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    Nouvelle Calédonie
  • Anne-Claire Pophillat | Crée le 01.06.2026 à 18h00 | Mis à jour le 01.06.2026 à 18h00
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    L’équipe de Faire pays, avec la tête de liste, Robert Kakue, au micro, Laurent Chatenay, un des initiateurs du mouvement, à droite, ou encore Qatrenë Juni, une des intervenantes lors de la réunion publique, le jeudi 28 mai à l’Université, 2e en partant de la gauche. Photo Anne-Claire Pophillat
    Professeur, ingénieur, entrepreneur, anthropologue, médecin, etc. Voici les personnes issues de la société civile qui composent Faire pays. Parmi eux, la tête de liste du jeune mouvement politique, Robert Kakue, annoncée lors d’une réunion publique à l’Université le jeudi 28 mai.

    Il y a plus d’un mois, Faire pays se lançait dans la campagne des provinciales. À l’initiative de Laurent Chatenay, le nouveau mouvement organisait une réunion publique à l’Université de Nouvelle-Calédonie, le jeudi 28 mai. L’ancien membre du Congrès dans les années 1990, président de Nord Avenir et d’Enercal, conseiller énergies dans le 17e gouvernement Mapou, a introduit le meeting en rappelant le constat à l’origine de Faire pays, à savoir, "le débat politique qu’on connaît depuis trente ans, indépendance, non-indépendance, le statu quo".

    "Indemniser le contentieux colonial"

    Le jeune parti, lui, veut bousculer les équilibres. Sa première conviction : il y a un contentieux colonial. Afin de le régler, étape jugée nécessaire pour avancer, Faire pays soumet la création d’un fonds souverain autochtone. "Il faut indemniser le contentieux colonial."

    Sa deuxième conviction : "On ne pourra pas non plus avancer tant qu’on ne construira pas une souveraineté préparée, progressive et partagée", ce qui passerait notamment par la création d’un fonds souverain, alimenté par la redevance d’extraction minière, développe Laurent Chatenay. "Aujourd’hui, nous sommes financièrement, économiquement, pieds et poings liés aux décisions de la France, alors que nous avons des richesses considérables."

    Le représentant évoque les terres rares, mais aussi la présence d’hydrogène naturel à exploiter. De quoi aider à s’émanciper du débat politique actuel. "On ne peut plus continuer à s’opposer comme on le fait de façon stérile, il faut construire le pays tous ensemble et il faut que la France nous accompagne."

    Que la jeunesse ait "une vraie place dans les décisions"

    Et parmi les priorités, la jeunesse, un point défendu par Qatrenë Juni, "Kanak, entrepreneur, maman", qui déplore qu’elle soit si peu écoutée. Or, les jeunes représentent "30 %" de la population, affirme-t-elle, rappelant que "800 d’entre eux sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, qu’un sur quatre est au chômage en province Sud, et que cela fait plus de six ans que davantage partent que ceux qui reviennent", listant les difficultés auxquelles ils font face, comme le transport et la complexité administrative. D’où la volonté de constituer "un guichet unique jeunesse, une seule porte d’entrée pour trouver des aides, des formations, un logement, des offres d’emploi, des dispositifs santé, etc.".

    Autre thématique soulevée : la question du manque d’accompagnement au retour des Calédoniens partis étudier à l’étranger. "C’est une fuite de compétences pour le pays." Et puis, il faut que les jeunes puissent disposer d’une "vraie place dans les décisions. Nous voulons une démocratie plus participative." Et surtout, après ce qu’il s’est passé en 2024, il s’agit de "remettre du lien, en instaurant par exemple un parcours civique qui ait du sens".


    Faire pays a organisé une réunion publique le jeudi 28 mai, en l’amphithéâtre 400 de l’UNC. Photo Anne-Claire Pophillat

    "Les solutions, on les a, mais on n’a pas le courage de les appliquer"

    C’est la tête de liste, dévoilée en fin de conférence, qui a clos la réunion, avant un échange avec le public. Robert Kakue, qui s’est notamment fait connaître en s’exprimant sur la situation d’Aircal. Originaire de Lifou, ce père de trois enfants ayant grandi à Rivière-Salée, à Nouméa, formé à l’Ecole nationale de l’Aviation civile, ingénieur, notamment responsable des ports et aéroports pour le compte de la province des Îles, aujourd’hui entrepreneur avec Tilt, bureau d’études spécialisé en mobilité, Robert Kakue a déclaré non sans humour : "Moi, je n’avais pas envie de me retrouver là. En fait, on a tiré à la courte paille et j’ai perdu, bah du coup, je suis ici devant vous." Ironisant également sur le fonctionnement des institutions : "Le problème, c’est aussi ça, beaucoup d’études, de paperasses, de dépenses pour rien. Les solutions, on les a déjà, mais on n’a pas le courage de les appliquer."

    Elles sont intégrées au programme de Faire pays, découpé en trois axes. Debout, d’abord, qui promet de "rendre la dignité aux gens", en "rétablissant" les aides sociales, réhabilitant le parc immobilier existant, implantant des espaces de vie dans les quartiers, introduisant un revenu solidaire de transition de 35 000 francs par mois et un bouclier vie chère, ou encore un pass mobilité mensuel à 1 500 francs pour les plus nécessiteux, ainsi qu’un allègement du coût du travail.

    Faire pays, ensuite, qui passe par la simplification institutionnelle. "On veut la fin des provinces." Elles seraient remplacées par des communautés de communes. Autre axe d’action : la mobilité. Mais aussi la connaissance de l’autre, avec un parcours citoyen qui favoriserait la rencontre entre les jeunes pour découvrir la vie à la tribu et à la ville.

    Enfin, il faut fixer "un cap maintenant, insiste Robert Kakue. Pas dans dix ou vingt ans." "On n’a pas peur du mot souveraineté. En revanche, il faut qu’elle soit préparée et la faire avec des gens compétents." Avec la France, aussi. "On veut passer d’un statut de dépendance à un statut de partenaire avec l’État et prendre notre place dans le Pacifique. On souhaite construire une nation océanienne qui soit entourée et connectée aux autres."

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