- Anne-Claire Pophillat | Crée le 02.04.2026 à 05h00 | Mis à jour le 04.05.2026 à 14h39ImprimerStéphane Retterer, président, et Sophie Charlot, rapporteure générale, de l'Autorité de la concurrence Nouvelle-Calédonie. Photo Anne-Claire PophillatContexte économique dégradé, commande privée à l’arrêt, marché en manque de nouveaux investisseurs, premiers effets de la guerre au Moyen-Orient sur les prix… Autant d’éléments observés par l’Autorité de la concurrence dans le cadre de son activité en 2025, dont elle a dressé le bilan mardi 31 mars. Cette année, l’instance de contrôle va notamment se concentrer sur la formation des prix et des marges dans la grande distribution, le fret et les protections de marché.
La commande privée à l’arrêt
Investissements dégradés, trésoreries en bout de course, perte de plus de 10 000 emplois, déficit de compétences amorcé, manque à gagner issu des contributions sociales et des recettes fiscales, problématique des assurances ou encore une consommation "en retrait de 15 %" en 2025. En préambule de la conférence de presse consacrée au bilan de l’année passée de l’Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie (ACNC), mardi 31 mars, Stéphane Retterer, son président, a dressé un tableau peu flatteur du contexte économique, largement détérioré. Précisant que les entreprises, qui subissent une grave crise, sont confrontées "au risque d’absence d’accord institutionnel". Ces dernières ont d’ailleurs lancé un cri d’alerte en fin de semaine dernière.
Et si le pacte de refondation, vecteur de commande publique, a été présenté par l’État il y a quelques jours, "il ne va pas démarrer avant six mois", estime Stéphane Retterer, qui affirme qu’en matière de commande privée, "tout est arrêté". Et ça, "il n’y a que la confiance qui peut la relancer".
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Premières répercussions de la guerre au Moyen-Orient
Sophie Charlot, rapporteure générale chargée du service d’instruction, indique que l’ACNC est "alerté par les professionnels" sur les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les chaînes logistiques – frets maritime et aérien – et les coûts de revient. "Beaucoup d’entreprises nous ont indiqué qu’elles vont devoir augmenter leurs prix", ajoute Stéphane Retterer. De fait, l’instance de contrôle "sera particulièrement attentive, notamment pour prévenir tout comportement opportuniste". Dès ce mercredi 1er avril, les automobilistes en subissent les premiers effets du conflit, avec l’augmentation du prix du carburant à la pompe.
Mobil racheté par un groupe polynésien
Parmi ses champs d’intervention, l’Autorité de la concurrence veille à ce que la recomposition, la concentration ou la reconstruction des entreprises ne fasse pas augmenter les prix ou ne joue pas sur la qualité des produits, des services et de la diversité de l’offre. Les secteurs abordés en 2025 ont été le carburant, le matériel électrique, la surveillance, les travaux routiers… Le président de l’ACNC a évoqué "un projet de rachat et de concentration qui sort un peu de l’ordinaire", celui de Mobil par un acheteur extérieur à la Nouvelle-Calédonie, un groupe polynésien, Siu, qui possède déjà Mobil en Polynésie française.
Jardiland, Bricopro et Centrakor au Motor Pool
Des décisions en matière d’équipements commerciaux, essentiellement de bazar, de décoration, de quincaillerie et de bricolage, ont également été prononcées – dont certaines en début d’année. Trois magasins, Jardiland, Bricopro et Centrakor, sont autorisés à s’implanter au Motor Pool, l’enseigne Décorama au 5e Km, Mr. Bricolage peut rouvrir à Ducos et Gifi à Apogoti, et l’extension des enseignes Vega à Ducos et Les Briconautes à Païta est accordée.
Pour Stéphane Retterer, cela traduit "plus qu’un frémissement. Il s’agit d’un vrai investissement de certains groupes, mais cela reste l’apanage de ceux plus forts économiquement."
