Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 06.04.2019 à 10h50 | Mis à jour le 06.04.2019 à 10h50
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    La VHF est le moyen de communication le plus sûr en mer. Son utilisation nécessite cependant de faire une demande d’autorisation d’exploitation appelée « licence radiomarine ». Une obligation très peu connue, et donc peu respectée en Calédonie. Photo Cyril Terrien
    L’histoire est à peine croyable. Pendant près de 48 heures, le canal 16 de la radio VHF, dédié aux urgences maritimes, était complètement brouillé, et donc inaccessible, dans tout le sud du pays. Ces interférences ont empêché le MRCC, centre qui coordonne les secours en mer, de réceptionner les alertes. La source du problème a finalement été détectée àl’Orphelinat.

    Au commencement, les spécialistes ont pensé à un acte malveillant venant d’un « pirate des ondes ». Depuis la mi-mars, un étrange et fort grésillement brouillait la fréquence 16 de la VHF marine, le canal radio d'appel et de détresse utilisé dans le monde entier par les usagers de la mer.  « Le signal était très dégradé, il y avait un bruit de fond permanent, un grésillement fort perturbant pour les équipes », décrit Sébastien Royer, le patron du MRCC. Problème, ces interférences intempestives, de jour comme de nuit, parfois durant des heures ou seulement quelques minutes, empêchaient les agents du Centre de coordination de sauvetage maritime de recevoir les messages des plaisanciers, des bateaux professionnels ou des navires de croisière. « Plusieurs navigateurs se sont plaints de ne pas réceptionner les messages sur la 16 », raconte Benoist Deschamps, le responsable de l’antenne locale de l’Agence nationale des fréquences (ANFR). Les autorités ont rapidement acquis la certitude que le Sud du Caillou était touché par ce brouillage, « de Nouméa à Prony, et jusqu’à Boulouparis, constate Philippe Lechanteur, un technicien de l’OPT. D’habitude les paquebots s’annoncent sur le canal mais là, le MRCC ne recevait rien. Ça aurait pu être grave. »

    « Tirs goniométriques »

    La semaine dernière, mercredi, le brouillage était si puissant que le MRCC a réalisé une fiche de signalement d’urgence à l’ANFR. « On n’entendait plus les alertes, il a fallu vite réagir », se rappelle Sébastien Royer. L’OPT, en charge des seize stations du pays, déploie le lendemain une équipe pour trouver la source de ces émissions suspectes. En opérant des « tirs goniométriques », les agents de l’Office ont quadrillé la ville puis affiné la zone « par triangulation » à l’aide d’antennes. Le vendredi, les spécialistes retournent sur le terrain, continuent le travail de recherche jusqu’à se retrouver au pied d’un bateau d’une dizaine de mètres à quai, au ponton de la Sunset Marina, à l’Orphelinat.
    Personne n’est visiblement à bord de l’embarcation. Le propriétaire est contacté. Il n’a pas pris la mer depuis une quinzaine de jours, assure-t-il en arrivant sur le ponton. Première surprise pour le plaisancier, « sa VHF était en position allumée, relate Philippe Lechanteur. Dès qu’il l’a éteinte, il n’y a plus eu de brouillage. On lui a dit de ne plus l’utiliser car ça risque de recommencer »  La pression retombe chez les opérateurs du MRCC qui apprennent la nouvelle. « Je pense que la VHF était défectueuse. Peut-être qu’elle s’allumait toute seule », interprète l’agent OPT. Le patron du MRCC essaye de comprendre lui aussi, « peut-être que la VHF était restée en position “émission” ce qui peut poser des soucis ». 

    Certificat et formation

    L’Agence nationale des fréquences va désormais mener sa petite enquête mais une chose est sûre : le propriétaire du bateau n’a jamais fait de demande d’autorisation d’exploitation appelée « licence radiomarine ». Le nom de son bateau n’apparaît pas dans la base de données de l’ANFR. Cette licence est pourtant obligatoire. Une obligation très peu connue en Calédonie. 
    En Métropole, les personnes qui ne déclarent pas auprès de l’Agence l’utilisation de la VHF et n’obtiennent pas la formation CRR (certificat restreint de radiotéléphoniste) peuvent être poursuivies. Sur le territoire, des vérifications sont en cours pour savoir si les sanctions métropolitaines sont applicables. L’an dernier, 1 747 « licences radiomarines » ont été délivrées par l’ANFR, un chiffre en constante augmentation.

