Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 16.03.2019 à 05h17 | Mis à jour le 18.03.2019 à 15h18
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    L'arrivée des lycéens du Lapérouse a donné une toute autre ampleur à la manifestation, hier matin, entre le gouvernement et la province. Photo Cyril Terrien
    Ils étaient entre 500 et 600 jeunes, hier matin, à faire grève pour le climat. Des lycéens, de Nouméa et du Mont-Dore notamment, se sont rassemblés entre le gouvernement et la province Sud où ils ont été reçus par les présidents de chaque institution. Leurs revendications étaient immédiates, mais ils ont été confrontés au discours politique.

    Ils sont jeunes mais leur discours est déjà rodé. La majorité des lycéens qui ont manifesté, hier matin, sous les fenêtres du gouvernement et de la province Sud ne manquaient pas d’arguments afin de justifier leur présence à cette grève pour le climat. Le rassemblement était destiné à dénoncer l’inaction des autorités face à l’urgence climatique. Pour la plupart d’entre eux, il s’agissait de leur première manifestation. Les policiers qui barraient les portes du gouvernement ont ainsi découvert une ambiance bon enfant, pleine de fougue, de cris et de mouvements de foule. Un peu éloigné du traditionnel combo bâches bleues-brochettes-musique tahitienne.
    A l’image des slogans écrits sur leurs pancartes, les paroles de ces jeunes ne manquaient pas d’images parlantes. « On ne va pas trouver une autre planète, il faut donc changer notre modèle », lançait par exemple Nina, 17 ans, élève au lycée Lapérouse, qui assure agir à son échelle pour limiter son impact écologique. 

    Des actes sur des paroles 

    « Même si c’est à notre petit niveau, il faut faire le maximum », affirme aussi Cara, 19 ans, en prépa au Lapérouse, porteuse d’un message assez désespéré sur sa pancarte : « qui expliquera à mes gosses comment notre planète est morte ? » Naïf comme discours ? Pas pour Jaya, 16 ans, lycéenne au Mont-Dore, qui tâche de mettre en œuvre au quotidien ses revendications. « J’essaye de limiter mes déplacements ou de prendre le bus. En venant à Nouméa ce matin, j’ai vu tellement de voitures avec un seul occupant à l’intérieur… »
    Des actes sur des paroles, c’est aussi ce que certaines familles tâchent de mettre en œuvre. « On a acheté des vélos d’occasion à nos enfants pour qu’ils aillent au collège Mariotti, explique Soizic, venue soutenir le mouvement. C’est vrai qu’il fait parfois chaud ou qu’il pleut, mais c’est un premier geste pour la planète et pour leur santé. S’il y avait des pistes cyclables menant à tous les établissements scolaires, ce serait une belle initiative », lance-t-elle. Katy fait elle aussi partie du groupe des parents. Cette habitante de Plum, « impressionnée » par l’ampleur de la mobilisation partage ce combat qui lui semble parfaitement légitime. « La jeunesse bouge, il faut les accompagner à fond ! ».
    Un peu à l’écart, toujours côté adultes, Matthieu Solier, professeur de philosophie au lycée Blaise-Pascal, a évoqué avec ses élèves « ces questions d’actualité qui ne peuvent plus être mises de côté. On a pris le temps de parler et de débattre sur la légitimité de cette mobilisation », indique celui qui est également référent « développement durable » de son établissement. Reste que l’urgence des revendications (lire ci-contre) s’est parfois heurtée à des réalités où la politique fait partie de l’équation. Orama, en première au lycée Jules-Garnier, déplorait par exemple « l’opération de communication sur le dos des jeunes » que représente selon elle le forum JDD (jeunesse et développement durable, une initiative de la province Sud NDLR). « L’an dernier, on a présenté des projets mais finalement, il ne s’est rien passé », estimait-elle. Sarah et Lena, 15 ans toutes les deux au « Lap », sont sorties prématurément de la rencontre avec Philippe Germain, le président du gouvernement. 

    Situation urgente

    « Il ne nous a pas apporté de réponses immédiates mais a parlé de notre avenir, des métiers qu’on allait pouvoir faire plus tard dans les filières durables », expliquaient les jeunes filles dans le hall de l’institution, où Virginie Ruffenach, secrétaire générale du Rassemblement, se tenait en embuscade. Elle distribuait aux jeunes les réponses mises par écrit à leurs revendications par « l’avenir en confiance ». « Il n’a vraiment pas saisi l’ampleur de vos demandes », lâchait-elle, dans une formule fleurant bon la campagne électorale. C’était la seule représentante politique présente hier matin, qui admettait aussi que « l’environnement doit pouvoir dépasser les clivages politiques ».
    Quelques minutes plus tôt, Philippe Germain expliquait à des lycéens qui étaient pour la première fois confrontés au discours politique qu’on « ne pouvait pas appuyer sur un bouton pour changer le monde du jour au lendemain », qu’il fallait composer « avec des contraintes budgétaires » et « qu’en 2030, 100 % de la consommation publique sera issue de l’énergie renouvelable ».
    Des discours alors que les jeunes réclament, eux, des actes. Si après cette matinée, les décideurs politiques n’ont pas compris que la situation était urgente…

    Des réunions en vue entre jeunes et élus

    Une centaine de jeunes ont formulé leurs recommandations à la province Sud. Photo Thierry Perron

