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    Nouvelle Calédonie
  • Julien Mazzoni | Crée le 20.08.2026 à 05h00 | Mis à jour le 20.08.2026 à 05h00
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    Des gendarmes lors d’une opération de surveillance au Mont-Dore, le 10 août. Environ 1 650 à 1 750 policiers et gendarmes sont actuellement présents en Nouvelle-Calédonie, dont 600 mobiles. Photo Archives LNC / Anne-Claire Pophillat
    Environ 1 650 à 1 750 policiers et gendarmes sont actuellement présents en Nouvelle-Calédonie. C’est nettement plus, rapporté à la population, que la moyenne nationale. Mais 600 d’entre eux sont des gendarmes mobiles, envoyés temporairement pour maintenir l’ordre. La bataille de chiffres qui oppose l’État à plusieurs élus locaux masque une autre question : ces effectifs correspondent-ils aux formes actuelles de la délinquance ?

    La polémique fait rage depuis le départ, début août, de quatre escadrons de gendarmerie mobile et la levée du poste fixe situé au nord de Saint-Louis. Sollicité par le député Nicolas Metzdorf, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a refusé de rétablir le format précédent. Les huit escadrons encore déployés lui paraissent "adaptés à la réalité de la situation sécuritaire". Mais de quels effectifs parle-t-on exactement ?

    Dans un entretien accordé aux Nouvelles calédoniennes le 18 août, le général François Haouchine, commandant de la gendarmerie en Nouvelle-Calédonie, a donné la photographie la plus récente. Il avance les chiffres de plus de 550 gendarmes permanents et environ 600 mobiles, soit entre 1 100 et 1 200 militaires.

    Pour la police nationale, les données disponibles sont moins précises. Une réponse du ministère de l’Intérieur à une question parlementaire publiée en en août 2025 recensait 566 policiers présents au déclenchement des émeutes, le 13 mai 2024. En mars 2025, lors de la présentation de son plan de lutte contre la délinquance, le haussariat faisait état de 680 agents de police à Nouméa, qui correspondait à un effectif renforcé. Nicolas Metzdorf situe, lui, le socle permanent de policiers autour de 550 agents. Malgré nos demandes, aucun chiffre plus actualisé ne nous a été fourni par les services de l’État.

    Autour de 1 700 agents, mais pas de total officiel

    En ajoutant cet ordre de grandeur aux effectifs annoncés par le général Haouchine, la Nouvelle-Calédonie compterait donc actuellement entre 1 650 et 1 750 policiers et gendarmes. Il s’agit d’une estimation et non d’un total officiel consolidé. Rapportée aux 264 596 habitants recensés en 2025, cette fourchette représente entre 62 et 66 agents pour 10 000 habitants.

    La dernière étude de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) sur le sujet date de 2019. L’institut recensait 34 policiers et gendarmes pour 10 000 habitants en France. Une donnée plus récente du site officiel de l’Union européenne Eurostat avance, quant à elle, le chiffre de 36,1 pour 10 000 en 2022, dernière année renseignée pour la France.

    La comparaison n’est toutefois pas parfaite. Eurostat inclut notamment les policiers municipaux, mais pas les personnels civils chargés du secrétariat ou de tâches administratives, tandis que les chiffres calédoniens englobent, selon les sources, des catégories différentes. L’écart reste néanmoins important. Même en retenant l’estimation basse de 62, la présence de policiers et de gendarmes sur le Caillou apparaît nettement supérieure à la moyenne nationale.

    Environ un tiers de renforts temporaires

    Autre point à nuancer, la comparaison brute masque la composition du dispositif. Sur les quelque 1 700 agents présents en Calédonie, 600 sont des gendarmes mobiles. Ils restent trois mois avant d’être relevés par un autre escadron et peuvent être redéployés ailleurs. Ils représentent donc un peu plus du tiers de l’effectif actuel.