     

    « Adopter massivement l’usage de la VHF »

    Sébastien Royer, directeur du MRCC (Centre de Coordination de Sauvetage Maritime)

    Les Nouvelles calédoniennes : La VHF est un équipement de sécurité indispensable. Le MRCC plaide pour que tous les usagers de la mer s’équipent de cet outil…
    Partout dans le monde, le canal 16 est dédié à l’urgence maritime. On le dit et on le répète, la VHF n’est peut-être pas obligatoire mais c’est indéniablement le moyen de communication le plus fiable quand on part en mer. Comme pour le port du gilet de sauvetage, il faut que les gens adoptent massivement l’usage de la VHF car donner l’alerte rapidement est une action déterminante pour la suite de l’intervention des secours. 
    Il ne faut pas oublier que ce service est gratuit !

    La VHF permet également d’écouter les messages d’alerte des secours en mer.
    Tout à fait, la VHF, qu’elle soit fixe ou portable, permet aux usagers de la mer de communiquer entre eux mais aussi de veiller et d’écouter les messages de sécurité et les alertes du MRCC. L’usage veut que, lorsqu’on est en navigation, on veille sur le canal 16. C’est très important car le MRCC utilise cette fréquence pour la coordination de ces opérations et à des fins d’information de tel ou tel événement. 

    Les Calédoniens ont plutôt tendance à utiliser le portable ?
    Oui, la VHF n’est pas le mode de transmission des alertes privilégié par les gens… Pourtant, la VHF, contrairement aux portables, c’est robuste, ça résiste à l’humidité, la batterie [d’une VHF portable, NDLR] tient plus longtemps et, surtout, la couverture réseau est bien meilleure… On estime que depuis quelques années, la VHF est utilisée dans 12 à 15 % des opérations de sauvetage. Dans la bande côtière française, la VHF est beaucoup plus utilisée qu’ici.

    Vous regrettez également que la VHF ne soit pas toujours utilisée dans les règles.
    On est toujours satisfait quand quelqu’un utilise une VHF mais, c’est vrai, qu’elle n’est pas toujours bien utilisée. Il y a une phraséologie standardisée à respecter. Les bateaux professionnels utilisent très bien cette communication normée. Les plaisanciers beaucoup moins. D’où l’intérêt d’être titulaire du CRR (certificat restreint de radiotéléphoniste).

    Plus largement, vous insistez sur l’importance de se munir d’un moyen de communication.
    Le but à atteindre est que chaque personne soit autonome pour donner l’alerte lorsqu’elle part en mer. C’est une précaution d’usage obligatoire. 
    Cela peut passer par la VHF, par des fusées de détresse, par des sifflets pour les kiters… Il faut pouvoir transmettre l’alerte autour de soi et au MRCC. Il n’y a rien de pire que les interventions qui commencent par l’appel d’une personne à terre, en fin de journée, qui se demande pourquoi un de ses proches n’est pas revenu de sa sortie.

     

    Repères

    La VHF portable
    Il existe de nombreux modèles de VHF portable sur le marché. Équipement apprécié des plaisanciers qui ont de petits bateaux, la VHF portable peut s’embarquer avec soi dans toutes les situations et même les plus graves. C’est son gros point fort puisqu’on peut la prendre dans l’annexe ou le radeau de survie. Étanche, la puissance varie de 5 à 6 watts, soit une portée d’au moins 6 milles pour une autonomie d’environ 15 heures. Certaines marques proposent des VHF avec des systèmes de Bluetooth ou l’ASN. À Nouméa, le prix en magasin varie de 17 000 à plus de 30 000 francs en fonction des modèles.
     
    La VHF fixe
    La VHF fixe, plus puissante qu’une portable, est généralement installée dans le carré, près de la table à cartes. Aujourd’hui, certains modèles sont étanches et peuvent être disposés dans le cockpit avec un combiné déporté. Les modèles les plus puissants ont une portée d’une quarantaine de milles. En magasin, on en trouve entre 22 000 francs et plus de 50 000 francs. Dans les deux cas, pour utiliser une VHF, il est obligatoire de faire une demande auprès de l’ANFR. Cette licence indique l’indicatif radio lié à l’immatriculation du navire, le nom du propriétaire, les numéros de téléphone… Cela permet une identification sûre et 
    rapide du navire par les centres de secours en cas de détresse. Photos Clémentine Guenot
     

    153

    des 311 alertes reçues par le MRCC en 2017 ont été transmises par téléphone. La VHF marine (canal 16, service gratuit) n’est donc pas assez exploitée, estiment les secours en mer.
     

    2,4 millions de km2 

    c’est la zone de couverture du MRCC en Calédonie (incluant le Vanuatu), soit presque cinq fois la France métropolitaine.
     

    16

    stations VHF sont réparties sur le Caillou (dont le maître d’ouvrage est l’OPT). La station de Bélep est opérationnelle depuis 2018. Une autre est en projet à Yaté .
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