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    Nouvelle Calédonie
  • Anne-Claire Pophillat | Crée le 11.09.2026 à 19h22 | Mis à jour le 11.09.2026 à 19h23
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    Élise desmazures, directrice de l’Isee, Fabrice Dufresne, directeur de l’IEOM, et Myriam Hammami, directrice de l’AFD, ont présenté la situation économique de la Nouvelle-Calédonie en 2025, lors de la conférence de presse, ce vendredi 11 septembre. Photo Anne-Claire Pophillat
    Le produit intérieur brut, après avoir fortement chuté en 2024 (-13,5 %), augmente légèrement en 2025 (+0,7 %). La situation économique reste certes dégradée, mais l’activité connaît un léger frémissement, qui semble se confirmer depuis le début de l’année, notent l’Isee, l’IEOM et l’AFD, lors d’une conférence de presse ce vendredi 11 septembre. Explications.

    "L’activité sort de son point bas de 2024, mais on n’a pas observé de dynamique d’entraînement", résume Élise Desmazures, directrice de l’Isee, Institut de la statistique et des études économiques. Le constat est dressé lors de la présentation des Comptes économiques rapides pour l’Outre-mer (Cerom) 2025, ce vendredi 11 septembre. Un exercice effectué chaque année par les partenaires, Isee, AFD (Agence française de développement) et IEOM (Institution d’émission d’Outre-mer), visant à calculer les estimations des PIB et des principaux indicateurs de l’économie – des chiffres qui ne sont pas encore définitifs.

    +0,7 % de PIB en 2025 : une légère reprise

    L’année 2024 a été marquée par une chute inédite du produit intérieur brut de l’ordre de 13,5 %, à la suite des émeutes. S’il n’y a pas eu de rebond en 2025, indique Élise Desmazures, le PIB augmente néanmoins de 0,7 %, preuve d’un frémissement. "C’est plutôt un bon résultat, mais après un choc aussi fort, on aurait pu espérer une hausse un peu plus importante."


    Parmi les indicateurs étudiés, celui du PIB, qui s’établit à 915 milliards de francs, et à 3,5 millions par habitant. Avant 2024, "le PIB était déjà sur une pente plutôt descendante, malgré un mieux en 2023", note Élise Desmazures. Infographie Cerom

    La croissance a été soutenue par le commerce extérieur, marqué par l’augmentation en volume des exportations (+ 13 %). En revanche, les importations ont diminué, ce qui "traduit le niveau d’activité relativement bas de l’économie".

    L’emploi salarié ne décolle pas

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 13 200 emplois salariés ont été perdus en deux ans. Certes, la baisse s’interrompt en cours d’année, mais "on est loin des niveaux qu’on a connu auparavant", note Élise Desmazures. Les secteurs les plus touchés sont l’industrie, en lien avec la fermeture de KNS, et la construction. "Si la dégradation date de plusieurs années, elle s’est renforcée avec les émeutes."

    Le public, qui compte 21 230 employés en moyenne, connaît une baisse de 4 % sur un an.


    Si la baisse de l’emploi salarié s’interrompt en cours d’année 2025, il reste à niveau "historiquement" bas. Infographie Cerom

    Maintien de la consommation, baisse des revenus

    Dans un contexte avec une inflation "contenue" (+1 %), considère le Cerom, la consommation des ménages s’avère quasi stable, avec -0,1 %, contre -7 % en 2024.

    La directrice de l’Isee relève cependant que l’inflation, depuis 2023, pèse davantage sur les foyers les plus modestes, "qui ont souffert, en 2025, de l’augmentation de l’alimentation et des prix de l’électricité", commente Élise Desmazures, pointant le fait "qu’une partie de plus en plus importante de la population est en difficulté. Les revenus sont globalement inférieurs, avec ceux qui ont perdu leur travail et n’ont plus droit au chômage, ceux qui ont été mis à temps partiel, ou encore certains entrepreneurs individuels et chefs d’entreprise dont les ressources diminuent."


    La consommation tient (-0,1 %). L'inflation, maîtrisée à +1 %, est ressentie par les foyers modestes comme si elle était de 2 %. Infographie Cerom

    Autre effet sur la consommation : le recul démographique, alors que le recensement a montré, l’an dernier, que pour "la première fois depuis 1946, la population de la Nouvelle-Calédonie baissait entre deux recensements".

    L’investissement toujours à la peine

    "Il s’agit du principal frein au retour de la croissance", affirme le Cerom. D’autant que cela fait maintenant trois ans que l’investissement est en berne, depuis 2023. Si la chute est moins importante en 2025 qu’en 2024 (-12,5 % contre -24,3 %), elle reste tout de même particulièrement marquée. Cela touche autant les investissements des particuliers que des entreprises. La production de crédits, ainsi que leur encourt, baisse également.

    Seules, les ventes et acquisitions de logements par les particuliers repartent timidement (+ 21 % d’achats de logements, après -70 % en 2024).

    Les entreprises, elles, n’ont toujours pas retrouvé la confiance en 2025, souligne Fabrice Dufresnes, directeur de l’IEOM, "au regard notamment de l’incertitude sur l’avenir institutionnel", freinant leur décision d’investissement.


