétisme de changer son règlement », a expliqué Reeb.

    « Violation grossière »

    « C’est une affaire spéciale qui implique beaucoup de preuves scientifiques. C’est inhabituel. Ce qu’il va se passer, je ne suis pas capable de le dire mais, à coup sûr, ce sera important. L’objectif est vraiment de rendre une décision avant les Championnats du monde (qui se dérouleront du 29 septembre au 6 octobre, à Doha). »

    La Sud-Africaine n’est pas la seule athlète qui pourrait être affectée : les médaillées de bronze et d’argent sur 800 m aux JO de Rio en 2016, Francine Niyonsaba (Burundi) et Margaret Wambui (Kenya), ont également été confrontées à des questions sur leur taux de testostérone.

    « Ce qui est en jeu ici n’est rien moins que le droit de chacun à faire du sport. Le corps des femmes, leur bien-être, leur capacité à gagner leur vie, leur vie privée, leur sentiment d’appartenir au monde est remis en question », a expliqué la ministre sud-africaine des Sports Tokozile Xasa, qui soutient la plainte déposée par l’athlète. « C’est une violation grossière des normes internationales en matière de droits de l’Homme. »

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