    Le "socle permanent" oscillerait donc autour de 1 100 à 1 200 policiers et gendarmes, soit approximativement 42 à 45 pour 10 000 habitants. Même avec les réserves liées aux différences de méthode, ce niveau demeure supérieur à la moyenne française, même si l’écart est beaucoup moins spectaculaire que lorsque les mobiles sont inclus.

    C’est bien là d’ailleurs que se situe le cœur de la critique émise par Nicolas Metzdorf. "Nous dépendons trop des mobiles, qui peuvent être retirés à tout moment", estime le député, qui réclame, à court terme, le retour aux douze escadrons encore présents en juillet, puis, à plus longue échéance, la création de postes permanents dans la police et la gendarmerie.

    Laurent Nuñez lui oppose la possibilité d’envoyer des renforts en moins de 96 heures. "Quatre jours, à l’échelle d’un embrasement, ce n’est pas un délai de réaction, c’est une fenêtre pendant laquelle on subit", répond Nicolas Metzdorf, en référence à ce qui s’est produit pendant les premières heures de mai 2024.

    De son côté, le général François Haouchine l’assure, "la force en place est suffisante pour faire face à un embrasement". Mais il reconnaît que mobiles et territoriaux ne remplissent pas la même mission. "Un gendarme mobile protège des violences de type urbain […]. Or, la délinquance a changé, donc, à un moment, il faut des enquêteurs, des gendarmes, du contact."

    La délinquance a changé de visage

    Le bilan de la délinquance 2025 recense 1 565 cambriolages, soit 46,7 % de plus qu’en 2023. Les vols de véhicule ont progressé de 5,7 % et les violences sexuelles de 23,2 % en un an. Dans le même temps, selon le haut-commissaire, Jacques Billant, les violences urbaines ont diminué de plus de moitié, pour revenir à leur niveau de 2023.

    Si le risque de nouvelles émeutes n’a pas totalement disparu, la pression quotidienne s’est donc déplacée vers les cambriolages, les vols, les enquêtes judiciaires et les violences commises dans la sphère familiale. Dans ce contexte, six cents mobiles sont-ils toujours nécessaires ? Les brigades disposent-elles d’assez d’enquêteurs ? Les plaintes sont-elles traitées suffisamment rapidement ? Les patrouilles couvrent-elles correctement le Grand Nouméa et la Brousse ?

    Nicolas Metzdorf propose ainsi de faire passer le Mont-Dore et Dumbéa en zone police, afin d’y installer une présence sédentaire, un service de secours permanent et davantage de capacités d’enquête. Mais cette réforme ne créerait pas automatiquement des postes. Le député reconnaît lui-même ne disposer ni d’une étude d’impact ni d’un chiffrage du ministère et demande leur publication.

    Des effectifs nombreux, mais pas forcément au bon endroit

    Sur sa page Linkedin, l’économiste Loïc Steffan a dernièrement comparé les effectifs de 97 départements à seize indicateurs de délinquance.

    Son calcul fait apparaître une relation très faible entre le nombre important d’agents et le niveau de criminalité. L’analyse comporte néanmoins une limite. Basée sur des effectifs datés de 2014 et sur des statistiques de délinquance de 2019 à 2023, elle décrit une tendance générale, mais ne permet pas de déterminer les besoins actuels du Caillou.

    Si les chiffres mettent en avant que la Nouvelle-Calédonie dispose de plus de forces de l’ordre que la moyenne nationale, rien n'indique que le dispositif répond parfaitement aux besoins actuels. La question porterait donc davantage sur leur statut, leur implantation et leurs missions, que sur leur nombre.

    Pour l’heure, la seule évolution chiffrée annoncée concerne la réserve opérationnelle de la gendarmerie. François Haouchine souhaite faire passer ses effectifs de 120 à 250 membres, avant d’orienter certains réservistes vers le statut de gendarme adjoint volontaire. Aucun calendrier précis n’a encore été communiqué.

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