    L’investissement, en baisse depuis 2023, s’il est moins dégradé qu’en 2024, peine à reprendre, entravant la reprise de l’activité. Infographie Cerom

    Le déficit du commerce extérieur se réduit

    Et cela en raison de la contraction des importations (-11 %), notamment des biens d’équipement et moyens de transport (-25,9 %) et des combustibles (-26,4 %), avec le ralentissement métallurgique.

    Les exportations, si elles augmentent en volume, perdent en valeur (-2,2 %), à cause notamment de la baisse des cours du nickel.

    "Le commerce extérieur est donc toujours quelque part dicté par le nickel, qui représente plus de 90 % des exportations, et les importations aussi, qui se font en fonction de son activité", analyse Élise Desmazures.

    Nickel : "un poids historiquement bas" dans l'économie

    D’un côté, la production de ferronickel faiblit (-3,6 %). De l’autre, celle de NHC croît (+ 128 %). Les exportations de ferronickel sont également à la peine (-31 %).

    En termes de valeur, le chiffre d’affaires du secteur s’est érodé, à la suite de la dévalorisation des cours, mais aussi de l’augmentation des coûts en interne, en particulier s’agissant du soufre, qui représente un intrant essentiel au procédé utilisé par Prony. Par conséquent, "le nickel retrouve un poids historiquement bas dans la richesse créée".


    Le poids du nickel dans l’économie calédonienne est à un de ses plus bas niveaux, à 3,4 %. Infographie Cerom

    Par conséquent, le poids des services, y compris les administrations, augmente dans l’économie (66 %). Le commerce contribue à hauteur de 11 % (mais compte 5,6 % de salariés en moins), le BTP est à 9 % (alors qu’il était à 11 % il y a quelques années), tout comme l’industrie. L’agriculture, à 2 %, est stable. "Ce sont les administrations qui ont permis de stabiliser une partie de la valeur ajoutée."

    Quant au tourisme, s’il remonte, il demeure "très inférieur à son niveau d’avant-crise", avec -53 % de fréquentation touristique par rapport à 2023.

    2026 : "un moral des chefs d’entreprise globalement favorable"

    C’est un des principaux éléments cette année. Le redressement "assez significatif", juge Fabrice Dufresnes, de l’indicateur du climat des affaires (ICA), "qui donne un moral des chefs d’entreprise globalement favorable". Environ 200 ont été interrogés entre juillet et fin août, après les élections provinciales. Le directeur de l’IEOM y voit, entre autres, "l’effet du pacte de gouvernance qui a été signé entre les deux groupes non-indépendantistes et l’Éveil océanien".


    L’indicateur du climat des affaires, qui mesure la confiance des entrepreneurs, ne cesse de progresser et dépasse, au deuxième trimestre 2026, sa moyenne de longue période pour la première fois en deux ans. Infographie Cerom

    La production de crédits bancaires peine encore à décoller, progressant très légèrement, mais les autres indicateurs disponibles pour comparer le premier semestre 2026 au premier de 2025 sont plutôt encourageants : +1,2 % pour l’emploi salarié, entre +1 % et +2 % pour la TGC, +11 % de créations d’entreprises et -2 % de cessations, +4 % de production de métal et +40 % d’arrivées de touristes.

    Ainsi, conclut positivement Élise Desmazures, "on est en droit d’espérer le retour de la confiance et une sortie de crise pour l’année prochaine".

    "Les aides de l’État ont joué un rôle d’amortisseur"

    Myriam Hammami, directrice de l’Agence française de développement (AFD) en Nouvelle-Calédonie, l’a rappelé lors de la conférence de presse du Cerom, ce vendredi 11 septembre : "Sans le soutien de l’État, la situation aurait pu être encore pire que celle qu’on connaît aujourd’hui." Selon la responsable, la population reste durablement fragilisée, ce qui doit inciter à "être attentif au contexte social". Et si les aides "ont joué un rôle d’amortisseur", il n’en reste pas moins qu’un climat "d’incertitude" règne, et qu’un des premiers enjeux, selon Myriam Hammami, consiste à "regagner la confiance des investisseurs".

    Les principaux chiffres de l’engagement de l’État en 2025 représentant 12 milliards de francs en faveur de la reconstruction des bâtiments et infrastructures et 95 milliards de prêts garantis pour le public. Le secteur privé a, lui, pu compter sur un appui via le prêt Sogefom – un fonds qui apporte des garanties à des emprunts que les banques accordent aux très petites, petites et moyennes entreprises. Près de 1 600 structures en ont bénéficié pour un montant de 15 milliards de francs.

    Paris poursuit son accompagnement en 2026 à hauteur de 51 milliards de francs, dont 44 milliards de prêt garanti et 7 milliards de subventions. Plus d’un milliard de francs supplémentaires pourraient être octroyés afin de passer l’année. Un des résultats de la mission transpartisane obtenu à la suite de son déplacement dans la capitale française la semaine dernière. Par ailleurs, dans le cadre du plan de relance, un des piliers du pacte de refondation signé en début d’année, "104 opérations ont été soutenues pour 17 milliards de francs à ce jour". Enfin, a indiqué Myriam Hammami, le dispositif Sogefom va continuer au moins jusqu’en décembre.

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