Nouvelle Calédonie
  • Par Anthony Tejero | Crée le 23.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 23.04.2019 à 10h11
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    Le Lapérouse a fait escale à l’îlot Téré, à Kunié, à Maré, à Lifou, à Hienghène, à Ouégoa (île Pam), à l’îlot Ténia (nos photos), à Prony et à Nouméa, samedi. Photos A.T
    Alors que le Lapérouse, navire de la compagnie de croisière de luxe Ponant, était de passage dans les eaux calédoniennes, ses 130 passagers ont débarqué sur plusieurs îlots du Caillou au fil de son itinéraire. Comment gère-t-on cet afflux de touristes dans un milieu si sensible ? Le dispositif est-il adapté ? Reportage sur l’îlot Ténia, au large de Boulouparis.

    Jeudi, 8 h 30, sur la plage de l’îlot Ténia. Tout de blanc vêtu, un drôle d’équipage s’affaire à monter les barnums, à planter dans le sable les parasols, à préparer les kayaks et les gilets de sauvetage… Le tout un talkie-walkie vissé au coin des lèvres ou de l’oreille. Alors que les rayons de soleil dardent les nuages encore persistants du matin, le balai des semirigide ne tarit pas entre l’île et un navire de croisière en escale au loin. Dans quelques minutes, cette réserve naturelle, d’habitude si calme en semaine, s’apprête à accueillir les passagers du Lapérouse, l’un des bateaux de la compagnie de croisière de luxe Ponant, de passage dans les eaux calédoniennes. Après avoir finalement renoncé, en février, à son escale polémique aux Chesterfield, la société a dû largement modifier son itinéraire, misant notamment sur la visite de plusieurs îlots : Téré au large de Kunié, Hyega, à Hienghène, Ténia, à Boulouparis et enfin Casy, au Mont-Dore. Des croisiéristes sur des sites aussi préservés et sensibles, voilà qui pose question.

     

    Ce n’est pas plus impactant que lors de gros week-ends 

     

    Sauf que sur place, les visiteurs ne sont clairement pas livrés à euxmêmes. Et bénéficient d’un encadrement sur mesure. « Les passagers sont briefés d’abord dans le bateau, puis dès qu’ils arrivent sur l’îlot, entame Solène Derville, l’une des guides naturalistes spécialement recrutés par le Ponant, le temps de cette croisière. « On leur explique quelles sont les règles d’utilisation des endroits visités. Ici, par exemple, il s’agit de protéger la végétation, de ne pas la piétiner, de ne pas marcher à l’intérieur, etc. On leur demande de rester sur la plage. On insiste également sur le fait de ne pas toucher le récif et de faire très attention en snorkeling à ne pas abîmer le corail pour qu’il reste en bonne santé. On accompagne notamment les débutants afin de protéger les gens et l’environnement. »

    Par ailleurs, les départs de la centaine de passagers débarqués durant cette journée sont échelonnés. « Tout le monde ne vient pas et tout le monde ne débarque pas en même temps, poursuit Solène Derville. On emmène les gens en semi-rigide par groupe de dix personnes et nous sommes huit guides naturalistes sur place, soit environ un guide pour dix visiteurs. »

    Fabrice Lion (à gauche) est l’un des 23 ambassadeurs du lagon de la province Sud.

     

    Et afin de superviser cet accueil, deux ambassadeurs du lagon ont été dépêchés sur place dont Fabrice Lion, un habitué des lieux : « Ma mission est d’accueillir les passagers et de leur faire découvrir la faune et la flore. En tant qu’ambassadeur, j’ai l’avantage de très bien connaître cet îlot que je fréquente depuis plus de dix ans, explique le gérant du taxi-boat Bouts D’Brousse.

    Un impact à relativiser

    « Je peux optimiser leur visite en leur indiquant où voir les nurseries de requin, les tortues, nager avec sans les toucher évidemment… L’idée, c’est de les sensibiliser à la bonne conduite à tenir sur un îlot, au fait qu’il y a du corail, mais qu’il est en danger, qu’il y a des tortues, mais qu’elles sont en danger, etc. » 

    Quant aux risques d’impacts environnementaux liés à cet afflux soudain de touristes, Fabrice Lion relativise : « Ce serait démesuré si on avait les paquebots australiens avec 2 000 personnes qui débarquent. On a l’habitude à Bouts D’Brousse d’accueillir sur cet îlot 60 à 70 personnes le week-end. Sans compter les bateaux privés, raconte le pilote. Ce n’est pas plus impactant que lors de gros week-ends fériés comme celui de Pâques où on accueille au moins autant de monde, mais d’un coup. En même temps, quand les visiteurs sont bien canalisés, cadrés et surtout bien renseignés, ce n’est pas dérangeant. Sans doute moins que certains campeurs qui restent la nuit et font parfois n’importe quoi. Ce type d’escale de bateaux peut être au contraire une opportunité tant que la capacité et le nombre de visiteurs restent cohérents. Et c’est aussi notre rôle, en tant qu’ambassadeur du lagon, de leur faire prendre conscience qu’ils sont sur un joyau de la Nouvelle-Calédonie et que la Nouvelle-Calédonie est un joyau dans le monde au niveau des récifs coralliens. »

     

     


    « On espère revenir dans les mois à venir »

    ETIENNE GARCIA, COMMANDANT DU LAPÉROUSE

    Etienne Garcia (à gauche) travaille pour Ponant depuis une quinzaine d’années. « Je suis spécialisé dans les glaces, donc ici, ça me change… » Photos A.T.

