- Aurélia Dumté | Crée le 28.07.2026 à 05h00 | Mis à jour le 28.07.2026 à 05h00ImprimerDes habitants du quartier d’en face, devant l’ancienne briqueterie. Tous ont dans leur maison, dans leur jardin des briques issues de ce four. Photo Aurélia DumtéConstruite à la fin des années 1870 pour fabriquer les briques destinées à construire les bâtiments du bagne, la première briqueterie de Nouville sort de l’oubli grâce à un chantier de débroussaillage mené en partenariat avec la province Sud et l’association de quartier Les Alizés. L’occasion de remettre en lumière un patrimoine aussi discret que chargé d’histoire, à visiter à l’occasion du Mois du patrimoine, en septembre. Reportage.
La presqu’île de Nouville n’a pas fini de révéler ses vestiges patrimoniaux liés au bagne. Si l’Association témoignage d’un passé (Atup) possède une photographie assez précise de la disposition des lieux à l’époque de l’administration pénitentiaire, tous les bâtiments n’ont pas survécu au passage du temps. Lundi 27 juillet, un chantier de nettoyage de la première briqueterie du bagne a débuté, en vue du Mois du patrimoine, en septembre.

Le four de l’ancienne briqueterie, bâtie vers 1880, pouvait cuire environ 600 briques par jour. En 1885, un registre note que 220 000 briques ont été produites sur une année. Photo Aurélia Dumté"C’est la première fois depuis au moins trente ans que ce site est nettoyé, donc c’est très important pour nous. Nous cherchons toujours à valoriser le patrimoine calédonien. Ce sont de vieilles pierres, mais il y a des gens qui ont souffert ici, qui sont certainement morts en travaillant dans cette briqueterie. C’est un peu l’hommage que nous rendons à tous ces anciens", introduit Yves Mermoud, président de l’Atup, Association Témoignage d’un passé, à l’initiative du projet. Il a ensuite conté l’histoire du lieu, ou tout du moins celle que permettent de retracer les rares documents existants, au petit groupe présent pour l’opération de nettoyage.

Jacques, bénévole de l’Association témoignage d’un passé, tient une des deux seules photos de la briqueterie alors encore debout et en fonctionnement. Photo Aurélia DumtéCuites pendant trois jours
"Les premiers transportés sont arrivés ici en 1864. Il n’y avait rien, aucun édifice sur l’île. Deux ou trois petits bâtiments appartenant à James Paddon, mais c’est tout, poursuit Yves Mermoud. Il a fallu tout construire. L’administration pénitentiaire a donc fait venir des bagnards de France en fonction de leurs compétences : maçons, terrassiers, forgerons, tailleurs de pierre, briquetiers… Pour construire ces bâtiments, il fallait des pierres. Ils ont ouvert des carrières, d’où ils extrayaient notamment de la silice, cette pierre mauve, typique de Nouville", narre le spécialiste.

Yves Mermoud, président de l’Association témoignage d’un passé, tient une brique estampillée Mallen, importée d’Europe. Photo Aurélia Dumté"Mais pour améliorer les constructions, il fallait des briques. Dans un premier temps, des milliers de briques et de tuiles ont été importées de France. Au bout d’un certain temps, ils se sont dit que ce serait peut-être bien de les fabriquer ici, pour éviter d’avoir à faire venir tous ces matériaux." La briqueterie a été bâtie vers 1878. "La terre était prise à proximité, puis les briques étaient cuites pendant trois jours avant d’être mises à sécher juste à côté." C’était probablement la plus importante de l’époque, "mais il y en avait partout, comme à Koé, à Dumbéa".

Différentes briques de la fin du XIXe siècle, certaines sont importées de France, d’autres sortent des fours de la briqueterie de Koé, d’autres encore de celle de Nouville. Photo Aurélia DumtéIntégrer les habitants du quartier
Ce chantier de nettoyage et de mise au jour de ces vestiges est mené avec l’accord du gouvernement, propriétaire du terrain, de la province Sud, qui a mis à disposition le matériel et la main-d’œuvre, et de l’association du quartier, Les Alizés, dont certains membres étaient présents pour participer au nettoyage. "Je savais qu’il y avait quelque chose ici, mais je ne m’y étais jamais vraiment intéressé, commence Kabon Naxue, président de l’association Les Alizés, installé dans le quartier depuis 1973.

Kabon Naxue, président de l’association de quartier Les Alizés. Photo Aurélia Dumté"Nous nous sommes rapprochés d’Yves Mermoud, car cela permet de proposer aux jeunes une activité rémunérée, avec une occupation qui a du sens, qui permet de mieux comprendre l’histoire de leur quartier, le tout dans une dynamique d’appropriation des lieux et de leur histoire", détaille Kabon Naxue.
Ce chantier est organisé afin de préparer le Mois du patrimoine, organisé en septembre. Il fait partie d’une série de trois projets portés par l’Association témoignage d’un passé et la province Sud dans cette zone. "Le projet est encore en instruction, mais il est prévu de tracer un sentier jusqu’au sommet du mont voisin. Des pistes existent déjà, datant du bagne, puis de la période américaine. Il faut simplement les nettoyer", souligne Yves Mermoud, qui se projette déjà un peu plus loin, en rêvant de nettoyer la maison du gardien des Jardins, située en face de la briqueterie.

Le chantier de nettoyage du site a commencé le lundi 27 juillet, avec des gens du quartier et des équipes de la province Sud. Photo Aurélia DumtéLes deux premiers chantiers, eux, devraient être terminés pour le 5 septembre, date à laquelle une randonnée à vélo le matin, puis une randonnée pédestre l’après-midi seront organisées afin de découvrir ces vestiges désormais accessibles tout en offrant une vue générale de la presqu’île de Nouville et de son patrimoine.
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