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    Enseignement
  • Propos recueillis par Anne-Claire Pophillat | Crée le 16.02.2026 à 05h00 | Mis à jour le 16.02.2026 à 05h00
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    Boulari, Kaméré, Normandie, Auteuil : de nombreux travaux de rénovation sont menés dans les collèges cette année, indique Gil Brial, 2e vice-président de la province Sud en charge de l’enseignement. Photo A.-C.P.
    La cloche sonne, ce lundi 16 février, l’heure pour les 16 665 élèves en maternelle et primaire de la province Sud, de retourner sur les bancs de l’école. Un effectif en baisse depuis plusieurs années, qui a conduit à la fermeture de 10 classes. Le point sur cette rentrée 2026 avec Gil Brial, 2e vice-président de la province Sud en charge de l’enseignement.

    La rentrée 2026 voit les effectifs des écoles maternelles et primaires encore diminuer. De quel ordre est cette baisse et quelles en sont les conséquences ?

    16 665 élèves sont inscrits pour l’instant, soit 435 de moins que l’année dernière. Début 2024, il y en avait 18 400. Et je pense qu’en 2019, on était à 20 000. Il y a une baisse démographique, avec une diminution de la natalité, mais aussi des départs qui existaient déjà après le premier référendum, et qui se sont accentués en 2024 et 2025. La conséquence, c’est que nous fermons 17 classes cette année, surtout sur Nouméa, mais parallèlement, nous en ouvrons 7. On en avait fermé davantage l’année dernière, près d’une vingtaine. Il y a également le phénomène des déplacements des ménages de Nouméa vers le Grand Nouméa depuis plusieurs années, en raison notamment du coût du foncier. Dans les quartiers Sud, la population est vieillissante. On ferme une classe à Yvonne-Dupont et une autre à Fernande-Leriche. En tout, la province Sud compte 91 écoles et 825 classes.

    Que deviennent les enseignants des classes qui ferment ?

    Pour l’instant, on les absorbe dans les brigades volantes de remplaçants, qui interviennent en cas de congés maternité, d’arrêt maladie, etc. On joue également sur les départs à la retraite et les déplacements de personnel. Mais oui, il y a une baisse du nombre d’enseignants. Chaque fois qu’on ferme une classe, on a un enseignant en moins. Et avec l’accélération de la baisse du nombre d’élèves ces deux dernières années, on risque, à un moment donné, de se retrouver avec davantage de sortants de la formation, que de places dans les écoles sur l’ensemble du territoire.

    À Païta, on fait une expérimentation de développement de l’enseignement des langues wallisienne et futunienne.

    Un établissement ne rouvre pas ses portes en 2026, c’est le collège de la Ddec, à Thio. Pourquoi ?

    Il y a trois ans, on a dit : il y a deux collèges d’environ 70 élèves par établissement, pour des capacités d’accueil de 200 jeunes. J’ai proposé à la Ddec de travailler à une mutualisation. L’idée était de conserver le collège privé, mais dans les locaux du public, qui étaient en meilleur état. J’ai donc proposé à la Ddec de leur mettre le bâtiment à disposition. La direction diocésaine a refusé. Après, c’est devenu une situation un peu conflictuelle, il a été décidé de fermer le privé contre l’avis de la Ddec, alors qu’à l’origine, c’était le public qui devait fermer.

    Est-ce qu’il y a des nouveautés dans les écoles cette année ?

    À Païta, on fait une expérimentation, dans le cadre des Langues et cultures océaniennes (LCO), de développement de l’enseignement des langues wallisienne et futunienne. La communauté wallisienne et futunienne est la troisième en nombre en Nouvelle-Calédonie. L’objectif est de s’appuyer sur des associations qui ont de vrais locuteurs formés au niveau pédagogique. On va proposer dans une école, aux parents d’élèves qui le souhaitent, d’inscrire leur enfant dans ce dispositif expérimental, et en fonction du nombre, on le lancera cette année. C’est de l’initiation.

    Est-ce qu’il est prévu de le faire pour d’autres langues, une langue kanak par exemple ?

    On travaille avec une association indonésienne qui donne déjà des cours. On va voir ce qu’on peut proposer et dans quelle école.

    On participe à des expérimentations pédagogiques. Une est actuellement menée dans 20 classes. Elle porte sur une autre façon d’enseigner les mathématiques.

    Les évaluations des élèves à l’entrée en 6e montrent des niveaux assez bas notamment en français et en maths. Que peut faire la province pour améliorer ces résultats ?

    Le programme est de compétence Nouvelle-Calédonie, mais la province peut l’adapter. C’est ce qu’on a fait avec la mise en place du label école océanienne il y a quelques années. L’objectif est de faire rentrer les parents dans l’école en faisant découvrir la culture de l’autre, parce que pour qu’un enfant puisse s’y épanouir, il faut qu’il y ait une implication des parents dans le processus éducatif.

    On participe aussi à des expérimentations pédagogiques. Une est en cours avec le professeur français Johannes Ziegler, membre d’Ampiric, un pôle pilote de formation des enseignants et de recherche pour l’éducation. Elle porte sur une autre façon d’enseigner les mathématiques, avec des logiciels adaptés, etc. C’est mené dans 20 classes. L’objectif est de voir si, à la fin de cette année, il y a une différence de progression en maths entre les élèves qui ont participé à l’expérience et les autres. Si c’est le cas, on généralisera la méthode.