     

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Le projet initial de faire escale aux Chesterfied a été retoqué en février. Comment avez-vous adapté votre parcours ?

    On a l’habitude de naviguer sur toutes les mers, de l’Arctique à l’Atlantique. Et donc on sait s’adapter en fonction des aléas, qu’ils soient naturels, liés au contexte politique, etc.

    On n’a donc pas voulu résister pour aller sur place. Au contraire, on s’est adapté. On est rompu à ce genre d’exercice : on avait déjà réfléchi à des alternatives. De toute façon, tout est beau ici.

    Quelles ont été ces alternatives ?

    Une alternative aux Chesterfield était de faire le tour de la Grande Terre après être passé par les Loyauté. Nous avons monté un nouvel itinéraire et en particulier sur les zones du nord-est de la Grande Terre : Hienghène, Ouégoa, etc.

    Comment gérez-vous ces escales en milieu sensible ?

    On a l’habitude de naviguer notamment dans les zones protégées comme celles de l’Antarctique, il est donc relativement facile de nous adapter à d’autres zones comme celle de la Nouvelle-Calédonie. Le travail mené en amont était d’évaluer l’impact que nous pouvions avoir d’un point de vue écologique une fois sur place. A ce titre, on fait escale aujourd’hui en positionnement dynamique. C’est-à-dire que nous n’avons pas mouillé l’ancre pour préserver les fonds afin d’avoir zéro impact sur la faune et sur la flore.

    Ponant prône un tourisme axé sur le développement durable. Comment cela se traduit-il concrètement à bord ?

    Nos navires sont récents et construits pour répondre à toutes les nouvelles réglementations. C’est pourquoi nous disposons à bord d’un système de traitement des eaux usées. Il y a ainsi zéro rejet et s’il y a rejet dans une zone autorisée, c’est un rejet d’eau pure. On met également en place le tri des déchets. Ce sont des choses faciles à gérer pour nous car ce sont des bateaux qui nous donnent les moyens d’être propres. C’est vraiment le mode de fonctionnement chez Ponant.

    Que retenez-vous de votre périple en Calédonie ?

    La dimension humaine est importante. On ne débarque pas ici avec un esprit de conquérant, mais dans une démarche de partage et de rencontre. Et c’est ce que nous avons vécu avec les habitants de la Calédonie, depuis l’île des Pins en passant par les Loyauté et le nord-est de la Grande Terre.

    Nous avons superbement été accueillis, avec beaucoup de générosité. En même temps, on les a accueillis sur notre bateau. Ils ont partagé leur terre, on a partagé aussi notre bateau.

    Ponant envisage-t-il de nouvelles croisières dans le pays ?

    Oui, c’est notre souhait, si le peuple de Calédonie l’accepte. C’était presque une croisière test, et elle a bien fonctionné. On espère revenir dans les mois et les années à venir avec des bateaux de cette taille et en consultation avec les différents acteurs de ces voyages.


    QUE PENSEZ-VOUS DE… CE VOYAGE ?

    Michel Fouyer, de Marseille

     

    C’est merveilleux et très bien organisé. Les endroits sont magnifiques et sont restés intacts. On a été très bien reçus par les tribus. Je ne pensais que c’était encore comme ça ici. A Ouégoa, c’était même la première croisière qu’ils accueillaient semble-t-il. Je comprends l’annulation des Chesterfield. Si on ne peut pas, on ne va pas s’incruster. Les endroits préservés, il vaut mieux les maintenir ainsi. Il faut voyager en accord avec l’environnement. 


    Mirka et Jean-Pierre Seroin, de Paris

     

    Sur le coup, on a été déçus de ne pas aller aux Chesterfield, mais ce qui nous intéressait surtout, c’était d’avoir une vue d’ensemble du pays. Ce changement d’itinéraire nous a permis de voir autre chose. La découverte de la coutume était très intéressante. De voir le lien que les gens ont avec la nature dont ils sont encore très proches. C’est une bonne leçon d’humanité. Dans les grandes villes, ces sujets restent de l’ordre de l’intellectuel. C’est rarement pratique.


    Autorisation

    L’accès sur les îlots du Sud n’est pas soumis à autorisation formelle, mais Ponant a échangé avec la province en amont. A Hyenga, par contre, une autorisation du Nord était requise.


    Pas une première

    La compagnie Ponant a déjà navigué dans les eaux calédoniennes, notamment en décembre 2015.


    Luxe

    Le navire a transporté 130 passagers. L’équipage comprend quant à lui 120 salariés. Tarif pour 14 jours : à partir de 6 080 euros, soit 720 000 francs.


    Le + web

    Embarquez avec les croisiéristes du Ponant et découvrez en vidéo leur arrivée sur les ilôts sur lnc.nc, rubrique « vidéos ».

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