Nouvelle Calédonie
  • Gilles Caprais | Crée le 02.03.2019 à 04h30 | Mis à jour le 02.03.2019 à 04h30
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    Philippe Germain (à g), président du gouvernement, et Aurélie Zoude-Le-Berre (3e à d.), présidente de l’Autorité de la concurrence, ont évoqué, sur un ton cordial, leurs convergences comme leurs divergences de vue.Photo Cyril Terrien
    Économie. Un an jour pour jour après son installation, l’Autorité de la concurrence tenait un colloque, hier à la CCI, l’occasion d’un bilan de l’activité et de l’influence du nouveau « poil à gratter » du débat public.

    Lors d’une fête de premier anniversaire, on adresse immanquablement des félicitations aux concepteurs, des remerciements aux invités qui ont fait le chemin. Impossible, cependant, de s’en tenir aux politesses d’usage lorsque l’on revendique « une vocation de poil à gratter » du débat public.

    Le magistrat Jean-Michel Stoltz, membre de l’Autorité de la concurrence, met donc les pieds dans le plat dès 8 h 55, livrant à l’assemblée une sélection de questions fréquemment posées en 2018. Face aux prix qui demeurent élevés, « Que fait l’Autorité ? » Quand elle propose, « pourquoi le législateur ne suit-il pas systématiquement nos avis ? », assène le maître de cérémonie, lançant un échange feutré dans le ton et vif sur le fond.

    « Je sais que nous pouvons parfois contrarier la liberté du commerce et de l’industrie, la liberté d’importer ou le libre jeu de la concurrence, admet Philippe Germain. Mais je sais aussi que vous le comprenez car nous poursuivons d’autres objectifs d’intérêt général, comme nous y engage l’accord de Nouméa », retourne le président du gouvernement, soucieux de « sortir de l’économie de comptoir » et de « juguler les profondes inégalités calédoniennes » par « le rééquilibrage, le partage et la protection de l’emploi local ».


    En 2019, « s’orienter vers le contentieux »

    « L’Autorité a un rôle indispensable à jouer, et c’est pour cela que nous nous sommes battus pour l’installer », assure Philippe Germain, qui, soudain, troque le passé composé contre le futur. « En vous attaquant aux abus de position dominante, vous libérerez la concurrence et participerez à la lutte contre la vie chère. »

    Message reçu cinq sur cinq du côté d’Aurélie Zoude-Le Berre. Pour sa première année d’exercice, son Autorité de la concurrence a eu une activité « plus consultative que répressive », reconnaît la présidente, qui a pris le parti de « prendre le temps de connaître les marchés » avant de s’attaquer aux dossiers les plus épineux. Elle « constate » toutefois que l’Autorité a d’ores et déjà « trouvé sa place ». « Le gouvernement suit souvent les recommandations, au nombre de 120 l’an passé. Mais on constate que ce ne sont généralement pas les recommandations phares, qui visent à sortir d’une économie administrée », riposte cordialement la présidente, avant de conclure sur une annonce rassembleuse. « Notre perspective pour l’année 2019, c’est de s’orienter vers le contentieux ».

    gilles.caprais@lnc.nc


    Repères


    Beaucoup « ont peur »

    L’Autorité a besoin de preuves pour s’attaquer aux abus de position dominante, mais elle n’a enregistré que quatre plaintes en 2018. « La vérité, c’est que beaucoup ont peur de venir dénoncer, parce que [...] tout le monde se connaît, on a peur des représailles », a affirmé Aurélie Zoude-Le Berre.


    L’innovation plutôt que l’héritage

    « Le débat sur l’installation de l’Autorité a été largement faussé, on a systématiquement opposé la liberté d’entreprendre et la nécessité de réguler, a estimé le député Philippe Gomès (Calédonie ensemble). Dans une petite économie comme la nôtre, la loi antitrust est la condition sine qua non de la liberté d’entreprendre. »

    Pour Bruno Lasserre, vice-président du Conseil d’État, les règles du jeu doivent « donner plus d’opportunités à ceux qui choisissent le risque et l’innovation par rapport à ceux qui se sont abrités derrière le confort de la rente et de l’héritage, d’une économie qui leur a fait une place au soleil. »

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