    L’apprentissage de la lecture au CP, c’est aussi Johannes Ziegler qui l’a mis en place. Ça fonctionne très bien et de plus en plus d’enseignants sont demandeurs. Donc, on a signé une convention avec Ampiric.

    On envoie également, avec le dispositif Erasmus +, des enseignants partir dans différents pays d’Europe, pour découvrir d’autres méthodes et outils pédagogiques que ceux utilisés en France afin de les expérimenter ici. Pour les enseignants des écoles bilingues, on remet en place le partenariat avec le Victoria, afin d’envoyer les enseignants pendant plusieurs mois dans des classes en Australie. On essaie de développer ça, parce qu’on voit que notre niveau n’est pas bon et qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.

    Concernant les écoles bilingues, 15 % des effectifs de la province Sud sont dans ce genre d’établissement. Il faut d’abord stabiliser le dispositif, pour ensuite pouvoir le développer. On a signé, également, une convention avec le vice-rectorat, pour augmenter les dispositifs bilingues à partir de la 6e, afin que ceux qui l’ont suivi jusqu’en CM2 puissent le poursuivre dans le secondaire.

    Des travaux sont-ils envisagés cette année dans les établissements, notamment de reconstruction après les émeutes de mai 2024 ?

    Le gros chantier, c’est Boulari. Outre la partie détruite pendant les émeutes, on rénove entièrement le bâtiment et on aménage un internat de la réussite. Le collège reste ouvert pendant l’opération, donc les travaux, qui ont commencé l’année dernière et doivent durer trois ans, seront réalisés par tranche.

    Les autres travaux de reconstruction concernent le collège de Kaméré, Normandie et Auteuil, à des niveaux différents. On n’a pas attendu que l’État verse sa contribution pour lancer les chantiers. Le préau sportif de Tuband a été livré en fin d’année dernière. À Kaméré, une partie des travaux a commencé l’année dernière, mais le gros du chantier est prévu cette année.

    On ouvre un dortoir pour les filles à La Foa, à la suite de la fermeture de l’internat de la Ddec.

    Les aides aux boursiers ont baissé l’année dernière (allocation de rentrée et aide au transport scolaire), ils devaient notamment payer 100 francs de plus par repas. Qu’en est-il cette année ?

    La participation provinciale a été diminuée de 100 francs pour les repas à la cantine l’année dernière, mais cette année, cette baisse se fera moins sentir, parce qu’avec la solidarité républicaine, une remise exceptionnelle de 50 francs par repas sera appliquée, ce qui compense presque pour les boursiers. Et la province a voté jeudi 12 février, l’attribution de bons d’achat de 6 000 francs, qui peuvent être utilisés pour payer la cantine ou pour l’habillement.

    La Ddec a annoncé la fermeture de son internat à La Foa. La province met-elle en place une structure d’accueil pour prendre le relais ?

    On ouvre un dortoir pour les filles à l’internat de la province, ce qui nécessite de recruter deux personnes et d’acheter du mobilier, literies, armoires… Les garçons, eux, seront accueillis dans un dortoir existant où il y a de la place. On travaille avec la mairie sur la question du transport et de sa prise en charge financière.

    Il faut mutualiser les moyens avec la Ddec. Ça ne sert à rien d’avoir des structures parallèles qui sont à moitié vides, et on n’en plus les moyens.

    La question du financement de la Ddec se pose depuis des années. Quelle est la solution pour la résoudre ?

    Il y a plusieurs leviers. Une délibération, votée en novembre 2023, établissait qui devait financer quoi, mais sans obliger. Le premier problème, c’est que les communes veulent bien payer pour le public, mais pas pour le privé, ce qui cause une problématique de trésorerie à la Ddec, parce qu’il y a des recettes qu’elle ne perçoit pas. Ensuite, la Ddec dit : les taux de compensation sont trop faibles. Isabelle Champmoreau, en charge de l’enseignement au gouvernement, s’est engagée à faire une étude sur les taux. Donc il y a deux problèmes : les communes qui ne payent pas, et un coût que la Ddec n’estime pas le bon et qu’il faut retravailler.

    Après, il y a un problème structurel lié à la baisse des effectifs. La Ddec aurait dû diminuer le nombre d’enseignants et d’encadrants au fur et à mesure, ce qu’elle n’a pas fait. Du coup, elle se retrouve à faire d’un seul coup ce qu’elle aurait dû faire depuis plusieurs années avec le plan de licenciements.

    D’autre part, un audit est en train d’être réalisé à la demande du gouvernement, mais la Ddec traîne à donner tous les documents. Or, de l’audit dépend un financement de la Nouvelle-Calédonie.

    La Ddec a aussi un problème de recouvrement avec des impayés. Tout ça mélangé fait que nous devons faire des efforts, mais la Ddec également. Enfin, il faut réfléchir à la carte scolaire. Ce qu’on a fait à Thio doit être fait ailleurs. Aux îles, il y a des endroits où il y a trois collèges, deux privés et un public, et il n’y a pas assez d’élèves pour ça. Ce n’est pas forcément le privé qui doit fermer, cela peut être le public, mais il faut mutualiser, ça ne sert à rien d’avoir des structures parallèles qui sont à moitié vides, et on n’en plus les moyens.

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