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La vie chère, priorité de l’Autorité de la concurrence en 2025
Absence de sang neuf
C’est ce qu’a pu observer Sophie Charlot, le fait que "le paysage des investisseurs reste figé". Certes, de nouvelles enseignes apparaissent et des reconstructions s’effectuent, mais "on n’enregistre pas réellement d’investisseurs nouveaux, ce qui limite la dynamique concurrentielle", développe la rapporteure. Les acteurs en place restent peu ou prou les mêmes. "Le marché se concentre par nécessité de survie, mais perd un peu en vitalité. On remarque une absence de sang neuf. C’est ce qui nous alerte un peu."
Ce sera donc un point de vigilance pour le service de l'instruction en 2026 : prendre garde "à ce que les mouvements de restructuration et de concentration ne servent pas à verrouiller les marchés, et à ce que la reconstruction ne vienne pas créer de possibles oligopoles ou monopoles demain".
Les priorités 2026-2027
Il y en a trois. La transparence dans la grande distribution, d’abord, à travers la réalisation d’un avis sur la formation des prix et des marges, commandé par le gouvernement en mai 2025. Il s’agit de "clarifier le fonctionnement de ce secteur, pour garantir le fait que la concurrence s’exerce de manière loyale au bénéfice du pouvoir d’achat", détaille Sophie Charlot. Ensuite, les transports, frets maritime et aérien. L’ACNC va notamment rendre un avis, avant la fin du semestre, sur l’aconage, qui peut influer sur les prix pour le consommateur. Enfin, une attention sera portée sur les contrats de distribution, le plus important étant celui dans le domaine de l’automobile.
L’Autorité compte également contribuer "à la réflexion sur les aides publiques aux entreprises", dans l’idée de "redonner une place au privé". Des travaux doivent être proposés en ce sens d’ici la fin de l’année.
Un audit de plusieurs mois qui doit évaluer la pertinence et l’efficacité des protections de marché a aussi été lancé en avril 2025, le gouvernement souhaitant réformer le modèle actuel. Pour Stéphane Retterer, l’enjeu est "d’améliorer le fonctionnement de ce système" en trouvant "un équilibre entre, d’un côté, développer la concurrence pour permettre d’avoir des entreprises compétitives et ainsi éviter les rentes de longue date et, de l’autre, promouvoir une protection par rapport à des importations, de Chine par exemple, contre lesquelles il est impossible de rivaliser".
Et aussi
→ Une somme de 5,45 millions de francs de sanctions a été infligée par l’Autorité de la concurrence l’an dernier à la société Mercure – grossiste notamment en tabac – pour non-respect des règles de facturation ; à HTDT pour avoir mis en exploitation, sans notification préalable, le magasin "Neamart" à Nouméa, ainsi qu'à la Mutuelle du Nickel, pour le non-respect d’engagements pris en 2022 relatifs à l’ouverture d’un magasin d’optique à La Foa.
→ L’Autorité a rendu cinq avis l’année dernière, dont un sur le projet de délibération relative à la réglementation des annonces judiciaires et légales, un sur l’avant-projet de loi du pays modifiant le Code de commerce, ou encore un autre sur la concurrence dans le secteur des agences de tourisme et de voyages, concernant l’intervention de la province Sud par le biais de Sud Tourisme. L’avis rappelle notamment le cadre dans lequel doivent évoluer ces structures semi-publiques, afin d’éviter, par exemple, que certaines pratiques ne créent des distorsions de concurrence.
→ L’ACNC a signé une convention sur les télécommunications avec l’exécutif fin 2024, visant à "améliorer" le fonctionnement du secteur et celui de l’OPT, explique Stéphane Retterer. Un avis rendu par l’instance prévoyait deux dispositions : la création d’une autorité de régulation indépendante et la recommandation, au gouvernement, de supprimer l’obligation de souscrire un abonnement de téléphonie fixe pour avoir accès à Internet. Cette mesure, qui favorise le pouvoir d’achat des consommateurs - il en coûte 440 millions de francs à l’OPT par an -, est entrée en vigueur le 1er décembre.
Note
L’ensemble des décisions de l’Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie sont accessibles sur leur site Internet.
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