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    Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné | Crée le 20.04.2018 à 04h25 | Mis à jour le 20.04.2018 à 07h03
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    « L’Ancien », « Guilbert », « l’homme du Humboldt » Alain Houdan aime les surnoms, mais c’est bien son patronyme qu’il a fait inscrire sur un panneau indiquant la voie du sommet depuis la mine Galliéni, qu’il a beaucoup entretenue. Photo C.R
    PORTRAIT. Octogénaire depuis hier, ce marcheur invétéré a terrassé, balisé, guidé et randonné sur les pentes du deuxième sommet calédonien pendant la moitié de sa vie. Aujourd’hui, il veut « passer le relais » pour que « son » sentier ne soit pasoublié.

    Son centenaire, Alain Houdan l’a fêté dès 2013 : en famille et entouré d’amis, le marcheur, sa moustache blanche bien brossée et ses pin’s bien plantés sur le chapeau, avait gravi pour la centième fois le Mont Humboldt. « Une dernière » annonçait-il à l’époque, à l’orée de ses 75 ans. Hier, il a soufflé ses 80 bougies mais n’a toujours pas fait ses adieux au deuxième sommet de Nouvelle-Calédonie, dont les crêtes s’élèvent depuis la vallée de la Tontouta, et surplombent, sur l’autre versant, Borendy et la côte Oubliée. Certes, l’Alsacien de naissance, qui a foulé le Caillou en 1968, a ralenti le pas. Mais il a continué à arpenter régulièrement les flancs de ce massif aux formes puissantes. Et même ajouté à son compteur deux ascensions jusqu’au pic de 1618 mètres.

    « Ça devient plus dur pour moi, je ne suis pas sûr que je retournerai tout en haut, prévient l’octogénaire, toujours sifflotant, même dans les raidillons. Mais je continue d’y faire monter du monde ». Ces 40 dernières années, ce randonneur invétéré a accumulé les treks, des Alpes au Népal en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Zélande et bien sûr, la Chaîne. Mais le voyage repasse toujours par le Humboldt. « Une deuxième maison » qu’il aime faire visiter : il y a guidé plus de 500 personnes.

     

    Une passion et une responsabilité

    Une obsession le Humboldt ? « Plutôt une passion » répond le jeune octogénaire, qui a dû s’y reprendre à trois fois, en 1979, pour trouver le chemin du sommet alors non balisé, et quasiment pas fréquenté. Il faut dire qu’un féru de nature a de quoi se sustenter dans cette « balade » d’une trentaine de kilomètres depuis la mine Gallieni, à la Tontouta. Le sentier, pas si technique, mais souvent aérien traverse maquis et forêt sèche, plonge dans une forêt de mousse aux allures mystiques, navigue, plus haut, entre les Araucaria Humboldtensis et autres plantes endémiques, rebondit sur un dédale de roches péridotites parfois tranchantes… « Quand on grimpe, on oublie presque qu’on est sur une île, c’est vraiment un paysage de montagne, sourit Alain, intarissable sur chaque orchidée ou kaori du parcours. Mais une fois en haut, quand il fait beau, on voit une bonne partie des deux côtes et du Sud. Pour moi, ça a été le coup de foudre ».

    Rapidement, la passion s’est muée en responsabilité pour cet ancien soudeur passé par la SLN et le groupe Pentecost, arrivé sur le Caillou en 1968. Car ce sentier du Humboldt, il a fallu le dégager, le baliser, l’entretenir. C’est lui, qui, inlassablement, a taillé les marches dans la glissante terre rouge des premiers kilomètres.

     

    Guide et terrassier

    « Au total, j’ai dû faire un bon millier d’entailles à la bêche plate, sans aide et sans subvention », rappelle-t-il. C’est aussi Alain, et ses amis de l’ASN-NC*, une des premières associations environnementales du pays, qui ont construit, avec l’aide de l’armée, la cabane du Vulcain et le refuge du Humboldt, à près de 1 400 mètres, plus tard rénové par la province. Le mois dernier, « l’Ancien » a installé un nouveau panneau en bois de houp au départ du parcours. « Sentier Houdan » y lit-on. Sa reconnaissance, il se la construit, mais c’est surtout « son » sentier qu’Alain ne veut pas voir oublié. « Il va bien falloir qu’un autre passionné prenne le relais », pointe-t-il, bâton de marche à la main. Le globe-marcheur s’apprête à partir quelques mois vers la Métropole et l’Espagne, où il a déjà avalé 13 000 km des chemins de Compostelle. Là aussi, il verrait bien le compteur « tourner encore un peu ». Et le Humboldt ? « Il ne bougera pas, rigole-t-il. J’ai ma cabane en bas, je continuerai à y passer un peu de temps ». Et pourquoi pas, à l’occasion, pousser ses bottes un peu plus haut.

    *Association de Sauvegarde de la Nature Néo-calédonienne

     

    Repères

    Difficultés d’accès
    À partir de 2012, la province Sud a investi plusieurs millions pour réhabiliter le sentier du Humboldt et équiper le refuge en pierre construit par l’ASN-NC. Le but : rendre l’endroit, exceptionnel, plus facile d’accès. Mais avant le sentier, il faut remonter la vallée de la Tontouta ce que seule la piste construite et entretenue par la SMGM, qui exploite entre autres la mine Gallieni, permet. Depuis 2008, une barrière marque l’entrée, mais on a pu, longtemps, en demander les clés. En 2014, la société minière a limité les passages au strict minimum : la piste est amiantifère, la réglementation plus dure, et elle ne veut pas voir sa responsabilité mise en cause. Aujourd’hui, le refuge et le sentier, difficiles d’accès si ce n’est avec Alain Houdan, qui entretient de bonnes relations avec la SMGM, ne sont entretenus que par les randonneurs qui y passent.

    Un peu d’histoire
    En 1862, le lieutenant de vaisseau Chambeyron, trois marins du Fine, et six habitants d’Unia traversent de Borendy à la baie de Saint-Vincent. Cinq jours de marche qui passent par le sommet du Humboldt, peu fréquenté par les Kanak car isolé et pauvre en gibier. Le pic ne fut baptisé que quelques années plus tard, en l’honneur d’Alexander Van Humboldt, explorateur et scientifique allemand qui n’a jamais posé un pied sur le Caillou, mais dont la renommé traversait les mers au XIXe.

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