    «On met la priorité là où il y a le plus d’argent à se faire. C’est devenu une obsession de nos dirigeants et de nos sociétés. C’est quand même triste de voir qu’on court à notre perte pour ça. » « Vous nous avez dit que le Néobus va rouler avec du diesel car les moteurs électriques sont moins adaptés aux pentes, mais je n’en vois pas beaucoup sur le tracé de la ligne. » « Aujourd’hui, les transports en commun de l’agglomération sont d’une telle nullité que ça pousse les gens à opter pour la voiture. » Devant les institutions, les jeunes de la délégation reçue au gouvernement, puis à la province Sud, n’ont clairement pas mâché leurs mots. Et s’ils ont été entendus et ont pu échanger au pied levé pendant près de trois heures avec Philippe Germain et Philippe Michel, certains participants n’étaient pas dupes. Une si longue écoute à deux mois des échéances électorales, voilà qui peut paraître surprenant. « On sait que les provinciales approchent, rappelle un lycéen à l’auditoire. Or, tout ce qu’on dit aujourd’hui, comment faire en sorte que cela ne tombe pas à plat, une fois les élections terminées ? ». Et l’un de ses voisins de renchérir : « On espère que l’écologie sera un vrai thème de la prochaine campagne ! »

    Vers une loi contre les crèmes solaires ?

    Face à ces inquiétudes, si ce n’est ces critiques en cascade, la province Sud a proposé aux jeunes d’aller plus loin. « Votre initiative témoigne d’une conscience des enjeux qui est capitale pour la société. Je vous félicite pour cette mobilisation, car les mobilisations en matière d’environnement sont rares. Tout le monde a des idées sur le sujet mais quand il s’agit de se mobiliser, globalement, il y a peu de monde, lance Philippe Michel, à la tête de la Maison bleue. Pour autant, une mobilisation une fois, ça ne sert à rien. Pour qu’elle soit suivie d’effets, il faut de la constance dans la durée, un travail et un suivi derrière. Vous avez balayé tout le spectre des problématiques environnementales. Il va falloir s’organiser pour avancer de manière concrète en sachant, qu’en effet, dans deux mois, il y aura de nouvelles élections. »
    Il a ainsi été proposé aux jeunes de lister leurs nombreuses revendications, puis de désigner des référents par établissement scolaire afin d’organiser des débats et des ateliers « réguliers » par thèmes (alimentation, déchets, énergie, transports, etc.). Par ailleurs, l’élue Nina Julié a rebondi sur une remarque d’une lycéenne au sujet de la nocivité des crèmes solaires sur le corail et sur la santé. « Je m’engage devant vous à réunir chaque référent des établissements présents afin de rédiger une loi sur les crèmes solaires et de la porter en votre nom au Congrès. » Simple effet d’annonce ou réelle préoccupation ? Toujours est-il que l’élue a été vivement applaudi par les jeunes, visiblement satisfaits à la sortie de cette réunion improvisée : « C’est une super bonne idée de nous associer aux réflexions et aux débats. On en a parlé au gouvernement qui n’a pas relevé notre proposition, mais la province semble plus réceptive, estime Elouan Neuville, le jeune Mondorien à l’origine du mouvement en Calédonie. On a l’impression qu’on a été entendus. C’est la bonne surprise de cette matinée. On va pouvoir mettre toutes nos solutions à plat. »

    Repères

    Un phénomène mondial

    La grève mondiale pour le climat, le vendredi (nommé Friday for future), a déjà été expérimentée par de nombreux jeunes en Europe depuis le début de l’année. Sous l’impulsion de la Suédoise Greta Thunberg, des milliers de collégiens, de lycéens et d’étudiants appellent à la grève. En particulier ce vendredi 15 mars. Reste à savoir si le mouvement sera reconduit, notamment dans le pays.

    Quelles règles dans les établissements ?

    Quelques problèmes ont été constatés, notamment au Lycée Lapérouse, où des lycéens ont dû forcer le passage pour sortir manifester. Or le vice-rectorat rappelle les règles, qui sont claires : quand un élève est dans l’établissement, il est sous la responsabilité du chef d’établissement, qui a désormais pour consigne de ne rouvrir le portail que durant la pause méridienne. Lorsque le jeune est dehors, il est sous la responsabilité de la famille. Ainsi, les jeunes grévistes n’auraient tout simplement pas dû entrer dans le lycée. A moins d’avoir un mot des parents les autorisant à ressortir.

    Et aussi à Païta et à Pouembout

    Plutôt que de manifester devant le gouvernement, certains jeunes ont préféré mettre la main à la pâte. Ainsi, une quarantaine 
    de lycéens ont pris l'initiative de quitter les cours pour une opération de collecte de déchets dans le village de Païta. Le tout encadré par Caledoclean. Entre l’Arène du Sud et le marché, 240 kg ont ainsi été collectés. Une opération similaire a été menée au lycée Michel-Rocard de Pouembout afin de nettoyer les abords de l’établissement.

    L’affaire du siècle.

    Oxfam France, Greenpeace, Notre Affaire à tous et la Fondation Nicolas Hulot ont déposé ce jeudi un recours devant le tribunal administratif contre l'État français pour inaction climatique. Ce recours en justice est nommé « L’affaire du siècle ».

    Ce samedi
    La marche du siècle sera relayée à Nouméa aujourd’hui, à 16 heures, sur les pelouses du Hilton, à l’Anse-Vata.

     

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